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« la raison du nom de Guillaume donné au loup par les Bretons »; cf. Grég. : « Guillaume » (Guilhaou, ha guilhaouïcq) « est le nom burlesque du loup, et vieux-guillaume » (guilhou-goz) « celui du diable ». Mais il est fort possible que gouilh (qui doit être une forme trécoroise) vienne, inversement, du nom de « Guillaume », comme l'a pensé M. Henry.

Daoulagad milhour, milliour, de *guilhour, répondrait à peu près au franç. « des yeux fripons ».

Cette dérivation insolite a pu être facilitée par un mot *gwilhour, du v. franç. guillour, gylour, guillor, guileor s. m. et adj. trompeur, menteur, charlatan : cuer gileor cour perfide, cf. guiller (par 1 mouillé) tromper, qu'un proverbe associe à un nom voisin de « Guillaume » : « Tel croit guiller Guillot, que Guillot guille » (Littré).

3. Toutefois, avant de conclure sur grilliouri, il faut examiner killori, que Pel. traduit « amour ardent et passionné jusqu'à la fureur ». Rol ms ajoute : « aimer », ce qui indique un emploi verbal, comme pour gwilliouri.

Le Gon., tout en déclarant ne connaitre killori que par Pel., le transcrit par l mouillé, avec raison sans doute, et lui attribue le genre masculin. De même Trd, qui d'ailleurs cite Pel. Mil. ms ajoute : « voir gwilliouri, plus usité au Haut Léon ». On pourrait en conclure que Milin a entendu kilhori; mais je crois que dans ce cas il l'eût dit plus expressément.

Kilhori est expliqué, Rev. Celt., XIV, 286, comme dérivé d'un mot qui se montre, entre autres, dans quiller « éprouver des désirs amoureux » L. Rigaud, Dict, d'argot moderne. Ceci ne rend pas compte de la finale.

Elle pourrait être empruntée à gwilhouri. Mais il n'est pas impossible d'identifier ces deux mots : sur de semblables alternances d'initiales, voir Mém. Soc. ling., X, 341-343.

4. Une autre question intervient ici : celle de qilhery pl. ed hortolan, ortolan Gr., kileri m. Gon., Trd, par l mouillé.

L'A. donne quilleri m. pl. étt « hortolan »; quilheri pl. quilheryėtl « ortolan »; ses deux définitions sont empruntées au P. Grég., ainsi que sa seconde manière d'écrire, car il n'emploie pas comme lui lh pour l mouillé. Une contradiction du même genre existe dans l'æuvre de Cillart, entre maillurênn (f. pl. eu)

« maillot » et mailhureenn « drapeau, d'enfans »; la curieuse réflexion qu'il ajoute : « l'h, ici ne s'aspire guéres », montre qu'il connaissait ce mot dans l'usage (Châl. ms a maillurenneu drapeaux). Il n'est pas sûr qu'il en ait été de même pour kilheri. Voir $ 4.

Kilheri, que j'avais rapproché de killori, Rev. Celt., XIV, 286, est expliqué par M. Henry comme un emprunt au v. franç. guilleri chant du moineau, mot formé par onomatopée.

Il y a là, en effet, une onomatopée; il n'est pas nécessaire que le breton l'ait prise au français, ni le français lui-même à une langue du nord, cf. Romania, III, 152.

M. E. Rolland, Faune populaire de la France, II, 156, dit que l'onomatopée a fait appeler le moineau : tiri dans la Bresse châlonnaise ; pillery (Basse-Normandie), piyerit (Poitou, Saintonge), pirli (Normandie), guillery (Basse-Normandie). Cf. Buffon : « à force de répéter leur désagréable tui tui, ils altéraient le chant des serins, des tarins, des linottes, etc. » [de ma volière).

Le proyer, qui n'est ni le moineau, ni l'ortolan proprement dit, mais qu'on appelle ortolan à Nantes, dans le Finistère, en Anjou, etc., et ortolan de marais en Savoie (Faune pop , II, 198), a donné lieu à des onomatopées semblables. Son chant, dit M. Rolland (p. 197) « est une succession de notes stridentes qu'on a essayé de rendre en appelant cet oiseau » : rerdri (Normandie), chic pardri (Var), pėtégri (Anjou), pègri (Vienne), « kileri, Morbihan, Taslé »; « compère Guilleri, Deux-Sèvres, Guillemeau », grésil (Aude), coquedrie, caquedrie (Sologne), tartari (Anjou), tritri (Brie), teri-teri (Languedoc), etc., etc.

Le femelle du proyer, 'écrit Buffon, « pond quatre, cinq et quelquefois six oeufs, et tandis qu'elle les couve le mâle pourvoit à sa nourriture, et se posant sur la cime d'un arbre il répète sans cesse son désagréable cri tri, tri, tri, tiritz »; ... « il s'y tient des heures entières dans la même place à répéter son ennuyeux tri, tri. »

5. Buffon dit du moineau : « Il y a peu d'oiseaux si ardents... en amour » ; cette ardeur est proverbiale, cf. Faune pop., 159.

Le nom que ce petit paillard doit à son cri a donné lieu, en dauphinois, à l'expression courre lou guilheri « courir le guilledou, la pretentaine », Mistral; comme il est en même temps un pillard effronté, cela explique la locution faire guilheri faire un pique-nique (Honnorat); guilheri, guileri m. pique-nique, dans le Var, Mistr.

De semblables associations d'idées se trouvent sans doute dans les mots bret. kilhori, et gwilliouri, milhouri, variantes, à l'origine, de l'onomatopée kilheri; les ressemblances avec quiller, guiller et gouilh paraissent aussi fortuites que celle du basnorm. pillery avec piller, etc.

