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passer en présence d'une armée ennemie ce fleuve fougueux qui reçoit vingt-deux rivières et dont le courant perce un lac de dix-huit lieues sans rien perdre de son impétuosité. En deux jours, Hannibal sut rassurer ceux qui étaient restés en-deçà du Rhône, leur acheta des barques, leur fit construire des canots et des radeaux, et faisant passer le fleuve un peu plus haut par Hannon, fils de Bomilcar, i mit le camp des Volkes entre deux dangers. Au moment où parurent les signaux allumés par Hannon, l'embarquement commença; les gros bateaux placés au-dessus du courant servaient à le rompre; les cavaliers les montaient, soutenant par la bride leurs chevaux qui passaient à la nage; il y avait à bord d'autres chevaux tout bridés et prêts à charger les barbares; les éléphans étaient sur un immense radeau couvert de terre. Quant aux Espagnols, ils avaient passé hardiment avec Hannon sur des outres et des boucliers. Déjà les Gaulois entonnaient leur chant de guerre, et agitaient leurs armes sur leur tête, lorsqu'ils voient derrière eux leur camp tout en flammes. Les uns courent pour sauver leurs

ornaient les buffets des riches. Ils y faisaient graver des sujets souvent fort compliqués, témoin le prétendu bouclier de Scipion. Du reste, il serait constaté que ce plateau est un bouclier votif carthaginois, qu'un semblable monument pouvant, dans l'espace de deux mille ans, avoir été transporté là de fort loin, ne prouverait pas plus, aux yeux de la critique, que les médailles carthaginoises trouvées sur le grand Saint-Bernard. »

femmes et leurs enfans; les autres persistent et sont bientôt dispersés.

Cependant les Romains, qui croyaient encore Hannibal aux Pyrénées, apprennent qu'il est sur le Rhône. Le consul P. Corn. Scipion débarque en hâte à Marseille, et envoie à la découverte trois cents cavaliers, guidés par des Marseillais. Hannibal avait dans le même but détaché cinq cents Numides. Les Italiens eurent l'avantage et en présagèrent l'heureuse issue de la guerre. Hannibal, d'après le conseil des Boïes d'Italie qui lui avaient envoyé un de leurs rois, se décida à éviter l'armée romaine, pour passer les Alpes avant que la saison les rendit impraticables, et il- remonta le Rhône pendant quatre jours jusqu'à la hauteur de

l'Isère.

Lorsque l'on entre dans ce froid et triste vestibule des Alpes, que les anciens appelaient pays des Allobroges, et dont fait partie la pauvre Savoie, on est frappé de voir tout diminuer de taille et de force, les arbres, les hommes, les troupeaux. La nature semble se resserrer et s'engourdir comme à l'approche de l'hiver; elle est long-temps chétive et laide avant de devenir imposante et terrible. Comme il allait du Rhône à ces montagnes, Hannibal fut pris pour arbitre entre deux frères qui se disputaient la royauté; il décida pour l'aîné, conformément à l'avis des vieillards de la nation, et

reçut de son nouvel ami les vêtemens dont ses Africains allaient avoir si grand besoin '.

Enfin, l'on découvrit les glaciers au-dessus des noirs sapins. On était à la fin d'octobre, et déjà les chemins avaient disparu sous la neige. Quand les hommes du midi aperçurent cette épouvantable désolation de l'hiver, leur courage tomba. Hannibal leur demandait s'ils croyaient qu'il y eût des terres qui touchassent le ciel? si les députés des Boïes d'Italie qui étaient dans leur camp, avaient. pris des ailes pour passer les Alpes? si autrefois les Gaulois n'avaient pas franchi les mêmes montagnes avec des femmes et des enfans?

Pour comble de terreur, on voyait les pics couverts de montagnards qui attendaient l'armée pour l'écraser. Nul autre passage; d'un côté des roches escarpées, de l'autre des précipices sans fonds. Hannibal dressa son camp, et ayant appris que les montagnards se retiraient la nuit dans leurs villages, il passa avant le jour dans le plus profond silence, et occupa avec des troupes légères les hauteurs qu'ils avaient quittées. Le reste de l'armée n'en fut pas moins attaqué. Les Barbares, habitués à se jouer des pentes les plus rapides, y jetèrent un affreux désordre, et par leurs traits, et par leurs. cris sauvages qui se répétaient d'échos en échos. 'Tit. Liv., lib. XXI, c. 31.

Les chevaux se cabraient, les hommes glissaient ; tous se heurtaient, s'entraînaient les uns les autres. Les soldats, les chevaux, les conducteurs des bêtes de sommes, roulaient dans les abîmes. Hannibal fut obligé de descendre pour balayer les montagnards.

Plus loin, les députés d'une peuplade nombreuse viennent à sa rencontre et lui offrent des vivres, des guides, des ôtages. Hannibal feint de se confier à eux, et n'en prend que plus de précautions. En effet lorsqu'il arrive à un chemin étroit que dominaient les escarpemens d'une haute montagne, les Barbares l'attaquent de tous les côtés à la fois, coupent l'armée, et parviennent à isoler pour une nuit entière la cavalerie et les bagages. Moins inquiété désormais, Hannibal parvint au bout de neuf jours au sommet des Alpes.

Après y avoir campé deux jours, Hannibal se mit à la tête de l'armée, et parvenu à une sorte de promontoire d'où la perspective était immense, il fit faire halte à ses soldats. Il leur montra l'Italie et le magnifique bassin du Pô et des Alpes. En franchissant les remparts de l'Italie, leur dit-il, ce sont les murs même de Rome que vous escaladez. Et il leur montrait du doigt, dans le lointain, le côté où devait être Rome. Je ne puis m'empêcher de citer, à côté des paroles d'Hannibal, celles qu'une situation analogue inspira au plus grand général des temps modernes. « Ce fut un spectacle sublime

:

que l'arrivée de l'armée françaisę sur les hauteurs de Montezemoto; de là se découvraient les immenses et fertiles plaines du Piémont. Le Pô, le Tanaro et une foule d'autres rivières serpentaient au loin une ceinture blanche de neige et de glace d'une prodigieuse élévation, cernait à l'horizon ce riche bassin de la terre promise. Ces gigantesques barrières qui paraissent les limites d'un autre monde, que la nature s'était plue à rendre si formidables, auxquelles l'art n'avait rien épargné, venaient de tomber comme par enchantement. Hannibal a forcé les Alpes, dit le général français, en fixant ses regards sur ces montagnes; nous, nous les aurons tournées 1. >>

Le revers italique des Alpes se trouva beaucoup plus raide et plus court que l'autre. Ce n'étaient que des rampes étroites et glissantes qu'on osait à peine descendre, en tâtonnant du pied et s'accrochant aux broussailles. Tout à coup on se trouva arrêté par un éboulement de terre qui avait formé un précipice de mille pieds. Il n'y avait pas moyen d'avancer ni de reculer; il était tombé de nouvelles neiges sur celles de l'hiver précédent. La première, foulée par tant d'hommes, fondait sur l'autre, et formait un verglas; les hommes ne pouvaient se soutenir, les bêtes de somme brisaient la glace, et y restaient engagées comme dans un piége. Il fallut Mémoires de Bonaparte, campagne d'Italie.

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