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Virgile au sixième livre de l'Énéide, puisqu'à moins qu'elle ne fût remplie du Dieu et en délire, elle ne donnait pas de réponse. Or cela avait lieu par cette disposition prochaine, par laquelle ces sortes d'individus sont rendus aptes à recevoir les souffles divins (habilitantur ad suscipiendum divinos afflatus "), parce que les actes des agents (activorum) sont dans le patient disposé, De là provient que de tels prophètes ne prophétisent pas toujours, car ils ne sont pas toujours disposés, et qu'ils prophétisent parfois plus, parfois moins, selon la meilleure disposition du patient, ou celle des corps célestes. »

Comment l'image de saint Célestin a-t-elle pu apparaître à Aquilée ? (Je résume le plus clairement que je peux toute cette physique aussi fantastique qu'hétérodoxe). Les vapeurs (émanations cérébrales) des gens d'Aquilée étant figurées selon l'espèce de saint Célestin (vapores... figurati specie divi Cælestini), elles ont pu, affectées ainsi, configurer réellement et spirituellement l'air selon la même ressemblance. Si saint Pétrone n'est pas apparu à Aquilée mais à Bologne, si saint Célestin n'est pas apparu à Bologne mais à Aquilée, c'est que les vapeurs et les esprits des Aquilaniens étaient affectés de la ressemblance de Célestin, et que ceux des Bolonais l'étaient de la ressemblance de Pétrone. Quant au son des cloches, il repousse les orages et la grêle par un effet purement naturel, tel que le mouvement d'une masse d'eau repoussant un corps qui y flotte ?.

Comment se fait-il que les divinités, apparaissant en

1. POMPONAT., De Incantat., cap. xii, p. 225. 2. De Incantat., cap. xii, p. 239-241.

« La cause efficiente de ces phénomènes est dans la disposition des corps célestes. Et la preuve en est qu'un astrologue (mathematicus) peut, d'après les signes qui président à la naissance d'une certaine personne, annoncer qu'elle sera prophète. « Quod mathematici videntes horum genituram, prædicunt ex sideribus istos in prophetas et vales evasuros'. »

Le phénomène prophétique ou poétique, ce don de seconde vue départi à un esprit grossier ou inculte, se reproduit dans les faits que l'imagination moderne attribue à l'action d'un prétendu fluide magnétique animal : s'il n'y applique pas le même nom, Pomponace admet la même action. A ce sujet, il abonde en récits de prodiges : une Mantouane, femme du cordonnier François Magreti, est en proie à des crises, dans lesquelles elle parle divers idiomes qu'elle n'a jamais appris; le médecin Galgerando la guérit; elle retombe dans son ignorance, etc.

« On lit, dans toutes les histoires, qu'il n'est advenu aucun changement notable qui n'ait été annoncé dans le ciel par des prodiges. On ne signale nul homme digne de mémoire pour ses vertus ou pour ses crimes, dont la naissance ou la fin n'aient été prédites de même. Mais ces prodiges ont toujours une cause naturelle. )

Octroyés aux peuples par les Dieux, les bons princes, très rares d'ailleurs, sont souvent annoncés par les prophètes sous l'influence des « corps célestes » et par l'intermédiaire symbolique (signis) « des bêtes, des plantes, des éléments"». Fléaux de Dieu, pour châtier nos forfaits, les mauvais princes sont de même prédits.

1. De Incantat., cap. x, p. 140. 2. De Incantat., cap. x, p. 149.

« Qu'est-il besoin de longues preuves ? Il suffit de regarder la cour de Rome à notre époque. » — « Des hommes dont les parents et la patrie sont ignorés, qui n'avaient ni science, ni conscience, privés de toute considération et de toute vertu, des hommes enfin sans valeur aucune, sont parvenus quelquefois au siége suprême, et, après qu'ils y sont parvenus, ils se sont montrés pires que personne. Ce qui ne peut être attribué à une autre cause, sinon que cela plut aux Dieux et aux corps célestes. »

Pomponace avait vu Sixte IV et Alexandre VI!

Les figures qui apparaissent dans les songes ou dans les visions ne sont pas des êtres réels distincts des Intelligences célestes, mais des formes, des signes produits par celles-ci, soit à l'extérieur, soit intérieurement dans l'imagination du rêvant ou du visionnaire 3.

C'est ainsi que des morts ont apparu, non qu'il subsistât rien de leur personne (puisqu'ils étaient morts), mais il s'en formait quelque image ou simulacre dans l'air (sed quædam eorum imagines et simulacra fuerint in aere)".

1. De Incantat., cap. X, p. 155. 2. De Incantat., cap. X, p. 156. 3. De Incantat., cap. x, p. 157. 4. De Incantat., cap. X, p. 160.

Dante mort se montre à son fils. Il lui enjoint de rechercher des vers inédits, dont il lui apprend l'existence. Le fils du poète découvre ensuite cette æuyre.

Il n'y a là qu'un simulacre, par lequel se manifeste la protection des Intelligences.

Et quand les nécromans semblent évoquer les morts du Tartare, ils ne produisent qu'une apparence. Car, selon Aristote, les âmes des morts ne sont point dans les enfers; si elles y sont, on ne peut les en rappeler.

Quant aux vertus des plantes et des minéraux qui produiraient ces illusions, on ne peut affirmer l'impossibilité de pareils effets. « Beaucoup de choses sont pos» sibles, que nous nions, parce qu'elles ne nous sont

pas connues. Mais les effets dont je parle ne me » semblent pas impossibles. »

Du reste (et c'est ce qui rend très curieuse sa disposition d'esprit), quelque concession qu'il semble faire au merveilleux dans sa théorie des causes occultes, l'impulsion de son rationalisme mène Pomponace à des explications pleinement naturelles... C'est l'opacité d'un air humide, c'est l'irradiation de la lumière, c'est un météore figurant à l'imagination frappée des spectres, des simulacres. Ainsi, après la pluie, l'arc d'Iris apparaît au ciel 3

1. De Incantat., cap. X, p. 161. 2. De Incantat., cap. x, p. 162. 3. De Incantat., cap. x, p. 162.

« L'extase nous ravit. Délivré de cet état, on narre des merveilles qu'on croit avoir vues : on causa avec Dieu... Il est possible que ces accidents arrivent dans la veille, s'il advient que les forces (virtutes) intérieures produisent des espèces, et par émanation les transmettent aux sens extérieurs 1. )

Telles circonstances atmosphériques se font sentir par avance aux organes mieux exercés ou plus délicats de certains hommes, de certains animaux ?.

Les mêmes principes justifient la chiromancie, la disposition des signes de la main dépendant des influences célestes.

Il en est ainsi des autres modes de divination tirés des figures et des nombres.

On sait la longue durée de cette croyance aux propriétés mystiques du Cercle et du Ternaire. Képler eut beaucoup de peine à admettre l’ellipse décrite par les planètes, parce que ces astres devaient être parfaits, et que le cercle est la courbe parfaite.

Pomponace le déclare au nom d'Aristote :

« Aristoteles namque, secundo de Cælo, probat cælum esse figuram sphæricam ex eo quod figura sphærica est perfectissima figurarum. Et in primo ejusdem libri probat corpus esse trium dimensionum perfectissimum, quoniam tres continet : nam numerus ternarius est perfectissimus, ut ibi dicitur 3. »

En somme, la loi mathématique des astres gouverne tout. Ainsi conclut Pomponace de tous les faits qu'ii

1. De Incantat., cap. x, p. 163. 2. De Incantat., cap. x, p. 169. 3. De Incantat., cap. X, p. 175-176.

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