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» Beaucaire, et enrichi, mais non point encore à son » gré), et au général Briçonnet, homme riche et bien » entendu en finances, grand amy lors dudit séneschal ► de Beaucaire, par lequel il faisoit conseiller audit » Briçonnet de se faire prestre, et qu'il le feroit cardi

nal; à l'autre touchoit d'un duché ».

On n'a pas à raconter la fulgurante expédition de Charles VIII, - ces marches qui sont des triomphes, ces villes du Napolitain prises à l'avance par les « fourriers

marquant à la craie les logements des troupes ». Ce fut une épouvante! — Une trombe qui un instant effara les puissances italiennes ennemies ou amies de la France, mais bientôt réunies contre elle à Fornoue (1495), où nos bandes valeureuses, savamment organisées déjà, durent s'ouvrir par la victoire l'issue qu'une imprévoyante politique leur fermait.

Une évolution militaire venait de s'accomplir.

Phénomène étrange : cette évolution, contraire à la tactique et à l'ordre des armées transmis par le MoyenAge, semblait s'être faite au profit d'une idée du Moyen-Age : la restauration complète de l'unité impériale par la conquête de Constantinople sur le Turc. Un jeune prince, nourri des romans de chevalerie, mêlait ses songes aux préoccupations, aux calculs des hommes d'Etat, qui, en France et en Italie, inauguraient les combinaisons de la politique moderne, dirigées désormais par la rivalité d'intérêts purenient temporels. On retrouve là, comme dans le reste de cette histoire, la transition si complexe, si imprévue parfois, si pittoresque toujours, entre deux époques, qui donne tant d'intérêt aux œuvres comme aux faits de la Renaissance.

1. Mémoires de COMMINES, liv. VII, chap. II.

Ce qu'il y a de curieux, c'est que les Italiens, maîtres jusqu'alors reconnus dans les arts militaires, préoccupés du progrès de la tactique et de la fortification, reconnaissent avec stupeur la supériorité de l'organisation et de l'armement français. Les ressources financières de notre pays unifié, refait sous Charles VII et Louis XI, pourraient seules expliquer ces avantages reconnus avec un dépit bien naturel par ceux qui en souffraient le plus. C'est le cas de Guichardin. Mais il semble en outre, au moins pour la balistique, faire honneur à l'invention française de la science qui mit en œuvre ces ressources.

On sait les perfectionnements qu'allait apporter à l'artillerie l'intelligence guerrière des ducs de Ferrare de la maison d'Este. Ils furent éclairés sans doute sur ce point par l'Art de la guerre de Machiavel, tenu en si haute estime par le grand Frédéric.

L'ordre de combat du secrétaire florentin (bataillons de soutien sur les flancs de l'infanterie) a été -- Algarotti l'assure' — employé à Molwics par les Prussiens. Les réflexions de Machiavel sur l'emploi des canons furent évidemment inspirées par ce qu'il avait vu ou entendu narrer des effets de cette arme formidable, relativement très allégée et mobilisée dans les troupes françaises à partir de Charles VIII'.

1. ALGAROTTI, Correspondance; Crémone, 1778, t. V, lettre 1, - cité par Artaud : Machiavel; Paris, Didot, 1827, t. II, p. 520. .

Les politiques et les stratégistes italiens avaient été particulièrement frappés de ces effets constatés avec humeur par Guichardin. Aux bombardes si lourdes au charroi, si longues à recharger, il oppose les canons de bronze des Français lançant des boulets de fer, au lieu de boulets de pierre, et trainés par des chevaux, non par des bæufs comme en Italie. Et il admire les divers calibres, la rapidité des servants, la promptitude du tir, de « ces machines plus infernales qu'humaines ? ».

