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Nous voyons d'ici bien des personnes traiter ces idées d'utopies; mais nous, qui avons la prétention de connaître quelque peu ce que c'est que les livres, nous prétendons aussi que leur mise à exécution est très-praticable et moins difficile en réalité qu'en apparence. Il suffirait, pour donner de l'émulation aux savants, de donner quelque forte prime à ceux qui feraient le mieux, puis de marcher avec la persévérance et la ténacité nécessaires à une pareille entreprise. La France deviendrait ainsi le centre d'érudition du monde entier. Ce serait une véritable école de savoir, et nul autre pays ne pourrait lui disputer le pas à ce sujet.

Avec les procédés économiques que l'on possède aujourd'hui, une bibliothèque, composée de cinq à six mille volumes, eu égard au grand tirage qui en serait fait, serait peu coûteuse et les résultats en seraient immenses, si surtout on calcule le nombre d'intelligences supérieures que cela ferait éclore et développer dans un temps où l'intelligence va devenir un bien si nécessaire et si précieux.

scripteurs d'office à toutes les collections dont nous parlons; on aurtit ainsi environ 500 souscripteurs et 500 autres seraient obtenus par les souscriptions particulières, tant en France qu'à l'étranger. Cela joint à quelque légère subvention donnée au besoin par le gouvernement, l'affaire pourrait se produire ainsi.

Comme on conserverait l'empreinte de ces ouvrages, et que beaucoup devraient même être promptement clichés, on pourrait plus tard réduire quelque peu le prix des volumes, puis obliger les villes de 3,000 habitants et au-dessus de souscrire également; puis, plus tard, réduire encore et faire souscrire celles de 200 habitants et au-dessus, puis enfin celles de 1,500, puis les bourgs de 1,000; et en dernier ressort ceux qui viendraient à la suite. De cette manière, on pourvoirait toute la France de bibliothèques, l'instruction se propagerait avec la rapidité de l'éclair.

Qui sait le nombre d'hommes de génie qui pourraient sortir des campagnes si des moyens faciles d’y propager l'instruction у

étaient ainsi établis. Combien de Linné, de Képler, de Kant, de Newton, de Galilée, de Cuvier, de Buffon, de Molière, de Corneille, de Racine, etc., pourraient en sortir. Nul ne le sait. Combien y a-t-il d'hommes auxquels il ne manque qu'une occasion pour développer leurs talents ? On l'ignore.

Afin de ne pas créer un monopole en faveur d'une semblable société, il faudrait qu'elle fût constituée de manière que ses publications pussent tomber dans le domaine public dans un temps assez rapproché, il faudrait qu'elle fût créée enfin de manière à être utile, en faisant connaître au commerce les livres remarquables publiés à l'étranger et ceux qui, dans notre langue, sont oubliés ou trop négligés.

Nous avons dit que cette pensée, ou cette idée, serait traitée d'utopie. Cependant, si l'on considère le développement qu'a pris Paris depuis la création des chemins de fer, si l'on considère que ces chemins de fer, du côté de l'Espagne, ne vont qu'à la frontière; que l'Italie, si on en excepte le nord, en est dépourvue ; qu'ils ne vont pas directement à Vienne ; qu'il n'y en a pas un centimètre en Turquie; que la Russie et la Suède en ont à peine un tronçon chacune, on se demande ce que devra être, lorsque l'Espagne en sera sillonnée et qu'ils toucheront ainsi l’Afrique; que l'Algérie, l'Italie, l'Autriche, la Turquie, la Russie et la Suède en seront couvertes; si, en si

peu d'années, Paris a pris un si grand développement, qu'est-ce que ce sera alors? et si nous portons plus loin nos regards, lorsque, traversant la Turquie d'Asie, la Perse et l'Inde, ils iront en Chine, et que sept cents millions d'Asiatiques déboucheront sur l'Europe, venant nous demander à s'initier à notre civilisation, à nos sciences, à nos arts, on se demande encore ce que sera Paris à cette époque. On est forcé de reconnaître que plus de trois millions d'individus s'agiteront dans son enceinte et que ce ne sera que la moitié de la population qu'on y verra cent ans plus tard.

