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plus froids; les automnes très-beaux; la neige y dure peu;

y les pluies sont assez fréquentes, les brouillards assez rares.

VIE, MOEURS, USAGES ET NOURRITURE DES PAYSANS.

Les habitants vivent en général comme tous ceux des pays de Bocage, dans des maisons isolées, au milieu de leurs champs, de leurs prés, de leurs bois et toujours à côté de leurs cultures. Les villes sont assez éloignées, peu considérables ?; les bourgs plus nombreux, les maisons sont souvent isolées, et cependant la population de ces trois départements est de plus de 1,250,000 âmes. Aussi les mæurs et les usages, la langue des campagnards, restent depuis 800 ans presque immuables. La fréquentation des habitants des villes ne polit ni n'use leur langage, leurs manières, leurs habitudes. Une fois par semaine ils vont porter leurs denrées à la ville voisine, où leur voix haute et brusque, leur patois rude, leur immobilité dans la foule, leurs vêtements gris, leurs longs cheveux sans poudre, leur ont valu le sobriquet de sangliers. Un cultivateur comme aux premiers temps de la société, comme aujourd'hui dans les forêts de l'Amérique septentrional, sait ordinairement faire un peu de tout. Il est souvent maréchal, charron, charpentier, tonnelier, tisserand, laboureur et marchand de bestiaux tout ensemble.

Les vieilles meurs s'y conservent. Dans ce pays le dicton:

Du côté de la barbe est la toute-puissance.

garde encore toute sa vertu. La fermière, qu'on appelle la maitresse et qui nomme son mari son maitre, quelque lasse qu'elle soit, ne s'assied jamais à table avec ses domestiques mâles; elle leur fait la cuisine, les sert et mange debout,

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1. Les trois chefs-lieux n'ont : Le Mans, que 18,543; Alençon, 13,234, et Évreux, que 9,238 habitants. (1823.)

ainsi que toutes les femmes et filles sans exception. Le maître est à table avec eux, et mange à la gamelle comme Abraham avec ses serviteurs et ses esclaves.

Si la maîtresse (la fermière) accouche, on demande est-ce un gars? quand le contraire arrive, on dit : Ouen, ce n'est qu'une créïature (une fille); et, en effet, un homme a ici quatre ou cinq fois autant de valeur qu'une femme. Telle forte et robuste servante propre à tous les gros ouvrages, ne gagne que trente-six francs et sa nourriture par an, tandis qu'un laboureur est payé 150 à 200 francs l'année. Les domestiques s'habillent à leurs dépens.

La superstition populaire, les croyances aux revenants, aux esprits, aux feux follets, aux loups-garous étaient plus communes, plus fortes chez les habitants il y a trente ans qu'à présent. La raison évidente est qu'ils faisaient moins de commerce, marchaient moins la nuit, se familiarisaient moins avec les objets de leurs terreurs qu'ils ne le font aujourd'hui.

J'ai vu, en 1785, un jeune homme chez mon père à Landres mourir de cette crainte. On disait que madame d'Hauteville, l'ancienne propriétaire, revenait dans le pavillon sous la forme d'une laitice ou hermine. Le gars fait le bravache; il se moque de la croyance générale : on parie qu'il n'y couchera pas seul; le pari s'engage; il soupe, rit, va se coucher au pavillon dans un bon lit. Le matin on le trouva mort et noir : une apoplexie causée par la peur l'avait tué....

On assura qu'il avait été foulé par la bête ou laitice, et les femmes, encore aujourd'hui, ont une grande terreur de ce joli petit animal, redoutable seulement pour leurs volailles. L'hermine est d'un blanc éclatant, marche surtout la nuit, est très-vive dans ses mouvements, paraît et disparaît dans un clin d'oeil. Les châtelaines portaient l'hiver des fourrures d'hermine ou laitice. De là l'opinion que la châtelaine revient en laitice. Cinq à six femmes m'assurent l'avoir vue revenir encore en laitice, le 22 décembre 1819, à la ferme de Landres. Les femmes ne vont jamais la nuit surtout seules. Les feux des marais, les bois phosphoriques, les souches bizarres, les charognes éclairées par ces lueurs ont fait naître et perpétuent parmi elles les croyances de fallots, de bêtes, de loups-garous. Les meuniers, les marchands de bestiaux qui voyagent la nuit en sont exempts, les autres doivent encore y être soumis longtemps .

