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Gratidianus d'Arpinum, parent de Marius et de Cicéron, et porte sa tête, ruisselante de sang, aux pieds du dictateur. Il aurait, d'après Salluste, pris, de gré ou de force, la vestale Fabia, belle-soeur de Cicéron, et Plutarque l'accuse d'inceste avec sa propre fille. On croira difficilement, avec Plutarque, qu'il ait fait boire aux conjurés du vin mêlé de sang humain pour sceller plus solennellement leurs serments. Il semble plus vraisemblable qu'il ait fait périr son fils pour plaire à une femme perdue, qu'il épousa en secondes noces.

De ces faits, réels ou légendaires, il ne reste pas moins que Catilina fut un « arriviste » sans scrupules. Criminel, il le fut sans aucun doute, et voleur par surcroît, ce qui ne l'empêcha pas, tant la corruption était générale, de gravir prestement les premiers degrés du cursus honorum. Questeur, puis édile, il est préteur en 68, et, en 67, exerce les fonctions lucratives de propréteur de la province d'Afrique, où il se conduit comme un autre Verrès.

A son retour d'Afrique (66), Catilina se présente aux élections consulaires. On venait d'annuler, pour brigue, l'élection des deux consuls P. Sylla, neveu du dictateur, et P. Autronius. Catilina pose sa candidature. Avec l'appui de Crassus et de César, il eût peut-être réussi ; mais, accusé de concussion par ses anciens administrés d'Afrique, il fut rayé des listes électorales par un décret du Sénat.

Il noue alors une première conjuration. On devait, le premier janvier 65, tuer les deux consuls élus, L. Cotta et L. Torquatus, et leur substituer P. Autronius et L. Catilina. Éventé, le complot échoue.

Catilina ne désarme pas. Il reporte au 5 février 65 le massacre des consuls, qui serait élargi par la mise à mort d'un grand nombre de sénateurs. Catilina donne trop tôt le signal de l'assassinat, et la conspiration avorte. Nul ne fut inquiété pour cet attentat inoui. Catilina passe l'année à plaider contre les Africains. Défendu par Hortensius, il gagne son procès. Mais il s'était ruiné à acheter des consciences.

En 64, sept candidats briguent le consulat. Parmi eux, L. Antonius, L. Catilina et M. Tullius Cicero, un homo novus, qui avait, jusque-là, combattu l'aristocratie. Catilina s'entend avec Antonius, qui semblait avoir le plus de chances d'être élu, pour évincer Cicéron. ll crée une formidable agitation démagogique, promettant l'annulation des dettes et le partage des propriétés, si bien que, pris de peur, tous ceux qui possédaient formèrent une coalition contre lui. Sénateurs et chevaliers firent l'union sur le nom de Cicéron, qui fut élu en tête de liste, suivi de loin par Antonius.

Pendant les premiers mois de sa magistrature, Cicéron combat les démocrates, le tribun Rullus, qui proposait une nouvelle loi agraire, César, qui, en attaquant Rabirius, avait l'arrière-pensée d'ôter au Sénat le droit d'investir les consuls de l'autorité dictatoriale (senatusconsultum ultimum), en cas de danger pour la république.

La lutte redevient ardente à l'approche des élections consulaires.

Catilina se présente pour la troisième fois et recommence son agitation démagogique, en l'accentuant encore. Il pousse en secret le centurion Manlius à recruter en Étrurie, surtout parmi les vétérans de Sylla, une petite armée de mécontents. Cicéron n'ignore rien, grâce aux révélations de Fulvia, maîtresse de Q. Curius, un des amis de Catilina.

A Rome, le bruit court que des incendies et des massacres se préparent. Caton dépose au Sénat une plainte contre Catilina, qui se répand en menaces terribles et prend une série de mesures de précaution qui ne passent pas tout à fait inaperçues : il grossit l'armée d'Étrurie, en lève une seconde en Apulie, accumule des armes à Fésules. Il prépare et organise l'incendie de dix-huit quartiers de Rome et le massacre de toute l'aristocratie.

Crassus reçoit chez lui plusieurs lettres anonymes qui l'invitent, lui et quelques sénateurs, à quitter Rome avant la nuit fatale. Il les apporte au consul. Nous sommes au 20 octobre.

Cicéron convoque le Sénat, lui communique les lettres reçues par Crassus et, secrètement documenté par Fulvia, annonce, pour le 27 octobre, la révolte de Manlius et, pour la nuit du 28 au 29, l'incendie de Rome et le massacre de tous les « honnêtes gens ». Panique au Sénat. On arme les consuls des pouvoirs dictatoriaux (senatusconsultum ultimum). Deux petites armées se porteront contre les rebelles ; des volontaires organiseront, dans Rome, des veilles et des rondes de nuit.

