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C'est
que

les Romains, en effet, dans leurs rapports avec les autres peuples, ont connu et appliqué un principe supérieur à la force; principe de justice et de loyauté qui se retrouve au mème degré dans leur législation civile et dans les règles qu'appliquaient les Fétiaux.

Nous nous proposons dans l'étude qui va suivre:

1° De rechercher l'origine des Féliaux, de déterminer les caractères de cette institution de la Rome primitive , d'examiner les attributions de ses membres ;

2° De présenter et d'approfondir l'ensemble des règles que suivaient les Fétiaux dans leurs différentes attributions.

A cet effet, nous diviserons notre étude en deux parties.

Dans la première partie, consacrée au collège des Fétiaux, nous traiterons, après quelques notions générales, de l'organisation du collège, de ses attributions et enfin de sa décadence et disparition.

Ce sera la partie historique.

Dans la deuxième partie, consacrée au droit fétial, après avoir montré l'existence certaine à Rome d'un droit international, sinon parfait, du moins fort appréciable pour l'époque, nous examinerons en détail les règles présidant aux relations internationales de Rome et que nous diviserons en trois grandes catégories : immunité aux ambassadeurs étrangers et extradition; déclaration de guerre, et enfin conclusion des traités de paix ou d'alliance.

Ce sera la partie juridique.

PREMIÈRE PARTIE

COLLÈGE DES FÉTIAUX

CHAPITRE PREMIER

NOTIONS GÉNÉRALES

SECTION PREMIÈRE

ORTHOGRAPHE ET ÉTYMOLOGIE DU MOT FÉTIAL

Avant d'entrer dans les détails de l'institution qui va faire l'objet de cette étude, il est bon d’être fixé d'une façon certaine sur l'orthographe du mot fétial et aussi sur l'origine qu'il convient de lui assigner; ces deux points sont en effet fort discutés et ont donné lieu à de nombreuses controverses.

La plupart des auteurs modernes et contemporains, s'inspirant d'une tradition consacrée par l'usage, écrivent fécial par un < (1); quelques-uns vont plus loin : ils laissent au pluriel du mot la même terminaison qu'au singulier ; dans ce cas, ils prononcent et écrivent fécials (2). Ces différentes façons d'orthographier le mot félial sont

(1) Bossuet, Discours sur l'histoire universelle, 3 no partie, chap. VI; Pustel de Coulanges, la Cité antique, page 4; - Laurent, Histoire du droit des gens , tome 111, page 9 ; – Duruy, Histoire des Romains, nouvelle édi. tion illustrée, tome 1, page 141 ; - Larousse, Dictionnaire, tome VIII, page 177.

(2) Bachelet et Dėzobry, Dictionnaire d'histoire, au mot Fécials, tome I, page 1013.

en contradiction formelle avec les auteurs anciens de Rome et de la Grèce, dont aucun texte authentique ne porte l'orthographe fecialis ou fæcialis, que bon nombre d'auteurs modernes ont cru devoir admettre sans vérification sérieuse. Les Romains : Varron, Tite-Live, Servius, Valère-Maxime, Aurelius Victor, Cicéron, écrivaient fetialis (1) ; les historiens grecs, Denys d'Halycarnasse, Plutarque, à l'imitation des auteurs latins, écrivaient ontlades (2). Telle est aussi l'orthographe du mot fetial d’après diverses inscriptions latines reproduites par Orelli sous les numéros 2275, 3186, 5502, 6019 et 6020, dans le recueil des inscriptions latines. Une inscription, remontant aux dernières années du premier siècle de l'ère chrétienne, et qui nous a été conservée par lo savant Italien Muratori, contient également la même orthographe. Hagenbuch (3), le commentateur d’Orelli, et Marini (4) ont écrit ce mot de la même façon, en s'appuyant sur des textes dont l'authenticité ne saurait été contestée. C'est à la suite de ces auteurs, et pour respecter dans leurs moindres détails les textes anciens que nous adopterons l'orthographe : fétial, qui seule nous paraît authentique et vraiment digne de foi.

ÉTYMOLOGIE.—L'accord parfait que nous venons de constater chez les auteurs anciens relativement à la façon d'écrire le mot fétial est loin de se rencontrer quand il s'agit d'établir l'étymologie de ce même mot. Festus le fait déri

(1) Varron, de Lingua latina, V, 5; Tite-Live, I, 24, 32; Servius, ad Æneidem, X, 14 ; – Valère-Maxime, liber X, page 485 ; — Aurelius Victor, de Viris illustribus, 5 ;- Cicéron, de Legibus, II, 9.