Telle était la supériorité reconnue de la France dans les institutions militaires. L'étude des problèmes qu'elles comportent n'en était pas moins poussée très avant dans les centres intellectuels de l'Italie. L'encyclopédique, l'étonnant Léonard de Vinci, peintre, sculpteur, archi

1. «Voi avete ad intendere, che a volere che una artiglieria non ti offenda è necessario, o stare dov' ella non ti aggiunga, o mettersi dietro ad uno muro, o dietro ad uno argine. Altra cosa non è che la ritenga; ma bisogua ancora che l'uno e l'altro sia fortissimo. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

» Non feci ritrarre l'artiglieria mia, per non dare tempo alla nemica; perchè e' non si poteva dare spazio a me, e torlo ad altri. E per quella cagione che io non la feci trarre la seconda volta, fù per non la lasciare trarre la prima, acciocchè anche la prima volta la nemica potesse trarre; perchè a volere che l'artiglieria nemica sia inutile, non c'è altro rimedio che assaltarla; perchè, se i nemici l'abbandonano, tu l'occupi, se la vogliono difendere, bisogna se la lascino dietro, in modo che, occupata da nemici e da amici, non puo' trarre. » (MACHIAVELLI, Arte della guerra, lib. II, p. 394-396, Opere di Mach., in-32, Londra, 1768, t. V.

2. GUICHARDIN, liv. I, ch. III.

tecte, mathématicien, géologue, physicien, poète, érudit, musicien, facteur d'instruments (il inventait une lyre nouvelle pour Ludovic Sforza), ingénieur mécanicien, maritime et hydraulique, agronome, fondeur, maître d'escrime et écuyer, offrait en ces termes au duc de Milan ses services d'ingénieur militaire :

( 19 J'ai un moyen de faire des pontons très légers, faciles à transporter, avec lesquels on peut poursuivre ou éviter l'ennemi. Je puis en construire aussi qui soient incombustibles, qui puissent résister à la bataille, et de plus faciles à jeter et à lever. En outre, j'ai un moyen pour brûler et détruire ceux des ennemis.

» 2° Je sais de quelle manière, pendant le siège d'une place, on peut tarir l'eau des fossés et faire une grande quantité de ponts volants et à échelons, ainsi que d'autres instruments nécessaires pour faire réussir pareille opération.

» 3o Item. Si, à cause de la hauteur des bords et de la conformation naturelle du lieu, on ne pouvait faire usage de bombardes, je saurais détruire toute place forte si elle n'est pas bâtie sur le roc.

» 4° Je possède encore le secret de faire des bombardes faciles à transporter, avec lesquelles on peut lancer en détail la tempête, et dont la fumée, en frappant les ennemis d'épouvante, les jette dans la confusion.

» 5° Item. Au moyen de chemins creux, étroits et tracés en zigzag, j'ai le moyen de faire parvenir les troupes sans aucun bruit jusqu'à un certain....... (lacune dans le manuscrit) dans le cas où il faudrait passer sous des fossés ou quelques ruisseaux,

» 6o Item. Je fais des chariots couverts, que l'on ne saurait détruire, avec lesquels on pénètre dans les rangs de l'ennemi, et on détruit son artillerie. Il n'est si grande quantité de gens armés qu'on ne puisse rompre par ce moyen, et derrière ces chariots l'infanterie peut s'avancer sans obstacles et sans dangers.

» 7o Ilem. Si le besoin l'exige, je ferai des bombardes, des mortiers, des passe-volants tout à fait différents de ceux dont on se sert.

> 89 Là où les bombardes ne pourraient produire leur effet, je composerai des catapultes, des balistes ou d'autres instruments dont l'effet est admirable et tout à fait inconnu. Enfin, selon le besoin, je puis inventer une foule de moyens offensifs 1. )

Malgré ces ressources théoriques, le génie militaire des Italiens les laissa désarmés devant les troupes de Charles VIII, dont l'organisation perfectionnée et les meurtriers engins paralysaient complétement les forces des confédérés.

Le triomphe si rapide des Français concorde avec la chute des Médicis, qui, appelés aux plus brillantes destinées, et même à reprendre leur haute domination sur la République, en furent chassés par une révolution et restèrent plusieurs années dans l'exil.

Laurent est mort en 1492. Pierre, son fils, a succédé à sa puissance : il la compromet par la violence de son caractère et la légèreté de ses mæurs. Cardinal dès l'âge de treize ans, son frère Jean parlage ses disgrâces, ainsi que Julien, le troisième fils du Magnifique.

Ce changement fut en apparence un coup de théâtre, mais en réalité l'effet du mouvement de réforme imprimé

1. Lettre de LÉONARD DE Vinci à Louis le Maure, conservée à la bibliothèque Ambrosienne de Milan, et publiée par Amoretti (Memorie, p. 2426.) – Michel-Ange, Léonard, Raphaël, par CHARLES CLÉMENT ; Paris, Michel Lévy, 1861, p. 186-187.

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