Manlius se soulève. On le déclare ennemi public. Malheureusement la complicité de Catilina ne peut être encore établie ouvertement par le consul, car il ne tient ses renseignements que des confidences de Fulvia.

Nous arrivons ainsi au 28 octobre, journée des élections consulaires que Cicéron n'a pas réussi à faire ajourner. Il se montre sur le forum, entouré d'une garde de chevaliers et protégé par une cuirasse. Tous les amis de l'ordre donnent leurs voix à Silanus et à Murena, qui sont élus. Catilina est évince pour la troisième fois.

Désormais, il n'attend plus rien des voies légales : il va entrer en révolte ouverte.

Dans la nuit du 6 au 7 novembre, l'aventurier réunit ses partisans chez Porcius Laeca. Derniers conseils et derniers ordres, en vue des incendies et des massacres. Deux conjurés (C. Cornelius et L. Vargunteius, d'après

Salluste, ou Marcius et Céthégus, d'après Plutarque) s'engagent à égorger Cicéron chez lui, à son lever. Prévenu par Fulvia, Cicéron échappe à cet attentat.

Le lendemain 8 novembre, le consul convoque d'urgence le Sénat dans le temple de Jupiter Stator. Faute le pouvoir arrêter Catilina, il essaie de le décider à partir. C'est l'objet de la première Catilinaire. Catilina ose l'interrompre trois fois, multiplie les récriminations et les invectives et, sous les protestations indignées de l'auditoire, sort vivement du Sénat. Le soir même, il quittait Rome.

Le 9, au Forum, devant le peuple assemblé, Cicéron justifie sa conduite et fait entendre des menaces contre ceux des perturbateurs qui sont restés à Rome. C'est la deuxième Catilinaire.

On ne tarde pas à apprendre l'arrivée de Catilina au camp de Manlius. Désormais, c'est la guerre ouverte. Antonius est désigné pour aller combattre les insurgés, Cicéron, pour assurer l'ordre dans la capitale.

Trois semaines après, une imprudence va livrer à Cicéron les complices de Catilina. Ils traitent par écrit avec des députés allobroges qui se trouvaient en mission à Rome, et leur promettent l'indépendance pour leur pays, s'ils fournissent à Catilina la cavalerie dont il a besoin. Dans la nuit du 2 au 3 décembre, au pont Mulvius, on arrête les Allobroges; on saisit les lettres qu'ils portent. Cicéron tient enfin la preuve irrécusable de la culpabilité des conjurés.

Sans perdre de temps, le 3 décembre au matin, il arrête Lentulus, Céthégus, Statilius, etc., et réunit d'urgence le Sénat au temple de la Concorde. Il met les pères conscrits au courant de tout ce qui s'est passé. On décide que l'arrestation des coupables sera maintenue jusqu'à nouvel ordre; que Lentulus abdiquera la préture ; que des supplications seront faites aux

dieux. A la nuit tombante, Cicéron raconte au peuple la séance du Sénat qui vient d'avoir lieu. C'est la troisième Catilinaire.

Le 4, le Sénat récompense les dénonciateurs.

Le 5, Cicéron interroge le Sénat sur la peine à appliquer aux conjurés et prononce la quatrième Catilinaire. Silanus, consul désigné, se prononce pour la mort; César pour la détention perpétuelle dans un municipe. Sur l'intervention énergique de Caton, le Sénat se rallie à la peine capitale. Le soir même, les condamnés sont étranglés dans la prison Mamertine. A la sortie de la prison, Cicéron informe le peuple de leur mort par un simple mot : vixerunt, « ils ont vécu ! » Après un instant de stupeur, les applaudissements éclatent, et Cicéron est salué « Père de la patrie ».

Un mois après, le 5 janvier 62, Catilina est battu et tué à Pistoia par Petreius, lieutenant du consul Antonius.

Place des Catilinaires

Les Catilinaires ne furent dans l'ouvre écrites, suivant un

usage de Cicéron.

courant chez les orateurs romains, que longtemps après avoir été prononcées : environ trois années. Elles n'en ont pas moins gardé, sous leur forme actuelle, tout le feu de l'improvisation, et l'on ne s'étonne pas, à les lire, que les grammairiens du ive et du ve siècle aient désigné si souvent les Catilinaires par ce titre bien significatif : invectivae orationes, les « Invectives ».

On peut dire que les Catilinaires ont occupé dans l'esprit de Cicéron une place de prédilection. La répression du complot de Catilina fut le triomphe de sa vie et son chef-d'oeuvre politique. Avec une touchante, mais parfois agaçante naïveté, il la considère comme le plus grand acte de l'histoire romaine de tous les temps et n'hésite pas à se mettre en parallèle avec Romulus,

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