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des phénomènes naturels. Cette assimilation se poursuit pour les miracles des prophètes de l'Ancien Testament, pour ceux du Christ lui-même; elle s'applique aux visions de sainte Catherine de Sienne et aux fameux stigmates de saint François d'Assise attribués à la même puissance productrice de l'imagination qui imprime dans le ventre de la mère des signes au fætus '.

Mais le docte Naudé suppose à tort que la résurrection de Lazare est attribuée par Pomponace aux forces naturelles. Le passage invoqué est formellement contraire à cette appréciation: - « Bien que quelques faits rapportés, tant dans l'histoire de la religion de Moïse que dans celle de la religion du Christ, puissent être superficiellement (superficialiter! admirez la prudence!) rapportés à une cause naturelle, il y en a beaucoup cependant qui ne sauraient être ramenés à une telle cause. Il en est ainsi de la résurrection de Lazare mort depuis quatre jours et en putrefaction, de l'aveugle de naissance rendu voyant, du rassasiement de tant de milliers d'hommes avec cinq pains et deux poissons! »

Quand on s'impose la tâche de suivre consciencieusement en ses détours la pensée de Pomponace, on ne voit

I amfat., cap. 1, p. 619

It wiat., cap. 1, p. 81. Na tele de l'exemplaire du De Incintationibus servant à notre étude, w at wile nele en caractères du dix-sepuème siècle, écrite évidemment para d ar sandais : « Marrocace a roulu rendre une raison natuI d irect de la resses ile ... .

pas toujours ce qu'il y entre de prudence dans l'affirmation d'un ordre surnaturel, et si ce mot surnaturel a même bien pour lui le sens qu'il a pour nous. Tantôt, du point de vue de la raison pure, il semble n'admettre aucun prodige, et ce n'est qu'en vertu de la Révélation qu'il croit au miracle ; tantôt il distingue entre les forces naturelles de l'imagination, de la volonté produisant certains faits rares, et le pouvoir prophétique qui ne saurait venir d'aucune de ces influences, mais qu'il faut attribuer à Dieu, aux anges, ou aux démons; car il n'y a dans l'accomplissement de la prophétie nulle dépendance entre le signe et la chose signifiée.

Qu'une corneille annonce la victoire de Marius ou de César: comment le peut-elle, sinon par un miracle? Nul ne prétend qu'une prédiction soit une cause, et, d'autre part, il n'y a nulle similitude entre une victoire et un oiseau'.

Quant à la résurrection des morts, il était facile à Pomponace (et il n'y a pas manqué), exceptant les miracles de cette catégorie dont la vérité se fonde sur l'affirmation des Écritures et de l'Église, de rechercher l'explication normale de tels faits en tous les cas où l'autorité de la Révélation n'est pas engagée. Il s'en présente une naturelle. — Les prétendus ressuscités n'étaient pas morts, mais en léthargie. La sainte ruse de ceux qui prétendirent les ramener à la vie, quand ils les réveillaient seulement, est justifiée par une explication dont la malignité atteint, quelle que soit l'apparence contraire, d'autres religions que le paganisme. Ces fraudes pieuses, que notre auteur légitime au nom de l'intérêt bien entendu du vulgaire (expedit in religione civitates falli), il ne les attribue pas évidemment dans sa pensée aux seuls pontifes de Zeus ou d'Isis -.

1. De Incantat., cap. vii, p. 100, 101, 102.

Ces audaces, qu'il subjugue sous l'autorité de l'Église, - Pomponace les abrite sous celle.d'Aristote.

Ce maître des maîtres admet-il les puissances surnaturelles ? C'est un problème à débattre, la foi n'y étant pas intéressée.

Et, au nom du Stagirite, il développe dans un interminable chapitre une longue chaîne d'arguments, qui tous reviennent au principe si bien nommé dans la langue parfois si expressive de l'utopiste Fourier : l'économie de ressorts. Le plan de l'Univers exclut l'intromission des démons ou des anges partout où un phénomène s'explique par l'action des intelligences célestes s'exerçant de sphère en sphère en vertu d'une loi générale de transmission. Supposer une volonté arbitraire en concours avec une influence normalement déterminée, c'est contrarier celle-ci, c'est comme si l'on donnait deux âmes au même homme, au même animal, « veluti si uni homini vel uni asino duas animas daremus ?. ,

Le libre arbitre objecté se défend comme il peut par une distinction entre la volonté, — matérielle et nécessitée par son union au corps, – immatérielle et libre en tant qu'opérant au-dessus, indépendamment de lui.

1. De Incantat., cap. VIII, p. 102-106. 2. De Incantat., cap. x, p. 111.

« La difficulté est pourtant très ardue. » Je le crois bien, et il en renvoie la solution complète, objet de son livre du Libre arbitre'.

Cette théorie mène directement à l'astrologie judiciaire... « Cognoscas superos in hæc inferiora non operari nisi mediantibus corporibus cælestibus ?. »

Parmi les effets naturels, bien qu'extraordinaires, produits par l'action divine s'exerçant par ses intermédiaires, notre auteur n'oublie pas l'inspiration des poètes, cette divine folie que Platon célèbre dans son dialogue d'Ion. Aristote s'accorde avec lui à reconnaître cette infusion de la vertu d'en haut transformant parfois des hommes très ignorants en interprètes des mystères cachés de la science humaine.

N'y a-t-il pas un rapport frappant entre cette définition de l'inspiré et celle qu'un siècle et demi plus tard Spinoza formulait ?

« Heman, Darda, Kalchol, étaient des hommes d'une » profonde érudition, et cependant ils n'étaient pas » prophètes; au lieu que des hommes grossiers, sans » lettres, et même des femmes, comme Hagar, la servante » d'Abraham, jouirent du don de prophétie. Tout ceci » est parfaitement d'accord avec l'expérience et la

1. POMPONAT., De Incantat., cap. xii, p. 224-225. 2 POMPONAT., De Incantat., cap. X, p. 122.

» raison. Ce sont, en effet, les hommes qui ont l'imagi» nation forte qui sont les moins propres aux fonctions » de l'entendement pur, et réciproquement... " )

Pour expliquer comment le prophète s'excite à recevoir l'influence des cieux, l'austère philosophe risquera cette similitude (il s'agit d'Élisée) :

Q- Quamvis... ex natura esset vates, non deducebatur tamen ad actum illum, nisi ex illa immediata dispositione. Et perinde est veluti aliqui homines, qui etsi sint ex natura proni ad actus Venereos, tamen priusquam ad illos actus deveniant, pertractant mamillas, osculantur, ut spiritus et sanguis calefant, et in ultima dispositione fiant ad tales actus 2. »

Entre les influences célestes, il ne faut pas oublier la disposition de celui qui opère un prodige par cela même qu'il y croit. La foi, en ce cas, communique une vertu curative aux reliques d'un homme : elle en donnerait une à un os de chien? !

Les prophètes, les sibylles, les démoniaques, doivent souvent leur faculté divinatoire à l'influence qui présida à leur génération, à leur géniture.

« Ils ont contracté leur disposition d'après leurs principes génitifs, mais d'une manière assez éloignée et comme en puissance; c'est pour cela que, lorsqu'ils prophétisent en acte (cum actu), outre cette disposition éloignée, ils en ont une autre prochaine, comme cela est manifeste par la Sibylle chantée par

1. Spinoza, Traité theologico-polit., ch. II, édit. Saisset, t I, p. 83. 2. POMPONAT., De Incantat., cap. xii, p. 226. 3. POMPONAT., De Incantat., cap. XII, p. 232.

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