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ment, l'inspiration, l'héroïsme; qui met la générosité dans les cœurs les plus froids; qui les purifie comme par un charbon; qui double et triple la vie, et déchire le voile sombre au delà duquel resplendit le ciel; si grand qu'il semble l'origine de tout ce qui est grand dans le cour de l'homme; si puissant qu'il triomphe de toutes nos faiblesses , et qu'il triomphe aussi de notre force; si consistant, malgré nos défaillances, que seul dans le monde il nous fait sentir l'infini; le seul peut-être de tous nos sentiments que l'on puisse appeler avec vérité inspirateur et consolateur. Nous retrouvons à chaque pas l'amour; car, s'il est unique dans sa source et dans son but, il revêt des noms et des formes différentes ; il est partout dans la vie humaine; il nous rattache à Dieu, à la société, au monde; il est l'unité de la vie, il en est la douceur, il en est l'explication, il en est la bénédiction. Ici même, quand nous le voyons naître en quelque sorte dans la sphère la plus humble des besoins de l'humanité, il est comme entouré d'autres amours, dont les noms sont également bénis : ce sont tous les chers amours qui rendent la famille si douce : amour conjugal, amour paternel, amour fraternel, amour filial. Ouvrons ici nos cæurs , et apprenons à adorer Dieu, à l'admirer, par la reconnaissance. Comprenons bien ce qui importe au monde, à la société, à la famille; les austères devoirs imposés au père, l'héroïque dévouement imposé à la mère; rendons-nous compte de ces sacrifices de chaque jour, de chaque heure, de chaque

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minute, de ces nuits sans sommeil, de ce labeur incessant, de cette sollicitude , de cette tendresse, de cette fermeté plus difficile: il faut tout cela pour faire un homme; la patrie, l'humanité, la morale demandent, exigent, commandent tout cela. Oui, mais le cæur le conseille ; le cæur le rend facile; le cæur change tous ces devoirs en plaisirs, et en plaisirs qui n'ont pas de rivaux sous le ciel : le cæur, c'est-à-dire la nature, la bonne mère, la douce nourrice du genre humain ; cette force mille fois bénie, qui est au fond de chacun de nous comme la voix et la grâce du Créateur. Qui pensera à la famille, qui comprendra la grandeur et la douceur de la famille, n'aura plus besoin d'autre preuve pour savoir que la main qui nous a créés est une main paternelle. Le sentiment est aussi une preuve; et la science n'a ni le droit ni le pouvoir de la repousser. O Dieu , ô Père du monde, ta providence sera toujours adorée et comprise dans le cour d'un père !

Après avoir considéré l'homme dans la partie la plus humble de sa tâche, puisqu'elle ne concerne que la protection de l'individu et la conservation de l'espèce, il faudrait rechercher quelle est sa destinée sur cette terre, et quel est son avenir au delà du tombeau. Bien compris, ces deux problèmes se confondent dans un problème unique. Ce sont deux vies différentes, mais solidaires, que Dieu nous a données, la première pour la lutte, la seconde pour la

récompense. Il n'y a pas besoin de méditations profondes pour connaître la destinée de l'homme : la conscience la découvre à l'intelligence la plus humble aussi clairement qu'aux philosophes. Je suis libre : donc j'ai une loi. Cette loi, quand je la regarde en moi même, s'appelle la justice; quand je la regarde dans sa source , elle s'appelle Dieu. Employer toutes mes forces à obéir à Dieu, à l'aimer, à le connaître, à tendre vers lui, voilà, en deux mots, toute ma destinée.

Que me faut-il pour la remplir? L'intelligence du devoir dans son principe et dans ses applications, un amour qui ne s'attache aux créatures que pour prendre des forces et s'élever plus énergiquement vers Dieu, une liberté sans limite.

Est-ce bien là ce que je suis? Suis-je cet être libre, intelligent, passionné, capable de comprendre le but de la vie, y marchant par le sacrifice, et conquérant à la sueur de son front un prix qui ne peut jamais être trop payé? Je n'ai pas même besoin de la science pour répondre : penser, sentir, vouloir, c'est là en effet tout l'homme. .

Qu'est-ce que penser? C'est se penser d'abord; car, si je ne me connais pas, que connaîtrai-je ? Il faut que je m'affirme premièrement, pour pouvoir affirmer le reste. Je sais, je vois, je sens tout ce qui se passe en moi, et je connais plus encore que les phénomènes, car je connais la force qui les produit; j'en mesure la portée; je la sens épuisée ou renouvelée, selon le cas; je la concentre, je la lance ou je la retiens, et je proportionne chaque fois mon effort à la résistance que je prévois. Cette intuition de moimême est la première de mes facultés intellectuelles : je l'appelle la conscience.

Me connaissant, et me connaissant limité, je vois partout autour de moi d'autres êtres, contingents et éphémères comme moi; ma vie est une lutte perpétuelle contre ces forces étrangères ; je les dompte et je les subis tour à tour. La faculté par laquelle je les connais s'appelle la perception.

N'y a-t-il dans ma pensée que moi et le monde ? Le monde, s'il était seul (car, pour moi, je ne suis qu'une partie du monde), ne pourrait ni être, ni être connu ; il lui faut, pour exister, autre chose que luimême, et, pour être connu, autre chose que les impressions des sens. Le monde et les impressions qu'il produit sont quelque chose de flottant et d'éphémère; c'est de l'être sans doute; ce n'est pas l'être. Il y a en moi une troisième faculté qui me fait sortir du rêve, et donne de la précision, de la réalité, et, si on l'ose dire, de la substance aux autres. C'est le sens de l'absolu ou la Raison. Cette faculté souveraine a pour objet toutes les vérités éternelles qui servent de principe à l’être et à la connaissance, de but à l'amour, de règle à la liberté. Créatures imparfaites, nous connaissons chaque chose imparfaitement, mais dans la mesure de nos besoins. Nous voyons Dieu, sans le comprendre, et dans le fond, nous ne nous comprenons pas nous-mêmes. La petitesse de nos organes, et en somme, la petitesse de nos facultés restreignent notre horizon; mais il y a dans notre intelligence des facultés qui l'étendent bien au delà du temps et de l'espace que nous remplissons. Chaque instant d'une vie bien employée est une victoire sur le temps et sur l'espace, et par conséquent un accroissement de l'être. Nous avons la mémoire pour retenir le passé, l'induction pour prévoir l'avenir, la déduction pour développer les principes, l'abstraction pour amener les objets à notre point de vue, la généralisation pour nous élever, par degrés, du monde multiple à l'unité, l'imagination pour nous consoler par l'espérance des bornes nécessairement étroites où la science humaine est circonscrite. Ces facultés si concordantes, si étroitement liées entre elles, si nécessaires l'une à l'autre, si fécondes en découvertes, en ravissements, qui nous soumettent tous les animaux et toutes les forces de la nature, qui embrassent le monde, qui s'élèvent jusqu'à la contemplation de Dieu, ne sont-elles pas la preuve d'un grand dessein de l'auteur de notre être? Quel nom, si ce n'est celui de Providence, peut convenir à la cause de cet ordre, de cette régularité, de cet accord constant des moyens avec le but?

Si je n'étais qu'une intelligence; si je ne faisais

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