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ou France, – le même phénomène historique s'accomplit :- la création d'une force politique absorbante et centralisée, ce qu'en langue diplomatique on nomme une puissance.

Ce grand fait ne concorde pas toujours (dans la domination autrichienne, par exemple) avec cet autre résultat non moins important, l'établissement d'une nationalité. Cette rencontre s'est pourtant effectuée pour le plus grand nombre des monarchies qui s'élevèrent sur les débris de la société féodale. Si elle apparaît surtout dans l'évolution française, elle se montre aussi dans la fusion des Espagnes en une Espagne, depuis Isabelle et Ferdinand.

Au point de vue européen, le mot nationalité a deux sens. Ou il signifie la virtualité d'une race, généralement restreinte, s'affirmant par son entière indépendance : phénomène rare! S'il s'est réalisé tout à fait, c'est chez quelques peuplades reculées, — clans ou tribus, – soustraites par leur isolement aux mélanges ethniques. Ou ce terme de nationalité se définit par la pleine conscience que, pour composite qu'il soit en son origine et ses diversités actuelles, un peuple possède de son rôle comme organe de la civilisation dans l'humanité. La nationalité complète est alors le fruit mûr d'un long développement guerrier, industriel, intellectuel, aboutissant à le constituer en unité politique.

Elle apparaît comme la fusion de tous les éléments d'une vie collective combinée par la chimie de l'histoire, obéissant, elle aussi, dans ses synthèses, à une loi de proportion numérique.

Telle est la nationalité légitime, produit, non de la génération physique, — de la chair et du sang, -- mais d'une double action spontanée et consciente qui fait les grands peuples comme les grands hommes. Peu importe ici l'importance arithmétique d'une population au regard du destin qui la fit l'organe d'un progrès dont les autres profitent. La petite Suisse demeure grande et sacrée par l'idée républicaine dont elle empêcha la prescription dans l'histoire.

Le concept de l'unité nationale appliquée à un corps de population considérable est un fait relativement récent. L'antiquité gréco-latine, à proprement parler, ne connut que les Cités. Socialement plus avancées que ces républiques, -- puisqu'elles admettaient les travailleurs, tous affranchis de la servitude, dans les corporations industrielles et marchandes dont l'ensemble les constituait politiquement, - les Communes du Moyen-Age ne s'élevaient pas plus qu'Athènes, Sparte ou Rome, à l'idée d'une véritable unité nationale. Dans l'une et dans l'autre civilisation, sous la protection du Héros éponyme comme sous le patronage du Saint local, le patriotisme vivace, mais étroit, se clôt dans une ville et dans son territoire immédiat, qui tiennent en sujétion d'autres villes et d'autres territoires.

Buttée à cette vieille notion de l'État, celle de patrie devait se heurter encore à la tradition féodale.

IUTO

D'après la théorie qu'elle consacre, tout domaine terrien emporte accessoirement droit de propriété sur les habitants. L'unité, que la politique des rois s'évertuait à dériver du principe théocratique, ne s'était établie à leur profit que pièce à pièce, à des titres divers, selon les formes du droit privé, par hoiries, échanges, mariages...

...Tu, felix Austria, nube.

Au fond, ce lien entre des contrées ainsi réunies dans la même autorité tenait seulement à l'exercice d'un droit de propriété confondu avec le droit du commandement. Le domaine utile que le monarque possédait en principe sur tout le sol du royaume lui en donnait le domaine éminent, la souveraineté.

On le conçoit, d'ailleurs, — lorsque l'agrégation des terres, en vertu de la Coutume féodale, s'exerça sur des populations limitrophes, pour peu qu'une commune civilisation s'y prêtât, une nationalité, une puissance, émergeaient concurremment. C'est le cas de la France et de la plupart des autres États occidentaux.

Aux deux pôles opposés, formée de lambeaux séparés ou d'un esprit trop hétérogène, l'Autriche devient une puissance, sans parvenir à être une nation ; l'Italie, au contraire, disputée, comme tête de la chrétienté, entre les deux suzerains, l’Empereur et le Pape, contrariée par la fatalité de son morcellement politique, favorisée par l'harmonie variée de sa culture, l'Italie, - longtemps avant qu'elle prenne sa place comme puissance, – brille, éclatante nationalité.

A cette Italie sans cohésion politique, si attrayante comme proie, l'unité française vint s'attaquer avec une furie pleine de convoitises.

Cinq États se partageaient la prépondérance dans la péninsule: Rome, Venise, Florence, Milan, Naples.

Nous étudierons Alexandre VI et sa cour, qui préludent en ce moment à la véritable fondation du royaume pontifical.

La Sérénissime République, la reine des Lagunes, est à l'apogée de sa puissance, menacée dans ses sources par les découvertes récentes de Colomb.

Milan appartient à une dynastie nouvelle, par le mariage de François Sforza, fils naturel du condottiere romagnol Attenduolo, avec Blanche-Marie, dont le père, Philippe-Marie, mourut sans héritiers mâles.

C'est à l'un des prédécesseurs de celui-ci, Jean-Galéas, que remontent les droits que Louis XII fera valoir sur le Milanais. Car Jean-Galéas était l'aïeul maternel de ce prince par sa fille Valentine, qui épousa le duc d'Orléans, frère de Charles VI (1387). Valentine elle-même était issue de la maison de France par une sæur de Charles V, mariée à Jean-Galéas.

L'avénement de François Sforza avait marqué le triomphe d'une classe d'hommes, - les capitaines mercenaires,- qui, depuis plus d'un siècle, exploitaient leur épée comme un capital au profit de leur cupidité et de leur ambition. Ce type de l'aventurier militaire conquit de bonne heure la popularité et même l'auréole poétique, malgré le prosaïsme trop fréquent du métier. Témoin Castruccio Castracani, héros d'une sorte de roman historique de Machiavel !

Ces maîtres, sur l'échiquier des embuscades, des contre-marches et des combats, ménageaient des adversaires qui demain pourraient être des associés. En leurs batailles, où les prisonniers se comptaient par milliers (source d'opulentes rançons), les seuls morts souvent étaient quelques gens d'armes désarçonnés, écrasés dans leur armure sous le piétinement des chevaux.

Virtuoses dans leur art, vaillants au besoin, ces condottieri tenaient école de guerre, divisés en sectes comme les philosophes, et, à l'instar des sculpteurs et des peintres, opposés de manière et de style : Bracceschi contre Sforzeschi, disciples de Braccio, ou du paysan de Cotignola, devenu Gonfalonier de la Sainte Église.

Issu de ce dernier et de sa maîtresse Lucia Terzana, François Sforza eut, de l'héritière des Visconti, MarieGaléas, qui lui succéda comme duc de Milan. Ce monstre de luxure et de férocité (il s'amusait à voir enterrer vifs des prisonniers, à prostituer des femmes aux soldats) avait été assassiné par Giovanni Andrea Lampugnani, Carlo Visconti et Girolamo Olgiati. Le premier de ces conspirateurs à l'antique le frappa pour une vengeance

1. En 1476, le lendemain de Noël.

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