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dement sur un meuble en faisant en même temps entendre un fort gémissement, si bien que lorsqu'on raconta le fait le lendemain à la grand'mère de l'auteur, qui croyait à la superstition attachée à sa maison, elle donna, pour faire cesser ces terreurs, la farine, le beurre et les aufs pour faire le pain bénit, et depuis lors nul bruit ne s'est fait entendre, et les locataires sont demeurés en paix.

Une croyance de ce genre et la coutume de faire le pain bénit pour la messe de minuit étaient autrefois attachées à un fournil, situé derrière la maison d'habitation du père de l'auteur, qui se trouve à l'extrémité de la prairie, dans laquelle est bâtie la maison du Chapelet, et connue sous la simple dénomination de la ferme, bien que les titres lui donnent le nom de ferme de la Noue. Ce fournil a été détruit il y a déjà longtemps, peut-être cinquante ou soixante ans et même davantage. Sans doute à la même époque la coutume de faire le pain bénit a disparu.

Il existe, dit-on, au hameau de Beaurepaire, situé sur ladite commune de Champrond, une semblable obligation de faire un pain bénit pour la messe de minuit. Nous en ignorons la cause et à quelle maison cette coutume est attachée.

LES SORTS JETÉS.

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Si une épidémie règne dans une écurie, dans une étable ou dans une bergerie, c'est qu'un mauvais voisin a jeté un sort sur les animaux qui y sont enfermés, et tant que ce sort ne sera pas levé les animaux périront. Nous nous souvenons parfaitement d'avoir vu porter des accusations de ce genre, par des personnes âgées et infiniment respectables d'ailleurs sous tous les autres rapports, sur des gens qui en étaient aussi parfaitement innocents, comme on doit

le penser

L'ANE QUI VIELLE.

On lit dans le Magasin pittoresque, du mois de février 1856, page 55, sur l'usage du camail dans l'église de Chartres :

« Les chanoines et autres ecclésiastiques portaient déjà le camail vers la fin du xvie siècle, puisqu'un acte capitulaire du chapitre de Notre-Dame de Chartres, en 1378, en ordonne l'adoption par tous les chanoines, et que le concile provincial de Salzbourg, en 1386, défend aux ecclésiastiques de paraître dans l'église, en public, sans camail.

« Toutefois, le concile de Bâle, en 1485, ne veut pas que les chanoines portent le camail à l'office, et le concile provincial de Reims, tenu à Soissons en 1456, ainsi que les conciles provinciaux de Sens, en 1466 et 1485, établissent la même défense et dans les mêmes termes. Enfin, en 1528, un autre concile provincial de Sens, tenu à Paris, permit aux ecclésiastiques de le prendre, et depuis cette époque les chanoines en adoptèrent généralement l'usage.

« Mais la contradiction qui se trouvait entre les décisions des divers conciles avait introduit parmi les chanoines du chapitre de Chartres une espèce de schisme dans l'usage du camail; les uns le portaient, les autres refusaient de s'en servir ; enfin le chapitre voulant faire disparaître cette bigarrure qui se remarquait dans le costume des prêtres et des clercs attachés au service de l'église, ordonna, par un acte capitulaire, rendu dans le chapitre général de la Chandeleur 1626, que, depuis le jour de la Toussaint jusqu'à la fête de Pâques de chaque année, le camail serait revêtu rigoureusement par tous les chanoines, dignitaires et autres, les prêtres et les clercs, et généralement par toutes les personnes attachées au chậur de l'église Notre-Dame, sans aucune exception, sous les peines établies audit Capitulum.

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« Cette mesure disciplinaire excita un vif mécontentement parmi les chanoines qui étaient opposés à l'adoption du costume. Du nombre de ceux-ci était François Pedoue'. Son esprit satirique avait là une trop belle occasion de s'exercer pour ne pas en profiter : Pedoue composa aussitôt quelques chansons contre ses confrères, et pour mieux les vulgariser, il eut l'idée de les confier à la vielle de l'ane, qui, placée à la petite porte méridionale de l'église, avait sous sa protection les arracheurs de dents et marchands de thériaque auxquels le chapitre avait assigné ce local dans les jours de foire.

« Cette nouveauté, dont l'organe grotesque était depuis longtemps en possession des sympathies du peuple chartrain, mit toute la ville en joie et rangea les rieurs du côté du chanoine. Le chapitre, furieux de l'aventure, demanda vengeance de cette audace au siége présidial de Chartres, lequel, au reste, donna gain de cause au poëte. Le chapitre en fut pour ses frais, et le public n'en chanta que plus

fort. »

Le Magasin pilloresque cite ensuite quelques fragments des pièces composées par Pedoue à ce sujet, que nous ne croyons pas nécessaire de rapporter ici.

