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privée, les deux autres, ivres des souvenirs d'Athènes et de Rome, pour venger la liberté, selon la pure doctrine du tyrannicide. Jeune couple d'amis rappelant Harmodius et Aristogiton ! Ils périrent tous les trois dans des tortures. Quand le bourreau arrachait à Olgiati la peau de la poitrine, il expira en héros classique, jetant, en latin lapidaire, son appel à la postérité :

Mors acerba, fama perpetua, stabit vetus memoria facti.

Au temps qui nous occupe, le jeune fils du tyran,JeanGaléas-Marie, règne nominalement sous la tutelle de Bonne de Savoie, sa inère. Le souverain effectif est l'oncle paternel du duc, le fameux Ludovic le More, qui l'empoisonna. « Il n'y eut du moins personne, dit Guichardin, qui ne l'accusât de ce crime . »

A l'autre extrémité de l'Italie, Naples, séparée de la Sicile, appartenait à une branche de la maison d'Aragon.

Veuve de Jean-Galéas, Isabelle, fille du nouveau roi Alphonse II, appelait contre l'usurpateur Ludovic le More les armes napolitaines.

Tels étaient à cette époque les rapports entre la grande puissance du nord et celle du sud de la péninsule.

Ces pays des Deux-Siciles sont ceux dont l'histoire offre le plus de confusion, à raison des changements dynastiques que l'on voit s'y succéder. Le premier roi fut un neveu de Robert Guiscard, Roger II, auparavant grand-comte de Sicile : il joignit à cette île les domaines de la terre ferme. La fondation du royaume des DeuxSiciles date de la concession par le pape Honorius du titre royal à ce Roger, devenu maître des provinces continentales par la mort sans postérité de Guillaume II, petit-fils de Robert Guiscard.

1. Livre VII, chapitre III.

La filiation légitime mâle cesse avec Guillaume le Bon, petit-fils de Roger. En épousant Constance, fille de celui-ci, Henri IV, empereur d'Allemagne, renouvelle la dynastie : elle s'éteint, dans les contrées de terre ferme, sur l'échafaud de Conradin, son petit-fils (1268). Mais elle se continue, dans l'ile seulement, par le mariage de Pierre III, roi d'Aragon, avec Constance, fille de Mainfroi, bâtard de Frédéric II, jusqu'à Alphonse V, roi d'Aragon, qui, adopté par Jeanne de Naples (1420), réunit un instant les deux couronnes. A sa mort (1458), tandis que celle de Naples passe au fils naturel d'Alphonse, Ferdinand I", la couronne sicilienne est transmise à Jean, son frère, roi d'Aragon et père de Ferdinand le Catholique, époux d'Isabelle de Castille.

Cependant, à partir de 1268 jusqu'à cette double filiation aragonaise, — le royaume de Naples, séparé de • la Sicile, appartient à la dynastie fondée par Charles d'Anjou, comte de Provence, frère de saint Louis, investi par une bulle d’Urbain IV (1262). Cette succession présente trois phases : 1° Succession directe par Charles II le Boiteux, Robert (1309), et Jeanne I", petitefille de ce dernier (1343); - 2o succession collatérale

LES MEDICIS,

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par Charles III de Durazzo, arrière-petit-fils de Charles II, qui fit étouffer cette fameuse Jeanne, et par Ladislas de Durazzo, fils du précédent; 3o adoption par Jeanne II, sæur de Ladislas, de Louis III, duc d'Anjou, petit-fils de Louis I“, frère de Charles V de France (ce Louis I" avait été lui-même adopté par Jeanne Isc). Le frère de Louis III, - le bon roi René de Provence, - lutta vainement contre Alphonse V d'Aragon, auquel l'inconstante Jeanne avait, par une seconde adoption, substitué la deuxième maison d'Anjou. Alphonse prévalut contre son rival, et laissa le trône de Sicile à son fils naturel, Ferdinand Ie", père d'Alphonse II.