Quant à milhour, milliour, c'est une réduction qui a son analogue en franç., dans l'adj. guiller-et.

44. ZELLOURI; SELLEUR.

Troude donne, je ne sais sur quel garant, zellouri comme un mot van. masc. signifiant « sourire ». Ne serait-ce pas plutôt « cillade », de sell regard, avec une terminaison imitée de gwilliouri, milhouri (n° 43)? Les autres mots de même terminaison sont très différents : qereoury f. pl. ou cordonnerie, méroury métairie Gr.

Sur le correspondant breton du gall. syllwr spectateur, Gloss. 622, Rel ms a cet article, qui manque dans Pel. : « selleur, celui qui regarde, qui visite, qui examine, speculator. Ce mot a sans doute été hors du bel usage depuis que l'on dit selleur ar moc'h, selleur ar guisi, seneur ». Tous les mots français de la seconde phrase ont été biffés, ainsi que le premier ar.

45. BLEINGUEIN, BLIGNOUR; BICL; GUIGNEIN,

GWIGNAL; SIGNEIN, SINA.

1. Levan. a en propre les mots blingueal, blinguselin bicler, fermer un oeil Châl., bleinguein bigler, fermer souvent un cil; loucher, blinguein, blinguale cligner; lorgner l'A.; blinguadel clin d'oeil Ch., ur blingadel id. Ch. ms, blinguadeell f. pl. eu clignement, mouvement de la paupière; bleingue louche; bleinguereah m. action de bigler l’A.; blinguer pl. yon celui qui cligne, qui guigne quelqu'un Gr., blignour... nerion l'A.

M. Henry dit de bliñgein : « parait une contamination bizarre de bigle et cligner. Cf. pourtant ag. to blink, al. blinken. » Aucune de ces explications ne me semble admissible.

2. Le franç. bigle était plus anciennement bicle, que le Dict. Sachs-Villatte donne encore comme vieilli, et qui est resté dans le Haut-Maine : bicle qui cligne de l'ail, louche; bicler cligner des yeux, loucher, de Mont.; en Vendômois bicler id. Martellière, etc. Littré regarde bicler pour bigler comme un provincialisme; le Dict. argot-franç. de G. Delesalle attribue à l'argot des malfaiteurs bicler cligner, bicler des mirettes cligner de l'æil; de même Ch. Virmaitre, Dict. d'argot fin de siècle : bicler cligner de l'oeil. « Bicler est une très vieille expression (Argot des voleurs) ». Francisque Michel, Etudes de philologie comparée sur l'argot, dit que bicler faisait partie de l'argot des brigands d'Orgères, mais il le traduit par « voir »; c'est l'altération du sens qui est à mettre sur le compte des argotiers.

La forme bicle a passé en breton : moy. bret. bicl « bicle »; van. bicle louche Châl., bicl Ch. ms; petit trécorois bik homme louche, biklañ loucher. Nous verrons plus loin (n° 46, § 1, 5) une variante guicl-, produite par l'analogie.

Je ne trouve en breton aucune trace de *bigl.

3. Il en est de même pour cligner, qui d'ailleurs eût produit *blignein et non bleinguein (blengein); voir n° 47.

La modification accidentelle constatée dans blignour à côté de blinguer ne provient pas de cligner, mais de guigner, v. franç. wignier, mot qui a donné en moy. bret. guignal an noulagat, guingnal a nou lagat guigner des yeux, guingnaff guant an penn « guingner de la teste », guingnadur signe fait de l'ail; en van. guignal, -gnein cligner, guignale guigner (prononcé gùi-, présent (] uigne, uignn), guignour, -gnér pl. -gnerion celui qui cligne, guignereah f. pl. eu clignement, mouvement de la paupière l’A.; guignein guet el lagat cligner qqn de l’æil, guign' lagat clin d'œil Ch. ms; hors de Vannes güignal ur re « cligner quelqu'un, guigner, faire signe des yeux à quelqu'un », güignadur, güign-lagad clignement de l'oeil, pour faire signe à un autre, güigner p. -gnéryen celui qui cligne, qui guigne qqn Gr.; en pet. Trég. gwignal faire signe de la main, etc.; cf. Rev. Celt., XIX, 327(1).

Je ne cite que pour mémoire le syn. van. signein unan benac cligner qqn de l'ail, cf. ober sin du. b., id., ur sin'... lagat clin d'oeil Ch. ms, hors de Van. sina ur re gand al lagad; ur sin-lagad Gr., du fr. signe.

4. Kilc'ha « cligner, bigler », que M. Henry explique comme une « contamination inverse de bliñgein », c'est-à-dire un mélange des deux mots français dans un autre ordre, sera étudié au numéro suivant.

5. Le rapprochement de bliñgein avec l'angl. to blink, allem. mit den Augen blinken est séduisant, d'autant plus qu'il semble appuyé par le grec preappeaw « cligner les yeux en regardant de côté » (Courtaud-Divernéresse).

Mais ce dernier, pour lequel l'auteur cite vaguement un glossaire, doit être une erreur pour copycaw ou cheyyaw avoir le vertige, être troublé, cf. illairw loucher, etc.

6. Pour achever de rompre le charme, j'ajoute que ce breton dialectal bleinguein, inconnu d'ailleurs aux autres langues

(1) Est-ce à un mélange des deux mots cligner et guigner qu'est due la forme accidentelle en v, franç. gluinier, citée par Littré (Suppl.)?

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