Immagini della pagina
PDF
ePub

et que,

nir ne sont que dans notre être et dans notre esprit,

Dieu étant éternel, il n'y a en lui ni passé, pi présent, ni avenir. Nous disons que ses décrets précèdent, accompagnent et suivent nos actes, parce que nous parlons avec une langue humaine, et que nous pensons avec une intelligence humaine; mais tout en subissant cette nécessité, comprenons qu'elle nous égare.

On lit aussi dans un traité célèbre attribué à Jamblique que la prière n'agit pas directement sur Dieu, car il n'y a pas d'action du fini sur l'infini; mais que la grâce de Dieu agissant suivant des lois générales et par une action et une puissance infinies, tend toujours à se manifester partout où elle n'y rencontre pas d'obstacle, et se manifeste en nous immédiatement, sans aucune action particulière de Dieu, dès que par la prière nous nous sommes mis en état de la recevoir'. Voilà sans doute les termes et le langage d'un chrétien, et presque complétement l'opinion de Malebranche.

Enfin, il n'est pas sans intérêt de retrouver l'origine de ces hypothèses diverses dans la théorie par laquelle Aristote s'efforce d'expliquer les rapports

de l'éternité avec le temps, ou, ce qui revient au même, de l’immuable avec le mobile. Dieu, dit-il, est immobile; donc il n'agit pas sur le monde pour le mouvoir. En même temps, le monde est mobile, et ne peut se mouvoir lui-même, ni avoir une autre cause de son mouvement que le Dieu immobile. Or, comment unêtre peut-il, sans se mouvoir lui-même, être cause d'un mouvement? C'est en agissant comme cause finale'. Par exemple, quand un général fait exécuter un mouvement à une armée, et qu'il place un drapeau sur un point en donnant ordre à ses soldats de se ranger à l'entour, chaque homme fixe les yeux sur ce signe immobile, et sait en le voyant à quelle place il doit se ranger; ou encore, quand un marin se trouve en pleine mer loin de tout rivage, il choisit une étoile vers laquelle il guide son navire. Dieu est l'étoile indifférente qui sert de phare à l'humanité et au monde, et de ce mouvement vers un même point lumineux résulte l'harmonie universelle.

1. Jamblique, Traité des Mystères, première partie, chap. XII.

II y a quelque chose de brillant dans ces trois hypothèses; mais, à les regarder de près, on reconnaît qu'elles ne prouvent pas ce qu'elles sont destinées à prouver. Au contraire, elles ne font que constater de plus en plus l'immobilité, et l'on pourrait presque dire l'indifférence de Dieu. Ce n'est que par une équivoque véritable qu'Aristote peut parler de la Providence, après avoir démontré que Dieu ne s'occupe pas du monde. Jamblique et Malebranche lui-même, qui voulaient arriver à établir entre Dieu et l'homme la même communication de demandes et de bienfaits qu'entre un fils et un père, sont obligés de dire que la grâce est préparée pour tous, par une volonté générale, et s'épanche en vertu de cette volonté générale, et sans aucune volonté particulière de Dieu. Que disons-nous autre chose? Et que gagne Malebranche à son hypothèse, sinon de pouvoir parler comme le vulgaire, tout en pensant comme un philosophe? Non, quelque effort que l'on tente, il est impossible d'arracher Dieu à son immutabilité, à son éternité. Notre prière ne nous fait d'autre bien que de nous rapprocher de Dieu par la méditation et par l'amour. L'excellente prière n'est autre chose que l'amour de Dieu. Aimer Dieu , aimer le bien, le vouloir, voilà prier. Oh! qu'il y a peu de prient, dit Fénelon; car où sont ceux qui désirent les véritables biens !!

1. Métaphysique, liv. XII, chap. VII.

gens qui

Concluons que la prière, et en général le culte, est d'abord et avant tout un devoir; et qu'en améliorant notre âme, en l'occupant de Dieu, en l'élevant vers lui, en présentant sous une vive et saisissante image les devoirs que nous avons à remplir, elle nous rend le travail aimable, la résignation et l'espérance faciles.

La prière, ainsi entendue et expliquée, n'a rien de commun avec la superstition. Elle est mâle et fortifiante; elle accompagne heureusement le travail, et

1. Manuel de piété, avis sur la prière, S 2.

inspire l'horreur de l'oisiveté; elle glorifie Dieu sans rien coûter à la dignité de l'homme. Elle ne remplace pas la vertu par de vaines cérémonies. Loin de troubler et de débiliter la raison, elle l'éclaire et la vivifie en la ramenant à son origine. Elle est le lien qui rattache l'homme aux autres hommes, et la terre au ciel.

1. « Dieu a voulu que les hommes s'aimassent, qu'ils vécussent tous ensemble comme frères dans une même famille, et comme enfants d'un même père. Il faut donc qu'ils puissent s'édifier, s'instruire, se corriger, s'exhorter, s'encourager les uns les autres, louer ensemble le Père commun, et s'enflammer de son amour. » Fénelon, Troisième Lettre sur la religion.

CHAPITRE II.

DU RÔLE DE LA PHILOSOPHIE RELIGIEUSE DANS LA

SOCIÉTÉ MODERNE.

« Une religion peut etre naturelle bien qu'elle ait été révélée : il suffit que les hommes aient pu et dû y arriver par le seul usage de leur raison, » Kant, Critique de la religion, IV° partie, chap. I.

Pour apprécier le rôle de la philosophie religieuse dans la société moderne, et pour en prévoir l'avenir, il est indispensable de comparer la religion naturelle avec les religions positives. Nous éviterons ainsi une confusion très-commune, qui consiste à demander à la religion ce qui ne convient qu'à la philosophie, et à la philosophie ce qui ne convient qu'à la religion. Prenons donc la chose d'un peu loin, et comparons d'abord les dogmes, pour comparer ensuite les règles et les influences avec plus de précision et d'autorité.

Une religion positive est un ensemble de dogmes et de préceptes révélés. La religion naturelle est l'ensemble des doctrines religieuses et morales que la philosophie peut établir par l'observation et le raison

« IndietroContinua »