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Il y a une différence capitale entre la doctrine des alexandrins et celle que nous professons, et cette différence est tout à notre avantage. Les alexandrins veulent expliquer la difficulté, et ils l'expliquent mal. Nous renonçons à l'expliquer, et nous demandons seulement qu'on reconnaisse avec nous qu'il peut y avoir dans la théodicée des difficultés inexplicables.

En outre, ce que nous affirmons, c'est que Dieu, quoique immobile, produit le mouvement; ce qu'affirment les alexandrins, c'est que l'immobilité et le mouvement sont en Dieu l'un et l'autre. Ce qui n'est, dans notre système, qu’une difficulté, devient une contradiction et une impossibilité dans le leur.

Dire qu'on ne sait pas comment l'immobile produit le mouvement, ou dire que le même être est à la fois mobile et immobile, ce sont deux assertions qu'il est impossible de confondre. L'analogie n'est qu'à la surface. Elle disparaît devant un examen moins superficiel.

S'il n'était pas toujours très-dangereux de faire des comparaisons quand l'infini est l'un des termes comparés, nous dirions que l'homme est une cause parfaitement une et identique dans son fond, et que cependant cette cause produit des effets très-multiples et très-divers, et que nous ne pouvons ni nier cela, ni le comprendre; de sorte qu'il n'est pas nécessaire de remonter à Dieu pour trouver la difficulté de la conciliation de l'un et du multiple, et pour reconnaître qu'elle est insoluble.

Mais nous n'employons cet argument que pour montrer les limites de l'esprit humain, et non pour établir une analogie entre la cause divine et la cause que nous sommes. Toute assimilation, toute comparaison de ce genre est si loin de notre pensée, que notre soin principal est d'établir que, faute d'analogie avec nous-mêmes et avec le monde, la cause première nous est nécessairement inaccessible.

Il ne faut pas non plus qu'on nous fasse le reproche adressé par les matérialistes à toute philosophie qui rattache le monde et les lois du monde à l'existence de Dieu : « Dieu, disent-ils, n'est qu'une hypothèse qui dispensé de raisonner. »

Non, Dieu n'est pas une hypothèse, puisqu'il n'existe rien qui soit plus rigoureusement et plus complétement démontré que l'existence de Dieu. Pour dire ce bon mot, qui n'est au fond qu'une impiété, il faut n'avoir lu ni Descartes, ni Leibnitz, ni aucun des maîtres de la philosophie, ni Spinoza lui-même. Si Dieu était une hypothèse, le monde entier serait une hypothèse, car on ne peut comprendre l'existence du monde qu'en la rapportant à Dieu; et tant s'en faut que l'intervention de Dieu dans la science fasse obstacle au raisonnement, que Dieu est partout dans les raisonnements, et qu'on ne peut raisonner sans lui, à moins de supposer qu'il y ait des raisonnements sans principe.

Dieu ne nous dispense pas de raisonner; il nous

dispense d'enseigner, comme les athées, que le monde est nécessaire, et, comme les panthéistes, que le monde est Dieu.

Enfin, il importe de ne pas perdre de vue la différence qu'il y a entre les divers ordres d'inductions dont se compose le peu que nous savons de la nature de Dieu. Un court résumé est ici indispensable.

Toutes les preuves de l'existence de Dieu peuvent se rapporter à deux catégories : les unes partent de l'idée de l'absolu, les autres de la nécessité d'une cause créatrice.

En vertu de ces deux ordres de démonstration, nous savons de Dieu deux choses : l'une qu'il est parfait, l'autre qu'il est créateur.

Nous savons cela d'une façon certaine, en nous appuyant non sur deux ou trois syllogismes, mais sur la psychologie tout entière, sur la logique, sur la morale, sur toute la philosophie. Ces deux vérités sont l'une et l'autre si solidement établies qu'il n'y a rien ni dans la science, ni dans le sens commun, de plus universellement accepté et de plus incontestable. Il est impossible que Dieu soit, s'il n'est parfait; et il est inutile que Dieu soit, s'il n'est créateur.

Une fois en possession de ces vérités, dont la certitude est pleine et entière, la science, l'humanité peuvent en déduire tout ce qui importe véritablement au gouvernement et à la consolation de la vie. Si le monde, si l'homme a une cause et une cause

parfaite, il n'y a rien qui ne dépende de la volonté de cette cause, rien par conséquent qui n'ait sa règle et sa destinée.

L'homme trouve au fond de lui-même l'idée nette, précise, infaillible, nécessaire de sa propre règle. Il la développe, il l'explique, il la commente, en se rendant compte de ses facultés, de ses aptitudes, de sa valeur relative en ce monde, de la place que ses facultés lui assignent au milieu de toutes les créatures, et des transformations qu'il doit subir pour arriver à la pleine possession de son être. Il comprend que cette loi n'a pu être placée en lui que par la main du Créateur. Cette conviction, en rendant la loi plus sainte encore et plus douce, donne à la vertu même le caractère de l'amour, et enlève sa plus grande amertume au sacrifice. Guidé par cette pensée, échauffé par ce sentiment, l'homme est armé contre tous les troubles de l'intelligence et du cœur. Il sait d'où il vient et où il va; il connaît sa route; il se sent soutenu par la main d'un père. Rien ne lui manque pour satisfaire, assouvir ces deux nobles et impérieux besoins de sa nature : adorer et espérer.

Tout cet ensemble de faits et de croyances est solide, et paraît suffisant. Une grande partie de l'humanité s'en contente; certaines âmes se sentent comme contraintes de chercher au delà, et, à partir de ce moment, elles entrent dans des régions moins accessibles, où la lumière de la raison devient un guide moins sûr. Ce passage de la science aisée et en quel

que sorte infaillible, à une science à la fois plus profonde et moins sûre d'elle-même, doit être scrupuleusement signalé par quiconque aime la vérité comme elle veut être aimée, c'est-à-dire avec ferveur et tremblement.. .

Quand nous savons que Dieu existe, qu'il est parfait, qu'il a créé le monde ; et quand nous savons qu'il nous aime et qu'il nous attend, qui donc nous pousse à chercher encore au delà ? Un instinct puissant de notre nature, qui est peut-être le premier instrument de la science : la curiosité.

Dès que nous savons qu'une chose existe, nous voulons savoir comment elle peut exister. Connaître d'abord, comprendre ensuite : telle est la loi qui entraîne notre esprit.

De là cette succession d'idées : Dieu est et il est parfait : qu'est-ce que la perfection? Il a créé le monde : qu'est-ce que créer?

Or il y a l'infini entre ces deux problèmes : connaître qu'une chose existe; comprendre comment elle existe.

Connaître qu'une chose existe, c'est posséder le fait; comprendre comment elle existe, c'est pénétrer le secret même de l'existence. On ne peut pas plus confondre ces deux ordres de connaissances, que l'on ne confondrait, par exemple, la science de celui qui lit les heures sur le cadran, et la science du mécanicien qui comprend, explique et reproduit le mouvement de la montre.

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