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Voici ce qu'on lit dans le Livre des proverbes français, par Leroux de Lincy, Paris, Delahays, 1859, t. II, p. 355, au sujet de saint Thibaut :

« Saint Thibault de La Loupe qui ne maudit n'y (sic) n'absous. »

« La Loupe est un village du Perche dont l'église a pour patron saint Thibault; on n'y fait point de veux pour estre heureux ou pour éviter d'estre malheureux, parce que les paysans du lieu ne se souviennent pas qu'il s'y soit fait de miracles. De ceste croyance, il s'est fait un proverbe qu'on applique à ceux qui ne peuvent faire ni bien ni mal. On dit de ces sortes de gens : ils sont comme saint Thibault de La Loupe, ils ne maudissent ny n'absoudent. »

LE BERRILLON.

mais que

Il existe dans le Perche un petit oiseau roux, court et ramassé, dont nous ignorons le nom en histoire naturelle,

dans le pays on connaît sous le nom de Berrillon, et aussi sous le nom d'oiseau du bon Dieu.

Les paysans disent que c'est un péché de dénicher cet oiseau, et qu'il ne faut jamais le faire, parce qu'il vous arriverait malheur, attendu que c'est lui qui a descendu du ciel le feu sous ses ailes où on en voit encore l'empreinte qui y est marquée par deux taches de rousseur qu'il y a laissées.

LE CERF-VOLANT, INSECTE.

Il existe aussi dans ce pays un insecte noir ailé de la grosseur du pouce d'un enfant, que l'on désigne sous le nom de cerf-volant, sa tête est un talisman contre les charmes des baladins.

Les paysans de Champrond et des environs disent des physiciens qui font dans les foires des tours de physique : Ils vous chermant la vue. Ils vous charment, vous fascinent les yeux, ce qu'on peut éviter en portant sur soi une tête de l'insecte que nous venons de nommer.

Vers 1830 un baladin qui avait perdu les deux mains, ce qui cependant ne l'empêchait pas de coudre, passant par Champrond , s'installa pendant quelques jours dans une grange ou écurie de l'auberge nommée la Rose, où il montra aux spectateurs un coq portant une poutre à son cou, les paysans ne revenaient pas de leur étonnement, lorsque l'un d'eux s'écria : oui, c'est un fétu de paille. Était-il porteur du talisman en question, nous l'ignorons, mais il fut prié de sortir.

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L'AS-TU? OU LE HUYEUX1 DE BREDOULAIN.

Dans des temps très-reculés, la paroisse de Romilly était desservie par un bon vieux prêtre dont le nom est resté inconnu. Ce bon pasteur fut appelé un soir auprès d'une ouaille, à son lit de mort; aussitôt il fait venir son sacristain, et, malgré son âge, se dirige à pied vers le hameau de Moulineuf, à l'extrémité de la paroisse, où se trouvait le malade.

Chemin faisant, le sacristain murmurait très-fort d'être obligé de voyager à pareille heure, et malgré les avis de son curé, qui l'exhortait à la patience et à la charité que l'on doit à ses semblables, il n'en continuait pas moins; il en eût dit davantage, mais ils étaient à quelque distance d'un bois que l'on appelait alors Bride-Vilain et qui se nomme à présent Bredoulain.

Tout à coup le sacristain s'arrête et dit à son curé : « Voyez-vous un lièvre devant nous? il a l'air de ne pouvoir marcher. » Le curé ne voyait rien et engageait son

1. L'appeleur, celui qui appelle, il faut prononcer hu-ieux et non hui-ieux. Voir au Dictionnaire.

compagnon à continuer sa route; mais le sacristain ne pouvait résister à la tentation de frapper l'animal qui se laissait approcher de si près, et qui pourtant devenait toujours insaisissable; il s'acharne après le lièvre; ce fut sa perte et sa punition; il se trouve ainsi entraîné petit à petit dans la plaine; il n'écoute plus ni la voix de son pasteur ni celle de son devoir, le démon de la convoitise avait fermé les oreilles de cet homme. Le curé ne le voyant point revenir, s'inquiète et s'avance dans la plaine pour tâcher de le découvrir ; mais ses recherches étant inutiles, il lui crie : L'as-tu? l'as-tu ?

L'écho seul répondit à sa voix, et bientôt après il aperçut une lueur rouge qui se dissipa tout à coup, puis il entendit un grand cri. C'en était fait du sacristain : on ne le revit plus; seulement plusieurs personnes entendirent depuis ce temps une âme errante dans le bois de Bredoulain huyer : L'as-tu ? après minuit sonné. D'autres même ont

aperçu le soir un lièvre noir rôdant autour du bois. On entend encore de temps en temps huyer : L'as-tu?

