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voit les lois, différentes entre elles, sortir d'une loi plus haute qui les fonde. Il comprend qu'elles diffèrent à cause de la différence des objets, sans cesser d'être la forme d'une pensée et d'une volonté unique. Il entend, pour ainsi dire, la parole qui donne la vie au monde, et que chaque mouvement, chaque espèce traduit dans sa langue. C'est alors que la nature lui semble pleine d'unité, sous l'infinie variété de ses phénomènes. Il monte et redescend avec une égale facilité cette échelle de la dialectique, invisible à l'ail du vulgaire, et qui a la volonté de Dieu pour sommet, pour base l'immense variété des phénomènes du monde. Dans cette coordination universelle, tout s'explique, tout est utile, et par conséquent tout est beau. Le plan de la nature lui apparaît dans son unité et dans sa grandeur. Il voit la marque de l'ouvrier divin dans l'ensemble et dans chaque détail.

La scène se complique, si l'on quitte la nature pour l'homme. C'est proprement ici que le mal fait son apparition sous sa double forme, la souffrance et la faute. Mais voyons d'abord l'unité, nous parlerons ensuite du désordre.

L'homme a une double nature; il touche le ciel et la terre. Nous l'étudierons premièrement sous son aspect le plus humble, dans ses analogies avec les créatures d'un ordre inférieur.

Voici comment la nature procède invariablement pour tous les êtres créés : d'abord, elle veille à leur conservation, puis à la conservation de leur espèce, et enfin elle leur assigne une fonction, une place. C'est ainsi qu'elle introduit dans le monde la durée, la stabilité, l'unité.

Dans le monde inorganique, elle se charge, pour ainsi dire, directement de la conservation des individus et des espèces par les lois qu'elle leur impose; mais, dans les classes d'êtres plus élevées, elle accepte les individus eux-mêmes pour auxiliaires, et place en eux quelques-uns des principes qui servent à leur propre conservation et à la propagation de leur espèce. Ainsi un arbre n'est pas seulement soumis, comme tous les autres corps, aux lois physiques de la nature. Il s'accroît, se conserve et se développe par la nutrition; il se reproduit par ses graines. Cette double puissance en fait déjà un être vivant.

La vie des animaux est bien plus complète, parce qu'ils interviennent plus spontanément et plus efficacement dans cette double fonction de l'être organisé. Il semble que la matière brute subisse passivement la loi, que la plante développe une puissance dont toutes les phases sont fatalement réglées, tandis que la puissance de l'animal dépend , dans une certaine mesure, de cette faculté mystérieuse que nous nommons l'instinct. Ainsi, chaque fois que nous nous élevons dans la série des êtres, nous trouvons que l'individu possède en propre une plus grande somme de puissance, ou une puissance d'un ordre supérieur. Toutes les lois de la classe inférieure subsistent dans cet individu plus complet, mais combinées en quelque sorte avec une loi nouvelle, qui donne à l'être qui la contient, en même temps qu'il la subit, plus d'unité et de perfection.

Le corps humain est soumis, comme les corps inorganiques, aux lois physiques qui gouvernent toute la matière. Il se développe comme la plante; il se meut comme l'animal. Mais, placé au sommet des êtres créés, l'homme possède une puissance essentiellement différente de celle de la plante ou même de l'animal, et dont le caractère propre est de disposer librement d'elle-même. De ce seul fait on peut conclure toute la nature humaine; car nul ne peut tendre volontairement à sa fin, sans la connaître et sans l'aimer. Quand même nous n'aurions pas d'autre mission dans le monde que de conserver notre individu et de propager notre espèce, il suffit que cette mission soit librement accomplie, pour que l'homme soit de toute nécessité intelligent et sensible.

Nous savons tous qu'il faut manger pour vivre, et comment le savons-nous ? C'est la nature qui nous le dit. Dans quelle langue ? Dans la langue du plaisir et de la douleur. Par une douleur, elle nous avertit du besoin de manger; par un plaisir, elle nous avertit de ce qu'il faut manger. Nous apprenons bien vite qu’une nourriture insuffisante et une nourriture

excessive peuvent également détruire notre frêle machine; que certains mets sont salubres, d'autres dangereux; qu'il doit y avoir entre nos repas un intervalle régulier. L'expérience nous apprend tout cela, sans le secours des médecins. Mais la nature ne se fie pas à notre expérience; elle ne se fie pas même à l'intérêt que nous avons de prolonger notre existence, et de nous préserver de la maladie. Elle se charge, par la périodicité de nos appétits, de sonner l'heure des repas; et, quand ses besoins sont apaisés, elle nous annonce très - intelligiblement qu'il est temps de faire la retraite. Il est vrai que nous ne l'écoutons pas toujours; mais il l'est aussi qu'elle ne manque jamais de nous avertir.

Il est difficile de ne pas voir dans cette disposition de la nature la trace d'une sagesse prévoyante. Les vices qui compromettent notre santé sont des maladies de l'esprit avant d'être des maladies du corps; et quand la règle s'applique à un sujet libre, il ne faut pas la juger par les écarts de la liberté.

La liberté intervient plus dans les affaires de l'es. pèce que dans celles de l'individu. Tant qu'il s'agit de la faim ou de la soif, elle ne peut s'insurger contre la loi que dans une mesure assez restreinte ; mais, dans tout ce qui a trait à l'amour, elle se montre souvent très-déréglée. L'espèce humaine périrait sans le plaisir attaché à l'amour; mais ce plaisir est si vif qu'il entraîne à des excès les âmes peu accoutumées au frein. Cependant la règle est visible, en dépit des

excès, même pour ceux qui la transgressent; et ce qui prouve combien la Providence a été vigilante et clair. voyante, c'est que les lois les plus sages et les plus sévères que la plus froide raison puisse établir, se trouvent toujours d'accord avec la nature, quand elle n'est pas viciée par les meurs. Il se peut que cette vérité ne paraisse pas évidente au premier abord à nos esprits trop accoutumés à jouer avec la passion, et trop éloignés des inspirations saines et vraies de la nature; mais tout esprit juste, tout cour bien placé en sentira la force à la réflexion.

Si l'amour est la grande cause des égarements humains, considérons déjà en lui un principe qui témoigne de notre grandeur, et peut commencer à nous faire entrevoir la vraie destinée de l'homme. Nous parlons ici de l'amour, et nous ne le regardons jusqu'à présent que comme le sentiment par lequel la nature pourvoit à la propagation de l'espèce. Pendant que nous le ravalons à cette signification, ne semblet-il pas que quelque chose de grand et de saint est blessé en nous ? L'amour, dans l'homme, est un sentiment complexe, et cet amour physique, dont nous parlons, en est si bien la moindre partie, qu'on l'oublie presque entièrement quand on parle de l'amour, pour ne plus songer qu'à ce grand sentiment si pur, si radieux, si enivrant, dont nous ne dirons pas qu'il est plein de poésie , puisqu'il est la poésie elle-même; par lequel les âmes vulgaires connaissent le dévoue

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