Nous devons dire avant toute autre chose que le vent est peut-être à l'âne qui vielle le plus impétueux du monde entier; ajoutons que de cet endroit on entend comme un grand bruit qui se fait dans l'église, ce qui, joint à la querelle du chapitre de Chartres, a peut-être donné naissanee à la petite légende suivante, que probablement le rédacteur du Magasin pittoresque n'a pas connue, car il n'eût pas manqué de la citer.

1. Après une jeunesse des plus orageuses, Pedoue, converti à la suite d'un accident qui faillit lui coûter la vie, devint, par sa piété, l'édification de ce chapitre qu'il avait autrefois fort irrité, et fonda, en 1653, la congrégation si utile des Sæurs de la Providence, qui se dévouent à l'éducation des pauvres petites filles orphelines.

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Le Vent et la Discorde voyageant ensemble, et passant un jour par Chartres, s'arrêtèrent à l'Ane qui vielle; la Discorde, ne voulant pas passer si près de la vénérable cathédrale sans la visiter, pria le Vent de l'attendre en cet endroit; mais depuis qu'elle est entrée dans l'église elle n'a plus reparu. C'est pour cela que la Discorde est toujours dans le chapitre et le Vent toujours à l’Ane qui vielle à l'attendre.

L'impétuosité du vent dans cet endroit vient de ce que les bâtiments de l'hospice étant trop rapprochés de la cathédrale, le vent arrêté par le monument n'a plus assez d'espace pour se faire jour. De là, l'impétuosité avec laquelle il souffle dans cet endroit. Nous croyons savoir ou que les bâtiments de l'hospice sont démolis ou vont l'être. De sorte qu'il est probable qu'alors le vent disparaîtra aussi et que la concorde pourra renaître dans le chapitre.

Nota. A côté de l’Ane qui vielle, il existe une statue représentant une Truie qui file, mais à laquelle aucune légende n'est attachée.

L'Ane qui vielle est, pour ainsi dire, pour les Chartrains, ce qu'est la statue de Mannekepisse à Bruxelles pour les Bruxellois, à l'exception toutefois qu'il n'y a point de coutume attachée à l’Ane qui vielle.

Pour désigner un endroit où il fait un froid excessif, on

dit :

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« Il y fait froid comme à l'Ane qui vielle.
Ou bien encore :
« Il fait du vent comme à l'Ane qui vielle. »

On dit également dans les moments où le froid est trèsrigoureux :

« Il ne fait pas bon aller mettre sa chemise à l'Ane qui vielle. »

LA VIERGE NOIRE.

Quand on va à Chartres, ou plutôt quand on passe par cette ville, après avoir traversé les monotones plaines de la Beauce, il vous arrive, pour vous récréer l'esprit, d'avoir à attendre pendant trois heures la voiture qui doit succéder à celle qui vous a amené de Paris. Si, au milieu de la mauvaise humeur que nous donne nécessairement cette annonce que vous fait froidement le directeur des messageries, il vous advient d'apercevoir par-dessus les arbres de la promenade les deux clochers de l'église, je vous en félicite.

Je ne vous ferai pas la description de l'édifice. Si, malgré la belle architecture de Chartres, malgré l'étendue de sa nef, il est de plus belles églises, je n'en ai pas vu qui soit aussi pleine de recueillement et de mysticisme. Le bâtiment, presque coupé à jour comme une dentelle, est remarquable par le nombre, la beauté et l'éclat de ses vitraux, par les sculptures qui entourent la nef, par son pavé de mosaïque, dont les sinuosités, suivies souvent par la piété des fidèles, leur permettent de faire, sans sortir de l'église, un pèlerinage de plusieurs heures, auquel sont attachées de précieuses indulgences. Mais ce dont j'ai à vous parler aujourd'hui, c'est un coin de l'église où brûlent perpétuellement des cierges bénits devant une madone noire richement vêtue et étincelante de pierreries. On la nomme NotreDame des Miracles, et chacun des ornements qui la parent est un gage de la reconnaissance de ceux qui ont eu recours à sa puissante intercession.

Il y a plusieurs siècles, il y avait à Chartres une veuve jeune encore et très-belle, qui, repoussant toutes les offres d'un second engagement, avait consacré le reste de ses belles années à un fils sur lequel elle avait rejeté toute l'affection qu'elle avait portée à son mari. La nature et ses

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