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pour la lulle, et que nous sommes attendus ailleurs pour la récompense, je dédaigne la douleur et je supporte l'injustice sans me plaindre, parce que je crois à l'immortalité, comme au devoir et à la Providence. Il y a entre ces trois grands dogmes une telle solidarité que je ne puis en accepter un, sans accepter aussi les deux autres. Je crois donc, par les seules lumières de ma raison, que Dieu est mon créateur ; je crois que, pendant cette vie, je remplis sous ses yeux la tâche qu'il m'a donnée, et je crois qu'il m'attend au terme de la vie pour me récompenser ou me punir. Voilà ma foi. Rempli de cette pensée, je ne puis connaître la solitude, ni le désespoir. Dieu me voit, Dieu m'attend. Je vois le monde invisible par les yeux de mon entendement. Ce monde-ci peut m'écraser; ce n'est qu'une douleur d'un jour, dont je serai payé au centuple. Je sais que la carrière de la vertu est pénible, que le vice et quelquefois le crime sont des éléments de succès. Je ne demande rien au monde que l'occasion de lutter et de mériter. Mon repos, ma patrie, mon Dieu sont ailleurs.

Mais comment puis-je mériter? En obéissant à la loi, en faisant le bien. Ma loi est de conserver et de développer mes facultés, d'aimer et de servir mes compagnons d'épreuve, d'aimer et d'adorer l'auteur de mon étre. C'est une douce loi, à quelque sacrifice qu'elle me condamne, car l'amour est dans tous ses préceptes. On demande comment je puis adorer Dieu ? N'ai-je pas le devoir ? Faire le bien, c'est adorer. Aimer, travailler, se dévouer, c'est adorer, c'est prier. Jepuis aussi élever ma pensée et mon cæur vers Dieu, le remercier de ses bienfaits, et lui demander la seule gråce qui importe, la grâce de marcher.toujours dans la yoie droite, et de n'être pas un citoyen inutile de ce monde.

Telle est la religion naturelle, et tel est le culte naturel. C'est bien peu ; c'est tout pour qui saurait s'en pénétrer. J'aurais voulu exposer cette doctrine, dans ce

livre, avec simplicité, et pourtant avec force; résumer les plus solides arguments qui prouvent la Providence et l'immortalité de l'âme, et montrer comment nous pouvons nous rendre maîtres de notre avenir par le bon usage de la liberté ; répondre aux objections sérieuses, et dédaigner les sophismes ; rendre, à force de clarté, la science même accessible au sens commun, dont elle ne diffère souvent que par une forme plus abstraite. J'aurais voulu aussi marquer d'une main ferme la limite qui sépare ce que nous pouvons connaître de ce que nous ne saurions comprendre; car, le plus souvent, c'est pour nous être trompés, par orgueil, sur la portée de notre intelligence, que nous nous perdons dans des problèmes insolubles. Mais j'aurais voulu, par-dessus tout , inspirer à certaines âmes attristées et désolées le sentiment religieux, sans lequel il n'y aura jamais ni douce loi, ni société fraternelle, ni vertu vraiment solide. Si je pouvais ranimer une espérance, relever un courage, raffermir une conscience ébranlée, consoler, pacifier un caur souffrant, je croirais que ces humbles pages n'ont pas été entièrement perdues.

PREMIÈRE PARTIE

LA NATURE DE DIEU

PREMIÈRE PARTIE.

LA NATURE DE DIEU.

CHAPITRE PREMIER.

RÉFLEXIONS SUR LES PREUVES DE L'EXISTENCE DE DIEU.

« Il est difficile de trouver l'auteur et le père de l'univers, et impossible, après l'avoir trouvé, de le faire connaitre à tout le monde. » — Platon, le Timée, trad. de M. V. Cousin, t. XII, p. 117.

Il y a sans doute, dans notre société tristement agitée, des hommes qui vivent sans penser à Dieu. Ils ne le nient pas; ils ne le discutent pas : ils l'oublient. Uniquement attachés à leurs intérêts et à leurs passions, ils s'occupent de bien vivre et de ne pas songer à la mort. Quelque longue que soit la tragédie, elle finit toujours pour eux à l'improviste; et la dernière heure les trouve tout remplis de la pensée, de l'amour des stériles biens qui vont leur être ravis pour jamais,

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