1. Description du Bocage percheron, des meurs et coutumes des habitants, etc., etc., par Dureau de La Malle, membre de l'Institut. Paris, imp. de Fain, in-8, 1823, extrait des Annales de l'industrie nationale et étrangère.

Depuis que ces lignes sont écrites les meurs et les habitudes ont considérablement changé.

P. V.

ANTIQUITÉS ET ANECDOTES

Notre département possède un grand nombre de ces pierres gigantesques appelées pierres druidiques, pierres celtiques, dolmen, et qui servaient, dit-on, aux cérémonies du culte de nos aïeux. Cependant de temps à autre disparaissent quelques-unes de ces masses antiques, et il n'est pas sans intérêt d'en consacrer le souvenir et d'en conserver la description exacte.

La commune de Prunay-le-Gillon possédait encore, il y a peu de temps, deux dolmen remarquables par leurs vastes proportions et situés à trois kilomètres l'un de l'autre; l'un est aujourd'hui entièrement détruit; l'autre semble avoir résisté aux efforts tentés pour le faire disparaître sous terre.

Le premier, appelé vulgairement la Pierre couverte, était situé au milieu d'une pièce de terre appartenant à M. Guyot; il était d'une conservation parfaite, et attirait les voyageurs qui parcouraient la route d'Orléans, à peu de distance de

à laquelle il se trouvait. Placé au milieu d'une plaine découverte, cet antique monument servait souvent de refuge aux travailleurs surpris par l'orage; on assure avoir vu jusqu'à dix-huit personnes y trouver un abri protecteur, et pouvant facilement se tenir assises dessous.

Il avait la forme d'un rectangle mesurant 3 mètres sur 2 mètres 60; son épaisseur était d'environ 85 cent. ; la table, d'un grès très-fin, pesait 13,923 kilogr. Un jour, le propriétaire, voyant ses récoltes continuellement endom

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magées par les enfants qui venaient prendre leurs ébats autour de cette pierre, résolut de la faire disparaître; mais le carrier qui s'était chargé de l'opération fut obligé d'y renoncer, et le dolmen fut encore respecté pendant quelques années. Au commencement de cette année, la tentative fut renouvelée ; une certaine quantité de poudre fut introduite dans la pierre, et dès la première explosion, le bloc fut brisé en plusieurs morceaux, qui furent alors facilement enlevés, et serviront un jour à quelque vulgaire construction moderne.

Maintenant, si de l'endroit où était le dolmen dont nous venons de parler, vous tirez une ligne droite passant près de l'église de Prunay et se prolongeant au delà à égale distance, vous trouverez, près du chemin d'Ymorville à Angerville, un autre dolmen dont les dimensions sont encore plus fortes que celles de la Pierre couverte; on l'appelle la Grosse pierre d’Ymorville. Il semble qu'à une époque déjà reculée on a voulu enfouir cette masse sous la terre; les appuis orientaux ont disparu ; on aperçoit encore ceux de l'autre extrémité, le bout oriental de la table se trouve ainsi enseveli sous le terrain. La partie restée hors de terre mesure environ 3 mètres 4 cent. de longueur sur 3 mètres 60 cent.; son épaisseur varie de 50 cent, à 1 mètre 15. La surface supérieure présente une cavité de 15 cent. de diamètre; une autre cavité évasée se termine en fourche et représente assez exactement une empreinte de pas d'animal; enfin une rigole part du milieu et va en s'élargissant jusqu'à l'extrémité orientale. On ne sait à quelle époque ce dolmen a perdu la position primitive qu'il devait avoir ; cependant c'est au grand-père du propriétaire actuel que l'on attribue les travaux dont on voit encore les traces et à l'aide desquels on avait voulu enfouir cette pierre.

L. (Tiré du Journal de Chartres.)

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