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soins avaient fait de ce fils l'objet de l'envie de toutes les mères, et l'orgueil de la sienne; en effet, il était beau et bien fait, d'une physionomie noble et douce à la fois, et tout montrait en lui le présage du plus heureux naturel.

Entre autres faveurs, il avait été doué de la voix la plus pure et la plus angélique que l'on eût jamais entendue; et comme sa mère ne lui faisait jamais chanter que de la musique sacrée, dont les paroles ne respiraient que l'amour filial le plus pur et le plus saint et ne dépassaient pas la portée de sa jeune intelligence, il mettait à son chant une expression vraie et naturelle qui arrachait quelquefois des larmes aux quelques amis qu'avait conservés la jeune veuve.

Arriva le mois d'août, et l'évêque de Chartres lui-même vint prier la veuve de permettre que son fils chantât le jour de la plus grande fête de la Vierge. Son âge, la candeur et la beauté de sa figure, la douceur et la sainteté de son naturel, la suave pureté de sa voix lui donnaient lant de ressemblance avec les anges que son hommage ne pouvait manquer d'être agréable à la mère du Christ et de toucher à la fois les enfants et les mères qui assistaient à cette belle cérémonie.

Le jour de l'Assomption, la mère qui, en mettant son mari dans la tombe, avait enseveli avec lui tout désir de plaire, et n'avait jamais quitté ses vêtements de deuil, retrouva sa coquetterie de jeune femme pour parer son enfant.

En effet, après que la procession, aux sons religieux dont l'orgue remplissait la nef, se fut arrêtée devant l'autel de Marie, les enfants de chwur cessèrent un moment de jeter des fleurs, et du milieu d'une foule de jeunes garçons de son âge, le petit Jean s'avança vêtu d'une tunique blanche, ses longs cheveux blonds ruisselants sur les épaules, et retenus sur son front par une bandelette bleue. Il baisa respectueusement le pavé, puis leva vers la Vierge ses beaux yeux brillants d'attendrissement.

Alors dans toute l'église on n'entendit respirer personne, tout le monde était oppressé, et Jean, d'une voix pure, expressive et telle qu'on se figure celle des anges, chanta :

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Sa mère pleurait de bonheur. Quand arriva la fin de l'hymne Gaude et lætare, o virgo Maria, les enfants de choeur jetèrent sur lui des roses effeuillées qui restaient dans leurs corbeilles, et il se trouva couvert d'un nuage parfumé. Mais quand le nuage fut dissipé, il n'y avait plus rien sous les fleurs, et Jean était disparu. Quelque effort qu'on fit, il fut impossible de le retrouver. Sa mère et ses amis coururent toute la ville, les magistrats le firent chercher partout, mais tant de soins restèrent infructueux. La pauvre veuve alors refusa de voir personne; elle passait des journées à prier sur la dalle où elle avait vu son fils pour la dernière fois, et les nuits à pleurer et à songer, quand la fatigue appesantissait ses yeux et la forçait à dormir, qu'elle voyait son petit Jean au ciel, chantant sur des nuages roses, au milieu des concerts des anges.

Mais les malheurs viennent fondre sur les malheureux, avec la même constance que les sources descendent dans les fleuves. La famille de son mari, qui n'avait jamais consenti à son mariage, lui réclama par voie judiciaire tout le bien de son mari, qu'elle n'avait conservé qu'en qualité de tutrice de son fils, et, après un long procès, elle fut complétement ruinée. La pauvre femme y fit peu d'attention; son mari et son enfant avaient emporté son coeur et son âme, et n'avaient rien laissé en elle qui pût sentir sur la terre. Elle vécut misérablement de la vente de quelques bijoux que l'on n'avait pu lui enlever, et ne manqua pas un seul jour de venir prier dans l'église devant l'autel de la Vierge.

Il arriva que tous ses bijoux furent vendus et qu'il ne lui resta plus rien au monde dont elle pût vivre. Elle eut recours aux parents de son mari, mais pas un d'eux ne daigna seulement l'entendre.

Il ne lui restait plus rien que le portrait de son mari et celui de son petit Jean, mais elle serait morte cent fois avant de consentir à les vendre.

Elle n'avait pas mangé depuis deux jours. Elle se traîna péniblement à l'église, s'agenouilla sur la dalle et se mit à prier la Vierge de la faire mourir là et de la réunir à son fils.

