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Le Roi, qui m'attendait au sein de ses États,
Vit emporter ailleurs ses desseins et ses pas,
Et, tandis que la guerre occupait son courage,
M'envoya dans ces lieux éloignés de l'orage.
J'y vins. J'y suis encor. Mais cependant, Seigneur ,
Mon père paya cher ce dangereux honneur,
Et les Romains vainqueurs, pour première victime,
Prirent Philopæmen, le père de Monime.
Sous ce titre funeste il se vit immoler,
Et c'est de quoi, Seigneur, j'ai voulu vous parler.
Quelque juste fureur dont je sois animée,
Je ne puis point à Rome opposer une armée.
Inutile témoin de tous ses attentats,
Je n'ai, pour me venger , ni sceptre ni soldats.
Enfin je n'ai qu'un cour. Tout ce que je puis faire,
C'est de garder la foi que je dois à mon père,
De ne point dans son sang aller tremper mes mains
En épousant en vous l'allié des Romains.

.PHARNACE.
Que parlez-vous de Rome et de son alliance ?
Pourquoi tout ce discours et cette défiance?
Qui vous dit qu'avec eux je prétends m’allier :

MONI ME.

Mais vous-même, Seigneur, pouvez-vous le nier?
Comment m'offririez-vous l'entrée et la couronna
D'un pays que parlout leur armée environne,
Si le traité secret qui vous lie aux Romains,

Ne vous en assurait l'empire et les chemins ?

PHARNACE. De mes intentions je pourrais vous instruire, Et je sais les raisons que j'aurais à vous dire Si, laissant en effet les vains déguisemens , Vous m'aviez expliqué vos secrets sentimens; Mais enfin je commence, après tant de traverses , Madame , à rassembler vos excuses diverses : Je crois voir l'intérêt que vous voulez celer, Et qu'un autre qu'un père ici vous fait parler.

XIPHAR È S. Quel que soit l'intérêt qui fait parler la Reine , La réponse, Seigneur, doit-elle être incertaine ? Et contre les Romains votre ressentiment Doit-il pour éclater balancer un moment ? Quoi ! nous aurons d'un père entendu la disgrâce , Et, lents à le venger , prompts à remplir sa place, Nous mettrons notre honneur et son sang en oubli ! Il est mort : savons-nous s'il est enseveli ? Qui sait, si dans le temps que votre âme empressée Forme d'un doux hymen l'agréable pensée, Ce roi que l'Orient, tout plein de ses exploits, Peut nommer justement le dernier de ses rois, Dans ses propres Etats privé de sépulture, Ou couché sans honneur dans une foule obscure , N'accuse point le ciel qui le laisse outrager, Et ses indignes fils qui n'osent le venger ?

Ah! ne languissons plus dans un coin du Bosphore.
Si, dans tout l'univers, quelque roi libre encore,
Parthe , Scythe ou Sarmate, aime sa liberté,
Voilà nos alliés; marchons de ce côté.
Vivons, ou périssons dignes de Mithridate,
Et songeons bien plutôt, quelqu'amour qui nous flatte,
A défendre du joug , et nous , et nos États,
Qu'a contraindre des cours qui ne se donnent pas.

PHAR NA CE.
Il sait vos sentimens. Me trompais-je, Madame ?
Voilà cet intérêt si puissant sur votre âme,
Ce père , ces Romains que vous me reprochez.

XIPHAR È S.
J'ignore de son cour les sentimens cachés.
Mais je m'y soumettrais sans vouloir rien prétendre,
Si, comme vous, Seigneur, je croyais les entendre.

. PHARNACE.
Vous feriez bien ; et moi, je fais ce que je doi.
Votre exemple n'est pas une règle pour moi.

XIPHAR È S.
Toutefois, en ces lieux je ne connais personne
Qui ne doive imiter l'exemple que je donne.

PHARN ACE.
Vous pourriez à Colchos vous expliquer ainsi.

XIPHAR È S.
Je le puis à Colchos , et je le puis ici.

PHARNAC E.
Ici vous y pourriez rencontrer votre perte...

SCÈNE IV.

PHARNACE, MONIME, XIPHARÈS,

PHOEDIME.

PHOE DIME.
Princes, toute la mer est de vaisseaux couverte,
Et bientôt, démentant le faux bruit de sa mort,
Mithridate lui-même arrive dans le port.

MONIME.
Mithridate!

XIPHAR È S.
Mon père !
PHARN ACE.

Ah ! que viens-je d'entendre

P H OE DIME. Quelques vaisseaux légers sont venus nous l'apprendre: C'est lui-même; et déjà, pressé de son devoir, Arbate, loin du bord , l’est allé recevoir.

XIPH A RÈS, à Monime. Qu'avons-nous fait?

MONIME, à Xipharès.

Adieu, Prince. Quelle nouvelle!

SCÈNE V.

PHARNACE, XIPHARÈS.

PHARNACE, à part.
Mithridate revient ! Ah! fortune cruelle !
Ma vie et mon amour tous deux courent hasard.
Les Romains que j'attends, arriveront trop tard.

( à Xipharès. )
Comment faire ? J'entends que votre cæur soupire,
Et j'ai conçu l'adieu qu'elle vient de vous dire,
Prince; mais ce discours demande un autre temps.
Nous avons aujourd'hui des soins plus importans.
Mithridate revient, peut-être inexorable.
Plus il est malheureux, plus il est redoutable.
Le péril est pressant plus que vous ne pensez.
Nous sommes criminels, et vous le connaissez.
Rarement l'amitié désarme sa colère.
Ses propres fils n'ont point de juge plus sévère;
Et nous l'avons vu même à ses cruels soupcons
Sacrifier deux fils pour de moindres raisons.
Craignons pour vous, pour moi, pour la Reine elle-même;
Je la plains d'autant plus que Mithridate l'aime.
Amant avec transport, mais jaloux sans retour,
Sa haine va toujours plus loin que son amour.
Ne vous assurez point sur l'amour qu'il vous porte.

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