(2) Denys d'Halycarnasse, Antiquités romaines, II, 72 ;– Plutarque, Ca. mille, 18; Numa, 12. Questions romaines, 62.

(3) Hagenbuch, sur Orelli, Inscriptions, tome 1, page 392.
(4) Marini, Gli atti e monumenti de fratelli Areli, page 708.

ver du verbe latin ferire (frapper) : fetiales a feriendo, dicti; d'où on aurait tiré le mot ferialis qui, en se corrompant, aurait été remplacé par fetialis (1). Vossius, dans son Etymologicon lingue latinæ (Dictionnaire étymologique dela langue laline), prétend qu'il vient de fatu, tiré lui-même du verbe fari; de cette façon le mot fetialis serait synonyme

d'orator. Un passage de Varron semble du reste confirmer cette manière de voire : « Fetiales legatos mittebant quos oratores vocabant; les Fétiaux envoyaient des ambassadeurs qu'ils appelaient oratores (2). » Cicéron, lui aussi, emploie quelquefois le mot orator pour désigner les Fétiaux (3). D'autres trouvent au mot fétial une origine toute différente et bien simple ; ce mot, disent-ils, vient de facere, feci (faire), parce que les Fétiaux faisaient (faciebant) la paix et la guerre, les alliances et les traités. D'autres encore, et parmi eux Servius, le font descendre de fædus (alliance), qui s'écrivait anciennement fedus, en changant le d en t. (4). On a également soutenu que le mot fétial tirait son origine de Feretrius, surnom de Jupiter, dieu de la paix et des traités, dont les Fétiaux empruntaient les symboles, et dont ils associaient le nom à la plupart de leurs cérémonies religieuses (5).

Ces diverses origines ont presque toutes, à une ou deux près, une source commune, les mots fædus et ferire; si l'institution des Fétiaux n'avait trait qu'aux traités et alliances, nous n'hésiterions pas à admettre que ces diverses

(1) Festus, au mot Fetialis. (De Verborum significatione.)
(2) Varron, de Vita populi romani, $ 13.
(3) Cicéron, de Legibus, II, 9.
(4) Servus, ad Æneiden, I, 62.

(5) M. Weiss, le Droit fétial et les Fétiaux à Rome. Etude de droit international. France judiciaire de 1883, page 443.

étymologies ont une source presque certaine; mais comme les Fétiaux avaient dans leurs attributions des points qui ne présentaient aucun rapport avec les traités et alliances, nous croyons qu'il faut rechercher ailleurs l'origine du mot fétial et lui trouver une étymologie qui puisse s'appliquer d'une façon générale à l'institution tout entière.

Nous sommes portés à croire que les Fétiaux doivent leur nom au culte de Fides, déesse sabine, qui avait à Rome un temple bâti par Numa Pompilius. Varron (de Lingua latina, V, $ 86) nous apprend que les Fétiaux présidaient à la loyauté des relations internationales : « Fetiales, fidei publicæ inter populos præerant, » et que c'est de là qu'ils avaient tiré leur nom. D'ailleurs, Ancus Martius et Numa Pompilius, qui se disputent l'honneur d'avoir institué le collège des Féliaux, étaient eux-mêmes d'origine sabine; dès lors il est tout naturel d'admettre qu'ils aient emprunté le mot fétial au culte de Fides, qui était fort en honneur au pays de leurs ancêtres. A ces raisons M. Ampère en ajoute une autre qui a bien sa valeur : « L'herbe pure, dit-il, que les Fétiaux portaient avec eux et qui les rendait inviolables, devait être cueillie sur le Capitole où avait habité Tatius qui avait régné à Rome en même temps que Romulus après l'enlèvement des Sabines (1). » D'un autre côté, rien d'étonnant à ce que le mot fétial dérivât de fides, si l'on songe quo l'institution des Fétiaux était connue et justement appréciée chez les Falisques dont la réputation de bonne foi était légendaire dans tout le Latium , si l'on en juge par un de leurs surnoms Æqui ou Æquicolæ.

(1) Ampère, l'llistoire romaine à Rome. Paris, 1862.

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