Les règnes d’Alphonse II (1494), de Ferdinand II, son fils (1495), et de Frédéric III (1496), oncle paternel de ce dernier, se succédèrent rapidement durant la période où se renferment ces études.

Après le final insuccès des expéditions françaises dans l'Italie méridionale, la branche de la maison d'Aragon et de Sicile, que représente Ferdinand le Catholique, joindra son droit héréditaire à celui de la conquête pour réunir sous son sceptre les deux royaumes séparés par le phare de Messine (1505).

Cette sèche nomenclature trouve son excuse dans les exigences du sujet, réclamée pour la pleine intelligence d'une époque où le pouvoir se transmet par le droit du sang, d'après les règles de l'hérédité domestique.

Avec Florence et ses Médicis, voilà les grands acteurs

.

du drame qui va sejouer, -drame militaire et politique semé de contrastes.

D'un côté, l'équipée chevaleresque et galante d'un jeune roi, rêvant dans cet âge positif de renouveler « les gestes » du Charlemagne de la Légende, les prouesses de Roland et d'Arthur, et qui, après avoir passé les Alpes (1494) à la tête de la plus belle armée de l'Occident, est contraint, pour la payer, d'emprunter « les bagues de madame de Savoie, veuve du duc Charles,... et de madame de Montferrat !.

Le prudent Commines juge bien de ces différences. Chargé de négociations préparatoires en Italie, et spécialement d'une importante mission à Venise, le seigneur d'Argenton, ce Flamand gaulois, en son narquois bon sens, un peu dépaysé d'abord au milieu de ce monde nouveau, en démêle bientôt les mobiles : les difficultés de l'entreprise ne lui échappent pas. Si les conjonctures assuraient à Charles VIII l'alliance entière de Ludovic Sforza contre le roi de Naples et Rome, Commines montre bien que Venise, malgré l'opposition du Pape à ses vues ambitieuses sur la Romagne, ne se joindrait pas ouvertement à la France : « Aux Vénitiens fut requis ► de par le roy, qu'ils lui voulussent donner ayde et ) conseil en ladite entreprise; lesquels firent response » qu'il fust le très bien venu, mais que ayde ils ne luy » pourroient faire pour la suspiscion du Turc (combien » qu'ils fussent en paix avec luy); et que de conseiller à » un si sage roy, et qui avoit si bon conseil, ce seroit » trop grande présomption à eux, mais que plus tôt luy » ayderoient que de luy faire ennuy. Or, notez qu'ils » cuidoient bien sagement parler, et aussi faisoient-ils; » car pour aujourd'huy je crois leurs affaires plus sage» ment conseillées que de prince ni communauté qui

1. COXMINES, Mémoires, liv. VII, chap. 1.

soit au monde).

Les Florentins hésitaient, en dépit de leur vieille sympathie pour nous : ils invoquèrent un traité d'alliance, encore subsistant, de la République avec la maison d'Aragon

Ce contraste entre les vues praliques des princes et des hommes d'État italiens, ses alliés, et l'aventureuse fantaisie qui entraînait Charles VIII, se remarque autour de lui. Commines décrit les manœuvres employées pour « faire sentir » à ce faible esprit « les fumées et gloires « d'Italie ». Le seigneur Ludovic « estoit homme très » sage, mais fort craintif et bien souple, quand il avoit » peur (j'en parle comme de celui que j'ay connu, et » beaucoup de choses traictées avec luy), et homme » sans foy, s'il voyoit son profit pour la rompre. Et » ainsi, comme dict este... luy remontrant... le droict » qu'il avoit en ce beau royaume de Naples, et qu'il luy » savoit bien blasonner et louer, s'adressoit de toutes » choses à cet Estienne de Vers (devenu séneschal de

1. Mémoires de COMMINES, liv. VII, chap. IV. 2. Ibid., chap. y.

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