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III

Pas froid aux yeux! Voici ce qu'on raconte :
Un jour, l'Empereur, dans une bataille,
Reçoit une balle au moment où il y comptait le moins.
Tout autre que lui se fût trouvé mal.
Mais lui, ce n'est pas un roi de la fève.
« Très-bien, très-bien, dit-il en souriant;
« Je suis entamé, je ferai peau neuve... »
C'est un gaillard qui n'a pas froid aux yeux.

IV

On raconte aussi qu'au siège d'une ville
(Il n'était pas encore empereur),
Un camarade tombe; il le remplace,
Prend son fusil, puis fait le coup de feu.
Ce camarade, mort d'une balle, était galeux,
Ainsi que son fusil...
Il n'a peur de rien, pas même de la gale.
C'est un gaillard qui n'a pas froid aux yeux.

V

Tout au commencement, quand nous l'appelåmes
A nous gouverner, ce n'était pas facile,
Nous avions tout jeté bas : les dimes,
Diable et bon Dieu, églises, curé.
Il trouva le tout dans un état pitoyable...
Sans être précisément dévot,
Il restaura le bon Dieu et le diable.
C'est un gaillard qui n'a pas froid aux yeux.

VI

Chacun aime à laisser de sa graine
En ce monde, quand on le quitte pour jamais.

Empereur d'Autriche, pour le tirer de peine,
Bien à propos tu te trouvas là.
Il disloqua toute la famille,
Faisant son chez soi de leur chez eux.

Singulière façon d'obtenir une fille l...
C'est un gaillard qui n'a pas froid aux yeux.

VII

Quoiqu'il ne soit guère plus haut que la table
Il a dans le monde tout fait trembler.
Est-ce le bon Dieu ? C'est plutôt le diable :
Rois, bêtes et gens, tous se sauvent de lui.
Mildieul quelle gloire ! quelle renommée!
De l'avoir chez nous, nous sommes bien heureux :
Le bout de son chapeau vaut une armée.
C'est un gaillard qui n'a pas froid aux yeux.

VIII

Le diable-m'en-p... ! non,

je n'aime

pas

la

guerre;
J'aime trop les gens qui se portent bien.
Mais quand on sait gouverner son affaire
Comme lui, ma foil la guerre, ce n'est rien;
C'est un plaisir. Je suis sûr qu'en somme
Les morts sont ceux qui se portent le mieux...
Je donnerais six blancs ? pour mourir comme eux. —
Ce sont tous gaillards qui n'ont pas froid aux yeux.

1

M. Ach. Genty, à qui nous devons communication de cette pièce, se propose de publier ultérieurement un curieux recueil de poésies percheronnes.

1. Douze centimes et demi.

Nota. Ces vers sur l'empereur Napoléon Ier sont écrits dans le patois percheron du canton de Tourouvre (Orne), qui diffère de celui du canton de La Loupe (Eure-et-Loir). M. Genty nous dit qu'à l'aide du patois de Tourouvre, on lit couramment Joinville et presque couramment Robert Wace, ce qui est d'accord avec ce que dit Dureau de La Malle, que le langage des habitants du bocage percheron n'a pas changé depuis huit cents ans.

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JEU DE LA GOT

Il existe dans le Perche un jeu d'exercice auquel, pendant la récréation, se livrent les écoliers, et pour lesquels il a, quoique assez dangereux, beaucoup d'attrait. On le nomme la got 1. Voici en quoi il consiste :

Plusieurs enfants, et même quelquefois des jeunes gens d'une vingtaine d'années, se réunissent et conviennent de jouer à la got. Ils se munissent d'une boule, le plus souvent d'une bonde de tonneau, faute de boule, et de chacun un bâton. On tire au sort pour savoir quel sera le trimeux ou les trimeux, et quels seront les gotteux. Il y a ordinairement un trimeux sur quatre ou cing joueurs. Pour un plus grand nombre, il y a plusieurs trimeux et par conséquent aussi plusieurs gots.

Lorsque le sort a décidé à quel parti appartiendrait chaque joueur, on creuse dans un lieu, uni autant que possible, ordinairement une prairie, un trou un peu moins large et surtout beaucoup moins profond que le fond d'un chapeau. Ce trou se nomme la grandmère. Autour de ce trou, à la distance de la longueur d'un háton, à peu près de celui-ci, on en creuse autant d'autres petits qu'il y a de goteux, et dans lesquels chacun de ceux-ci placent le bout de leur bâton, d'où une fois le jeu commencé il ne faut pas le sortir, parce que pendant qu'il serait vide un trimeux pourrait s'en emparer, ce qui obligerait celui qui en était possesseur à trimer à son tour. On donne à ces petits trous le nom de kio ou quio 2. Chacun étant à son poste, les gotteux et les trimeux, on place la got sur le bord de la grand mère, et un vigoureux coup de bâton de l'un des gotteux l'envoie aussi loin que possible; le trimeux doit alors courir à sa recherche pour la ramener à coups de båton près du jeu, et toujours à coups de båton es

à sayer de la faire pénétrer dans la grand’mère, ce que les gotteux doivent éviter avec soin en la repoussant également à coups de bâton; lorsque celle-ci approche ainsi des gotteux, le jeu devient très-animé, car avant de donner à la got son coup de bâton pour la renvoyer au loin, le gotteux doit veiller à ce que le trimeux ne se saisisse pas de son kio, car il devrait prendre la place de ce dernier et trimer à son tour.

Lorsque le trimeux ou l'un des trimeux parvient à faire pénétrer la got ou l'une d'elles, s'il y en a plusieurs dans la grand’mère, il se fait alors un grand brouhaha et un grand mouvement, chacun crie :

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1. On ncus dit que ce jeu est connu dans le Maine sous le nom de la margot, et Paris sous le nom de bâtonnet.

