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9° Le neuvième des empaillements de la paroisse une fois rentré dans la grange champarteresse, le public ne peut même en avoir pour de l'argent, pour attendre un mois ou deux avant la moisson; ils sont obligés de vendre leurs bestiaux à vil prix, faute de paille. Les pauvres n'en peuvent même pas avoir pour de l'argent pour coucher leurs enfants;

10° De plus, nous payons une grosse taille et le vingtième et la corvée, qui est plus du quart de la taille, vu la dépense; les chemins sont impraticables sur les grandes routes pour faire nos voitures;

14° De plus, les sainfoins en herbe pour la pâture des vaches et autres bestiaux ne peuvent plus nous servir à cet usage, par la raison que le receveur du champart exige pour cette pâture plus que le neuvième, parce qu'on ne peut pas compter l'herbe

à sa maturité; 12° En outre, nous sommes chargés de faire l'aumône aux pauvres de la paroisse qui sont en grand nombre;

13° Nous sommes obligés de ramasser nos gerbes par compte pour que le champarteur les champarte, ce qui fait un tort considérable par la sécheresse; il faut une personne exprès pour ramasser lesdites gerbes dans un temps si cher;

14° Le laboureur et le particulier font pois, vesces, qui sont coupés en vert pour nourrir leurs bestiaux dans le mois d'octobre; on leur en fait payer la neuvième portion pour un grain qui ne fait point de tort à la récolte prochaine;

15° Nous sommes obligés de payer le cens et les droits seigneuriaux;

16° La paroisse désire payer le champart, soit en grain, soit en argent pour obvier à tous les frais et pertes qu'ils occasionnent.

n'étant pas

Observations à propos du mot boisseau employé dans les

doléances ci-dessus. On dit:

Un setier, un demi-setier, un minot, un boisseau de blé ou grain.

Ce qui équivaut à dire:
Un sac, un demi-sac, un quart, un huitième de sac.
On dit aussi :

Un setier, un demi-setier, un minot, un boisseau de terre.

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Ce qui équivaut à dire :

Un arpent, un demi-arpent, un quart, un huitième d'arpent de terre.

L'arpent ou setier était de cent perches, et par conséquent le huitième d'arpent ou boisseau, de douze perches et demie.

A l'époque où ces doléances ont été écrites, une ferme de plus de cent arpents, située sur la commune de SaintÉliph où les terres sont pour la plupart de médiocre qualité", bien que cependant il y en ait de bonnes, était louée 900 fr.; en supposant même qu'elle en valût 1,000, cela remettrait le prix de chaque arpent à 10 fr. de location par an : par conséquent, pour un boisseau ou huitième d'arpent, le prix eût été de 1 fr. 25. Ainsi, lorsque le malheureux paysan avait fait trois labours, fumé, ensemencé, hersé son boisseau de terre et abattu sa moisson, il fallait encore avant de l'engranger prélever le champart et le conduire exprès avec un cheval à la grange champarteresse, de sorte qu'il ne pouvait pas profiter du beau temps pour rentrer son grain ; et si pendant le voyage qu'il était obligé de faire pour le champart, il venait à pleuvoir, son grain perdait considérablement de sa qualité, et cela pour un boisseau de terre.

Quant à la qualité de la terre, le manque de paille indique suffisamment qu'elle est médiocre à Fresnay.

On reconnaît à la campagne que du blé a été mouillé en javelle, lorsqu'après être cuit la croûte supérieure n'est pas adhérente à la mie; on pourrait passer la main entre la mie et la croûte. Si cela n'arrive pas à Paris, cela tient au mélange des farines et au travail qu'on leur fait subir, mais à la campagne on ne s'y trompe pas; si un voisin entre dans une maison où il voit du pain dont la croûte supérieure ne tienne pas à la mie, il dit aussitôt : Voilà du pain qui a été fait avec du blé mouillé.

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On peut donc, comme on le voit, dire qu'il n'y avait point de misère pareille à celle de nos malheureux ancêtres avant 89. Est-on encore surpris que sous la première République et le premier Empire ils aient lutté comme des géants pour en éviter le retour? Ils sont prêts à recommencer s'il le faut, et on peut compter sur leur dévouement à ce sujet; il n'y a pas à craindre qu'ils fassent défaut. Croit-on par exemple qu'ils soient encore disposés à manquer de paille pour coucher leurs enfants ?

Fains.

99 feux. 16 électeurs, 2 députés : J. Goussard et F. Houdebine.

Nous demandons :

Qu'il soit permis de rembourser les francs-fiefs et de ne plus passer de nouvelles déclarations, ce qui est très-contraire au peuple;

Que tous les biens des trois ordres du royaume soient indistinctement sujets, par proportion et sans avoir égard à aucune exemption ni de privilége à payer les impôts sous la dénomina

à tion d'un seul, etc., etc.

Le seigneur de la paroisse jouit de trois cents arpents de terre labourable, et environ cent cinquante arpents en bois, vignes, dans son parc, plus cent cinquante arpents en bois, en vingt-huit remises pour la retirance du gibier qui fait tort à Fains. S'il était imposé comme les autres, il payerait 1,800 livres; il ne paye que 400 livres.

Les habitants de Fains se plaignent, en outre, du gibier de toute espèce qui, disent-ils, font l'agrément des seigneurs, la désolation des campagnes, la destruction des grains.