Malgré elle, elle fut distraite par un grand mouvement qui se faisait dans l'église : on couvrait tout de branchages verts et de fleurs, on parait surtout l'autel de la Vierge.

C'était le jour de l'Assomption, l'anniversaire du jour où elle avait perdu son fils; elle remercia la Vierge en songeant qu'elle allait mourir ce jour-là, puis elle se mit dans un coin et se couvrit la tête de son voile de veuve.

Quelques personnes la reconnurent et n'osèrent la troubler dans son pieux recueillement. Seulement on s'entretint tout bas de son malheur, et d'après le bruit public, on accusait les parents de son mari d'avoir fait disparaître l'enfant pour s'emparer de sa fortune.

La cérémonie commença.

La mère ne pleurait pas; seulement avec une joie indicible, elle se sentait affaiblir à mesure que la cérémonie s'avançait.

La procession se fit comme de coutume, puis s'arrêta devant la chapelle de la Vierge. Alors l'orgue remplit l'église d'une céleste harmonie, l'encens et les fleurs couvrirent les dalles de l'église.

Il y eut un moment de silence pendant lequel on n'entendit plus rien que les sanglots de la pauvre veuve.

Tous les yeux se tournèrent vers elle, et on la vit mourante, pâle et déguenillée, elle qu'on avait vue si belle et si heureuse un an auparavant. Tout à coup, au milieu du silence, s'éleva, pure et suave comme la voix des anges une voix qui chanta :

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La mère tomba à la renverse, et toute l'assistance se mit à genoux en pleurant, car l'ange qui chantait, c'était le petit Jean, sur la même dalle, vêtu de sa tunique blanche, ses longs cheveux blonds encore ruisselants sur ses épaules, et retenus sur son front par une bandelette bleue.

La mère rampa sur les genoux jusqu'à lui, et le saisissant avec force, semblait craindre qu'on vînt encore le lui arracher. Les enfants de chour couvrirent la mère et l'enfant d'une pluie de roses; et, du milieu de l'assemblée, l'évêque, appliquant à la veuve les paroles de l'hymne de la Vierge, prononça d'une voix noble et imposante :

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L'orgue 'reprit alors ses mélodies, et jamais plus nombreuse assemblée pria avec tant d'onction et de foi.

Le petit Jean raconta son événement comme un songe qui avait laissé peu de traces dans son souvenir. Il se rappelait seulement qu'une femme, plus belle encore que sa mère, quoique son visage fût noir, l'avait nourri d'un miel délicieux, et qu'il avait mêlé sa voix à des concerts plus harmonieux que ceux de la terre.

On fouilla la dalle sur laquelle avait reparu l'enfant de cheur, et l'on trouva cette statue de la Vierge noire.

Alphonse KARR 1.

SAINT THIBAUT ET SAINT ÉLIPH.

Bien que nous ne sachions à quelle époque ils vivaient, nous pouvons cependant dire que saint Thibaut et saint Éliph étaient contemporains, si nous en croyons ce que la tradition nous a transmis sur eux.

Saint Thibaut était seigneur de La Loupe, petite ville du département d'Eure-et-Loir, et comme tel, propriétaire d'un bois connu dans le pays sous le nom de parc.

Saint Éliph était seigneur du village qui porte son nom, et qui est situé à deux kilomètres sud de La Loupe.

Un jour qu'en revenant de cette petite ville, saint Éliph était entré dans le parc de saint Thibaut pour y cueillir (dans le pays on dit voler) des fraises, il eut le malheur d'être rencontré par saint Thibaut avec lequel sans doute il n'était pas en bon voisinage, car ce dernier lui trancha la tête d'un coup de sabre. Saint Éliph comme saint Denis reçut sa tête dans ses mains, et la porta ainsi jusqu'au village dont il était le seigneur. On cria au miracle, il fut béatifié, et les habitants du village le prirent pour un patron. Au côté gauche de l'autel de l'église, il est représenté ainsi tenant sa tête dans ses mains. Nous avons eu maintes fois occasion de le voir.

Un proverbe français dit d'un saint qui ne guérit de rien : « Saint qui ne guérit de rien n'a guère de pèlerins. »

Nous n'avons jamais entendu dire non plus qu'on fût allé en pélerinage à saint Thibaut, qui n'est autre que saint Theobald.

1. Musée des Familles, décembre 1834, p. 89, t. II.

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