2. Sans doute un diminutif de petit, petiot, p'tiot, p'quio. De là, quio ou kio. De sorte que nous pensons qu'on pourrait aussi donner à ce jeu le nom de : jeu de la grand'mère et ses petits ou p'quios.

ourli, ourlı, ourli, à plusieurs reprises et s'empresse de changer de kio. Si dans ce grand mouvement le trimeux ou les trimeux parviennent à se saisir d’un kio pendant qu'il n'est pas occupé, celui qui n'a pas réussi à s'en procurer un pendant que le changement s'est opéré, prend la place du trimeux et le trimeux devient gotteux.

Il arrive parfois que la got est envoyée si loin qu'on la perd de vue, et lorsque le trimeux ne peut la trouver, il crie aux gotteux de venir la chercher; chaque gotteux doit alors dire : Je pourris (neutralise) mon kio pour aller chercher manigoti.

Les gotteux doivent être alors très-circonspects, parce que quelquefois cette perte de la got n'est que feinte, et n'est annoncée par le trimeux, comme perdue, que pour éloigner les gotteux de leurs kios, parce que dès qu'elle est retrouvée et que le trimeux a pu la toucher de son bâton, il a droit de concourir comme les autres à se saisir d'un kio, de sorte que celui qui arrive le dernier au jeu prend la place du trimeux 2.

Mais si c'est un gotteux qui la découvre le premier, comme il lui applique ordinairement un vigoureux coup de bâton pour la renvoyer plus loin, où le trimeux est obligé de l'aller chercher pour la ramener vers la grand’mère, toujours avec son båton, il arrive souvent aussi qu'il est de bonne foi, car lorsqu'il a annoncé que la got est égarée, il doit au moins une fois la toucher de son bâton avant de pouvoir concourir avec les autres à se saisir d'un kio. Il n'est donc pas toujours de son intérêt d'amener les gotteux vers la got.

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Nota. C'est de gotteux que doit venir le verbe français dégotter, c'està-dire enlever la place de quelqu'un, le débusquer, le trimeux prend, se saisit de la place du gotteux, le dégotte et l'envoie trimer à sa place.

Les jeux sont donc bons aussi à étudier, non-seulement sous le rapport des mœurs, mais encore sous le rapport du langage.

Nous supposons que le mot ourli signifie au relais ou relais, ou relis; au se prononce toujours ou, comme dans cette circonstance: · Éïoù donc que tu vas? — Je vas ou Queulin, au lieu de : Je vais au Thieulin.

PROVERBES PERCHERONS

On dit en parlant d'un homme lent: « Il n'est pas de la saint Jean bouillant. » Pour désigner une maison mal tenue, on dit : « C'est à la mode de Bohème 3, c'est le plus sale qui fait la cuisine. »

1. La got prend dans cette circonstance seulement, comme familièrement, le nom de manigot ou ma nigot, c'est-à-dire ma chère got. C'est comme un petit nom d'amitié qu'on lui donne.

2. Après que le trimeux a annoncé que la got est égarée, dès qu'il est parvenu à la toucher, les kios sont déneutralisés (dépourris).

3. Des bohémiens, sans doute, et non des Tchèques ou Bohêmes.

On dit d'un enfant qui pleure :
« Il rit comme on crie à Paris. »
Les Danois disent dans le même sens :
« Il rit comme s'il avait mal aux dents. »
Pour dire qu'on est difficile à tromper, on dit :
« On ne m'emmanche pas par les yeux comme un hareng. »

Cette expression proverbiale vient de ce que, dans les marchés, on enfile les harengs par les yeux dans un rameau d'osier.

« Ecolier de bois creux qui prend son chemin le plus long. »

Les fils aînés des rois de France, les héritiers présomptifs de la couronne portaient autrefois le nom de Dauphin.

Pour désigner un enfant aimé, on dit :
« Mon dauphin. »
C'est-à-dire mon enfant chéri.
Ce n'est pas par affection pour le dauphin que les paysans percherons
disent « mon dauphin », mais pour dire que l'enfant auquel on ap-
plique ce dicton est aussi le chéri de la famille.

En parlant de quelqu'un qui a commis une faute, d'un enfant prin-
cipalement, on dit :
« Je vas te relever du péché de paresse. »
On dit d'une fille qui a manqué à ses devoirs :
« Elle a cassé son sabot. »
Il existe sur l'osier le proverbe suivant :
« Franc comme de l'ousier. »

L'osier poussant avec une grande vigueur et étant d'une souplesse extrême, de manière qu'on peut se fier à sa ligature, tandis que le peuplier qui croit avec plus de rapidité encore, mais se rompt facilement, par opposition est traitre. Nous supposons que c'est cette comparaison qui a valu à l'osier le proverbe que nous citons.

Les Danois disent : « L'osier est un petit arbre, mais il peut cependant lier les autres arbres. »

On dit d'un homme qui reste silencieux lorsque l'on raconte ses escapades :

« Il ne pape pas. »

Ce dicton vient de ce que le poisson lorsqu'il barbote fait entendre un petit bruit qui ressemble à celui que ferait un homme disant constamment : pape, pape, pape, pape. Les Percherons appellent ce bruit paper. On dit lorsqu'il fait chaud et que le poisson barbote à la surface de l'eau : « Le poisson pape. » S'il fait froid et que le poisson ne se montre pas, on dit : « Le poisson ne pape pas. »

De là le dicton adressé à celui qui reste silencieux lorsqu'on raconte ses méfaits.

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