Lorsqu'un voyageur attardé passe au coup de minuit par Bredoulain, s'il ne prie pour le défunt sacristain, l'âme de ce dernier se met à lui crier : L'as-tu ?

X. (Écho Dunois et Journal de Chartres.)

LA DAME DE MONTIGNY-LE-GANNELON.

Cette histoire de la châtelaine de Montigny, que les vieillards de nos campagnes racontent encore à leurs petitsenfants, comme leur ayant été contée à eux-mêmes par leurs grands parents, découle sans doute des faits véridiques, qui se passèrent dans des temps très-reculés, et qu'une longue suite de narrateurs a plus ou moins embellis.

1. Ce qui nous le prouverait, c'est le surnom que portent encore deux villages cités dans la légende de Montigny.

Voici le récit qu'on en fait de nos jours; il se ressent un peu du surnaturel, comme toutes les vieilles histoires.

Depuis près de deux ans, le seigneur châtelain de Montigny était parti pour de lointains pays où la guerre avait porté ses ravages; il avait laissé dans son château son épouse et quelques serviteurs.

La châtelaine était loin de ressembler à son époux. Celui-ci était très-affable et rempli de bonnes qualités; celle-là, au contraire, était dure et hautaine : aussi ses vassaux la craignaient-ils, car ils avaient à souffrir de son mauvais caractère lorsque le châtelain partait pour quelque voyage. Le retour de leur seigneur était, en revanche, toujours attendu avec impatience, et son arrivée était fêtée avec grande joie de la part de ces pauvres gens.

De jour en jour on attendait le bon châtelain, et des mois entiers s'écoulaient sans nouvelles aucunes. Ce fut dans ces mêmes temps que la dame châtelaine rencontra un soir une mendiante accompagnée de sept petits enfants qui semblaient avoir tous le même âge. La pauvre femme s'approcha d'elle, lui demandant quelque aumône pour le soutien de sa famille, mais la dame lui dit avec dureté : « Une chienne ne porte pas plus de petits que vous d'en« fants. » A ces mots, la mendiante, qui n'était rien moins qu'une sorcière, lui répondit : « Vous riez de moi, madame, mais, pour votre punition, vous aurez en une seule couche autant d'enfants qu'une truie a de petits. » Après ces paroles, elle disparut, et la châtelaine se retira, riant beaucoup de ce que venait de lui dire la vieille mendiante ; mais l'histoire rapporte que quelque temps après, la dame mit au monde neuf enfants qui naquirent le même jour. Elle devint furieuse et ordonna que l'on se mit à la recherche de la maudite sorcière ; puis, ayant fait venir une de ses femmes, elle lui dit : « Mon mari doit revenir bientôt; comme je redoute sa colère, enlève huit de ces marmailles, et va les jeter dans les eaux du Loir. La servante renferma dans un sac les huit enfants désignés, et elle se dirigeait, favorisée par la nuit, vers le Loir qui baigne la base des coteaux de Montigny, lorsque tout à coup elle entendit devant elle un grand nombre de cavaliers et d'hommes d'armes à pied à leur tête. Elle n'eut pas de peine à reconnaître son seigneur et maître ; celui-ci lui dit : « vas-tu à cette heure, ma mie? » Elle lui répondit qu'elle allait noyer des petits chiens ; mais son maître lui ayant demandé à les voir, elle fut forcée de tout avouer.

Le bon et brave châtelain fut tellement pénétré de douleur en apprenant les fautes de son épouse, qu'il entra, contre son ordinaire, dans un grand courroux et jura de la punir; il fit élever secrètement les huit enfants dans le village de Montigny, puis un jour il les fit venir au château, mit au milieu d'eux celui que la châtelaine avait adopté, et les ayant tous vêtus de même, il envoya chercher sa femme et lui dit : « Madame, est votre fils, montrez-le-moi? » Elle ne le put, car ils étaient tous trèsressemblants; devenue confuse, elle se jeta aux pieds de son mari, mais il la repoussa et lui dit : « Quel supplice avez-vous méritė? » Celle-ci lui répondit qu'elle méritait être jetée par la plus haute fenêtre du château, renfermée dans un tonneau garni de lames de couteaux à l'intérieur. Le châtelain ayant donné ses ordres, la malheureuse roula ainsi renfermée jusque dans le Loir; le courant l'entraîna bien loin de là. Un homme d'armes la suivait, et criait aux curieux des pays qu'il traversait : « Laissez passer la justice...

Enfin la malheureuse châtelaine étant arrivée vers le

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1. Les uns disent sept ans après la naissance.

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