Sans doute encore on nous dira : tout cela n'est pas pour demain, et qui sait seulement si, à cette époque, le monde existera encore ? Nous répondrons : Sans doute, nul ne le sạit; mais nul ne sait non plus si le monde existera encore

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l'an prochain. Cependant, en prévision de ce qu'il pourrait bien ne pas finir sitôt, on ne laisse pas de faire les semences et de cultiver les terres; donc, il peut être raisonnable aussi de penser que le monde pourrait bien encore exister dans cinquante ans. Pour beaucoup de personnes, cinquante ans, c'est cinquante siècles; mais la révolution date déjà de soixante-dix ans, et il semble qu'elle soit d'hier : on en parle comme d'un événement qui vient de se passer; si cependant on tenait à nous opposer ces cinquante ans relativement aux chemins de fer, nous opposerions à notre tour le percement de l'isthme de Suez et nous demanderions s'il doit durer aussi cinquante ans équivalent à cinquante siècles?

Voici ce qu'on lit à ce sujet dans le rapport de M. de Lesseps aux actionnaires de la Compagnie du canal de Suez, inséré dans la Presse du 18 mai 1860 : « Dès que la Société fut constituée.

un programme définitif fut arrêté et publié. « Il fut démontré, par des chiffres positifs, que le canal maritime propre à la grande navigation pourrait, avec ses ports, le canal de jonction au Nil et les rigoles latérales d'irrigation, être exécuté en cinq ans, au prix maximum de cent trente millions.

« Dans cette somme, une large part est faite à l'imprévu.

Dans un autre passage dudit rapport, on lit :

« Le lundi de Pâques, 25 avril 1859, chacun de nous, dit M. de Lesseps, donna son premier coup de pioche pour fouiller la tranchée sur un rivage morne et désert qui est déjà aujourd'hui un établissement considérable. »

Si on nous disait aussi que c'est encore là une utopie, nous répondrions que c'est une utopie dans laquelle nous avons foi, ainsi que dans les immenses résultats qu'elle doit produire; nous ajouterons que nous avons une égale

»

foi dans les résultats indirects de l'entreprise que nous proposons. Ces résultats seraient, il ne faut pas en douter, moins immédiats et en apparence moins grands que ceux qui seront produits par le percement de l'isthme de Suez, mais l'influence considérable qu'ils exerceraient sur le monde en général et sur la civilisation en particulier, sont d'une telle importance, qu'il est impossible à l'oeil le plus clairvoyant d'en mesurer l'étendue.

Si d'ailleurs on considère que les chemins de fer ne pourront pas être achevés dans tout l'univers avant un siècle, il faut penser que les travaux dont nous parlons ne pourraient guère être achevés en moins d'un siècle aussi, en raison de ceux que les découvertes nécessiteraient de refaire plusieurs fois; des publications de ce genre ne s'improvisent pas, il faut commencer par répandre sur le sol de la France les semences qui doivent le produire, mais il faut en attendre la récolte.

Si, d'un autre côté, on considère que, dans cinq ans au plus, l'isthme de Suez peut être percé et que les sept cents millions d'Asiatiques, Persans, Indiens, Chinois et autres auront une voie rapide pour venir en Europe, n'est-on pas en droit de dire qu'il est utile de se mettre à l'ouvre, surtout si on réfléchit que les voyageurs qui pourront venir nous visiter sont autant de prospectus et de propagateurs vivants de nos lois, de nos mours et de nos idées.

Voilà, comme on le voit, une belle occasion offerte à tous les Français d'être utiles à leur patrie. Dieu veuille qu'ils la comprennent et qu'aidés comme il faudrait qu'ils le fussent dans cette circonstance, il puissent la mettre à exécution.

Nous éprouvons maintenant une crainte, c'est que l'intrigue s'empare de cette idée et la perde; pour qu'elle soit peu coûteuse, produise de bons effets, que le succès en soit certain et complet, il faut qu'elle marche comme nous l'indiquons.

DÉCRET

RECONNAISSANT LA SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE DE FRANCE COMME

ÉTABLISSEMENT D'UTILITÉ PUBLIQUE 1.

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Liberté, Égalité, Fraternité.

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

Le Président de la République,

Sur le rapport du Ministre de l'instruction publique et des cultes,

Le Conseil d'État entendu,
Décrète :

ARTICLE PREMIER.

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La Société de l'Histoire de France, établie à Paris, est reconnue ÉTABLISSEMENT D'UTILITÉ PUBLIQUE.

Son règlement est approuvé tel qu'il est et demeure ciannexé. Il ne pourra y être apporté de modification qu'en vertu d'une nouvelle autorisation donnée dans la même forme.

ART. II.

Le Ministre de l'instruction publique et des cultes est
chargé de l'exécution du présent décret, qui sera inséré au
Bulletin des lois.
Fait à l'Élysée-National, le 31 juillet 1851.

Signé : L.-N. BONAPARTE.

Le Ministre de l'instruction publique et des cultes,

Signė : DE CROUSEILHES.

1. Afin de faire comprendre notre pensée, nous donnons comme

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