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possédé le don si rare de passer de la simplicité la plus familière à tout ce que le style oratoire a de plus pompeux, et de l'austérité un peu scolastique du syllogisme aux plus pathétiques effusions d'une âme tendre. Son livre, où il n'a rien mis de lui que son cour, est un grand et beau livre, où les ignorants trouvent de la méthode et de la clarté, et tout le monde, savants et ignorants, des émotions nobles. C'est une lecture qui, bien faite, équivaut à une prière.

Notre conclusion est facile à prévoir. On lira Fénelon avec charme; mais on trouvera plutôt dans son livre de l'édification que des motifs de croyance. On admirera dans Descartes, dans Leibnitz, et à un moindre degré dans Clarke, de fortes et solides pensées; mais, pour les incrédules, leurs preuves seront insuffisantes, parce qu'elles reposent toutes sur l'impuissance où nous sommes de nous faire l'idée de Dieu sans Dieu, impuissance que les rationalistes seuls confessent’; et pour les rationalistes, elles seront inutiles, parce que si l'idée de Dieu est en nous, comme ils le croient, sans que nous l'ayons faite, il est clair, avant toute démonstration, que Dieu existe.

1. Descartes savait très-bien qu'il ne parlait que pour les rationalistes. « J'ai plusieurs fois protesté, ô chair, que je ne voulais point avoir affaire avec ceux qui ne se veulent servir que de l'imagination, et non point de l'entendement. » Réponse aux cinquièmes objections.

Nous pensons qu'au lieu de s'attacher à des formules toujours discutables, et qui, quoi qu'on fasse, ne paraîtront jamais une base suffisante pour asseoir une telle croyance, il faut « entrer dans la philosophie avec cette salutaire pensée, qu'on entre dans le temple de la vérité qui se manifeste seulement aux esprits sincères, » et parcourir successivement toutes les parties dont la science se compose, sans se préoccuper de l'insignifiance des premiers résultats, et sans vouloir arriver du premier coup aux problèmes les plus importants et les plus difficiles. Quand on cherche Dieu ainsi, on trouve, pour ainsi dire, sa trace à chaque pas. On comprend d'abord qu'il existe, sans se faire une idée distincte de sa nature et de ses attributs; puis, à mesure que dans le développement successif de la science on le rencontre tour jours comme conclusion nécessaire de chaque théorie nouvelle, on rapporte de cette étude des lumières inattendues sur celui qui est la cause de toute substance et de toute loi. Nous nous accoutumons à contempler Dieu en l'étudiant d'abord dans ses @uvres, comme ces enfants qui, ne pouvant regarder en face le soleil, en cherchent l'image dans une eau limpide.

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Vous voulez savoir s'il y a un Dieu? Étudiez le monde; ou, si le monde est trop grand, étudiez l'homme. Tout ce qui est en vous porte témoignage de l'existence et de la grandeur de Dieu.

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La puissance humaine est une dans son principe, triple dans ses manifestations. Vivre, c'est penser, sentir, vouloir.

Qu'est-ce que sentir? Est-ce seulement éprouver des sensations de plaisir et de peine? Ce n'est là que le début de la sensibilité. A ces phénomènes éphémères se rattache quelque chose de plus grand et de plus durable : ce sont nos amours. D'où viennent-ils? Est-ce le monde qui les apporte, ou sortent-ils de notre cæur comme d'un ardent foyer pour se répandre sur ce qui nous entoure? Si l'amour nous venait du dehors, pourquoi le même objet ne serait-il pas partout également aimable ? D'où viendraient ces différences entre les âmes froides et les âmes passionnées ? Comment pourrait-on comprendre tant de grandes passions allumées par des objets indignes, ou cette magie de l'amour, qui crée dans son objet toutes les beautés qu'il y admire, ou ces âmes nées pour l'amour, qui, ne trouvant rien à aimer, périssent d'un mal inconnu, victimes de leur propre richesse et de la pauvreté de ce monde? La même main qui, dans le germe d'une plante, a déposé la force mystérieuse qui pousse les racines vers la terre, élève la tige audessus du sol et la développe en fleurs et en fruits, a mis au fond de notre âme un amour de l'éternelle beauté qui nous fait tendre vers tout ce qui est bon et tout ce qui est beau, par une secrète et puissante analogie. Quel est-il, cet amour du beau et du

bien, sans lequel nous ne saurions aimer? Quelle est cette beauté vers laquelle tout notre cœur s'éJance, et que nous adorons sous ses voiles dans les glorieuses créatures qui la manifestent ? N'est-ce pas l'infinie, l'éternelle et la parfaite Beauté? Et cet amour sans bornes n'est-il pas un des liens qui nous rattachent à Dieu?

A côté de notre faculté de sentir, au-dessus d'elle peut-être, rayonne notre intelligence. Penser, pour les âmes ordinaires, c'est connaître la forme, la dimension et le poids des corps; c'est calculer le degré de force musculaire dont il faut user pour déplacer une masse; c'est prévoir qu'un besoin naîtra sur un point du globe pour y porter au moment précis la marchandise qui va être réclamée; c'est acheter et vendre à propos; c'est mesurer exactement la dépense sur le profit qu'elle rapporte; en un mot, c'est concentrer l'intelligence sur cet unique but : conserver et nourrir le corps. N'allons pas plus loin, ne cherchons pas plus haut : même pour ce but ainsi restreint, quel est le mécanisme de l'intelligence ? Ne faut-il pas qu'elle conçoive des lois, des rapports nécessaires entre les choses ? Aperçoit-elle ces rapports dans les choses mêmes, le nécessaire dans le contingent, le droit dans le fait, la loi dans ce qui la subit? S'il est vrai que le monde visible ne contient pas la loi, voilà déjà comme une première intuition du monde invisible. Mais marchons vers lui par un autre chemin. Considérons les objets qui nous entourent, cet horizon étroit où nous étouffons. Nous ne touchons que ce qui est tout près de nous, ce qui est, comme on dit, à notre portée; nous ne voyons distinctement qu'à vingt pas; à une certaine distance, tout disparaît, tout nous échappe. Hâtons-nous de fuir cette prison, puisque nous avons le pouvoir de nous déplacer, péniblement et lentement par nos moyens naturels, très-rapidement par le secours des machines ; faisons, pour jouir de l’espace, mille lieues, deux mille lieues, le tour du globe : nous introduirons ainsi dans notre esprit la conception d'espaces considérables que nous ne pouvons voir que successivement, mais que nous concevons par une idée unique. Au fond, nous n'avons pas même besoin de nous déplacer pour concevoir toutes ces étendues ; l'imagination nous suffit, et nous pouvons par son secours nous représenter comme dans un rêve la grandeur de toute la terre. Mais ce n'est rien encore que la terre, quoiqu'une vie d'homme suffise à peine à en faire le tour; nous savons qu'elle est elle-même un atome dans l'immensité. Eh bien! voyageons par la pensée d'étoile en étoile; figurons-nous ces grands corps, aussi vastes que la terre, séparés par des espaces sans fin, et plus nombreux que les sables de la mer : quand nous aurons ainsi accumulé toutes ces grandeurs et tous ces nombres, épuisé pour les indiquer les ressources de la langue et les vertus du chiffre, nous

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