Ils ajoutent encore que notamment la paroisse de Fains et plus de cent cinquante paroisses circonvoisines ne profitent de rien de leurs contributions en argent qu'on emploie à des routes éloignées.

Briconville '.

Les habitants de Briconville demandent: 1° Que les étrangers qui prennent à ferme des lots de terre de la paroisse soient compris au rôle de la taille de ladite paroisse, à raison desdits objets, nonobstant toute déclaration que lesdits étrangers pourraient faire de payer la taille dans le lieu de leur domicile, disant lesdits habitants qu'elles sont frauduleuses et frustratoires.

1. Nous n'avons pas cru devoir indiquer ici comme pour Fresnay et Fains le nombre des feux, d'électeurs et de députés, pensant que cela n'était pas nécessaire.

5° Se plaignent de l'oppression des seigneurs qui accablent leurs vassaux par la multiplicité de leurs droits féodaux, comme banalité et qui dévastent les campagnes par leur chasse irrégulière, la quantité de gibier de toute espèce dont ils sont infiniment jalous, et par le nombre infini de leurs pigeons; et pour remédier à des abus si criants, supplient, lesdits habitants, Sa Majesté d'obliger lesdits seigneurs à faire enclore de murs leurs bois et garennes, faire détruire leurs colombiers et volières, et qu'il ne leur soit permis ni à aucuns roturiers d'en rétablir dans la suite;

6° Demandent la suppression des justices seigneuriales qui ne servent qu'à multiplier les procès; en outre, la suppression des tabellions et sergents de campagne qui, par leur impéritie, ne font qu'embrouiller les affaires;

7° Se plaignent du brigandage des gens de justice, des procédures vexatoires qui ruinent la fortune des citoyens, et dépouillent la veuve et l'orphelin ;

8° Demandent la suppression des limes, etc.;

11° Supplient Sa Majesté de jeter un regard favorable sur la plus grande partie de son peuple que l'indigence met dans l'irpossibilité d'avoir les choses les plus nécessaires à la vie, à cause des droits exorbitants qui en augmentent le prix, comme sont les entrées, les boissons, le sel, etc.

Andeville.

Les habitants ont déclaré qu'il était nécessaire avant de s'occuper de la rédaction de leur cahier de doléances, plaintes et remontrances, de faire observer à l'assemblée générale du bailliage de Chartres, au sujet des trois cahiers des trois états réduits en un, que cette rédaction ne peut avoir que de mauvaises suites et gêner la liberté du tiers-état.

Quel est l'habitant de la campagne qui oserait mettre au jour et exposer aux yeux d'une assemblée composée de ses seigneurs et maîtres les justes plaintes qu'il a à faire de l'abus de leur autorité et de leurs priviléges qui ne font que concourir à sa ruine et à celle de ses compatriotes ? Qui osera leur reprocher leurs injustices et leurs vexations qui ont réduit ses ancêtres et ses descendants à la plus dure servitude.

Personne n'ignore le mépris que le seigneurs font du malheureux habitant de la campagne; ils le regardent comme rien, quoique beaucoup estimable; comme inutile, quoique très-utile et précieux à l'État. C'est un paysan, disent-ils, il est fait pour suivre nos caprices et nous obéir, il faut le réduire; en bon français, ils le regardent comme leur bête de charge. Peut-il récrier contre cel abus infâme sans courroucer, aigrir et révolter son seigneur contre lui ? Si les cahiers de plaintes, remontrances du tiers-états, quoique très-justes et conformes aux abus régnants, si, dis-je, ces cahiers étaient connus des deux états supérieurs, ils ne pourraient qu'être nuisibles, par la suite, aux paroisses qui les auraient présentés, et qui seraient victimes de leurs vengeances. Il est donc très-important que les cahiers soient inconnus des deux autres états et rédigés à part. C'est dans cette espérance que nous avons composé le notre de la manière qui suit:

ART. 1er. Le Roi sera très – humblement supplié de faire une réflexion dont la bonté de son cæur est capable, que les impôts présents accablent le tiers-état, mettent des entraves considérables au commerce et à l'agriculture, causent la ruine de plusieurs familles et réduisent le peuple à la misère; en conséquence, qu'il plaise à Sa Majesté que toutes les ingpositions quelconques soient réparties également entre tous les sujets des trois ordres du royaume, sans aucune distinction de dignité, ni qualité, proportionnément aux propriétés, possession, faculté, commerce et industrie de tous et de chacun.

ART. 2. Les priviléges des villes occasionnent une augmentation considérable d'impôts sur les habitants de la campagne, qui trouvent à peine une subsistance grossière dans leurs emplois de tout genre et surtout le malheureux cultivateur qui, surchargé d'impôts, a à peine son nécessaire ; ce qui cause un grand préjudice à l'agriculture, objet le plus précieux de l'État. Sa Majesté est pareillement suppliée d'abolir les priviléges des villes et de faire contribuer les citoyens au payement des impôts sans aucune distinction, relativement à leurs fortune, commerce, industrie et faculté à la décharge de l'agriculteur.

Art. 3. Demandent l'abolition du privilége des officiers des deux ordres, clergé et noblesse, lorsqu'ils ont domicile fixe et ménage particulier sujets aux impositions de la paroisse de leur demeure, comme aussi l'abolition de l'exemption des impôts encore dus aux maîtres de poste qui, par leur emploi seul, acquièrent assez de richesses.

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