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Les trois autres sont tellement comprises dans la notion de cause, qu'on est forcé d'en convenir, à quelque école que l'on appartienne; et il s'ensuit qu'en vertu de l'axiome « Tout ce qui existe suppose une cause, » une matière est aussi nécessairement requise qu'une cause finale et une cause efficace.

Les déistes raisonnent ainsi : « Si je vois une montre, je dis : «ll y a un horloger; » si je vois le monde, je dis : « Il y a un Dieu. » Mais quand je vois une montre, je ne dis pas seulement qu'il y a un horloger, je dis que cet horloger avait du cuivre et de l'or à sa disposition, et ces éléments dont il s'est servi ne sont pas moins nécessaires que lui-même à la production de son æuvre.

C'est donc se payer de mots, et en quelque sorte offenser le bon sens, que de parler de création, parce que l'assemblage de mots que l'on fait en di. sant que le néant est devenu quelque chose, implique contradiction et ne représente rien de réel à la pensée.

Voilà une première objection contre la création; en voici une seconde. Que Dieu soit, ou non, créateur, qu'est-il en lui-même, dans sa nature intime? Il est parfait; car il faut qu'il ne soit pas, ou qu'il soit parfait. Savons-nous ce que c'est que la perfection? Nous ne le savons pas absolument, mais nous savons au moins quelque chose de la nature de l'être parfait, et par exemple ceci, qui n'est qu'une définition : c'est

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qu'il est sans défaut, et que par conséquent il est un. Ce ne sont pas les panthéistes seuls, ce sont tous les déistes qui insistent sur l'unité de Dieu ; et ils la prouvent, non-seulement parce qu'un seul Dieu est nécessaire, non-seulement parce que l'harmonie du monde suppose un gouvernement unique, mais encore parce que la coexistence de deux êtres parfaits implique contradiction. En effet, chacun d'eux manque à l'autre, de sorte que ni l'un ni l'autre n'est parfait. Il est clair qu'on peut concevoir par la pensée que l'être d'un des deux s'accroisse de tout l'être de l'autre : on pourrait donc concevoir un parfait plus parfait que le parfait, hypothèse absurde. Ainsi Dieu est un, du commun accord de tous les rationalistes.

Mais, pour les mêmes raisons, il doit être seul. En d'autres termes, il ne suffit pas qu'il n'y ait qu'un Dieu, il faut qu'il n'y ait qu'un être.

Pour le prouver, c'est-à-dire pour prouver le panthéisme, il n'y a qu'à reprendre le raisonnement par lequel les partisans de la création démontrent tous les jours que Dieu est un. Puisqu'il ne peut rien y avoir hors de lui qu'on puisse par la pensée ajouter à son être, qu'importe que vous placiez en dehors de lui un Dieu ou un ciron? Il est absurde de nier qu'il puisse être limité, et d'affirmer en même temps qu'il l'est. Quelle que soit la limite, il n'est plus l'infini, si elle existe. Il n'y a, dites-vous, que Dieu et un ciron? Il n'y a donc pas de Dieu; car la réalité de ce ciron peut être ajoutée par la pensée à la réalité, et, pour ainsi parler, à la totalité de Dieu. Entre ce Dieu, limité par un atome, et le Dieu parfait que rien ne limite, il y a un abîme.

C'est l'argument des éléates; ils disaient: « Ou Dieu est tout, ou il n'est pas; car s'il y a quelque réalité hors de lui, cette réalité manque à sa perfection. »

Une troisième objection se tire, non de la nature métaphysique de Dieu, mais de sa nature intellectuelle et morale.

Si Dieu a fait le monde, il l'a fait par force ou librement. Il répugne à l'hypothèse de la création que Dieu ait été contraint de créer, car cette production nécessaire au producteur a bien l'air de n'être pas séparée de lui. Et d'ailleurs, si le monde est non-seulement distinct, mais séparé de Dieu, d'où peut venir la nécessité qui force Dieu à produire le monde? Il n'y a pas en dehors de Dieu de puissance qui agisse sur lui; il faut donc dire qu'il est dans sa nature de produire une oeuvre extérieure et étrangère à son existence : c'est tomber dans l'absurde. Ainsi Dieu a créé librement; en d'autres termes, il a créé parce qu'il a voulu créer. Mais ici les difficultés, ou plutôt les impossibilités, sont innombrables.

Regardons d'abord l'acte même de vouloir. Cet acte, qui a pour effet un monde fini et limité, n'estil pas lui-même une détermination et par conséquent une limite de la nature de Dieu? Il semble que l'acte

de Dieu ne puisse être qu'infini , et avoir pour objet l'infini.

Cette volonté du Dieu éternel, est-elle éternelle comme lui? Il le faut bien, pour qu'il n'y ait pas deux dieux, ou, ce qui revient au même, pour qu'il n'y ait pas de différence en Dieu. A cause de son éternité, il n'y a pas en Dieu d'avant et d'après : il est audessus du temps; et, à cause de sa perfection, il n'y a pas en lui un état et un autre état : il est éternellement semblable et identique à lui-même. Si donc il a voulu, c'est de toute éternité : sa volonté, comme son être, ne peut avoir ni commencement ni fin.

Maintenant, cette volonté continue et éternelle est-elle éternellement et continûment efficace? Sans doute : car, si son efficacité n'est pas immédiate, le temps, que nous avons chassé de la volonté divine, s'introduit dans la puissance divine, et l'éternité disparaît. En outre, il ne se peut pas que Dieu veuille inutilement. Vouloir inutilement est le caractère propre de l'impuissance. Et qui donc rendrait sa volonté inefficace? Il n'y a rien, hors de lui, qui puisse lui faire obstacle, puisque, d'après l'hypothèse, il n'y a hors de lui que son œuvre même. Le néant ne peut pas lutter contre Dieu. Concluons que le monde n'a pas commencé et ne finira pas.

Mais cette conclusion est aussi redoutable pour le dogme de la création, que l'hypothèse de la fatalité divine. Dès que l'éternité est attribuée au monde, l'idée de l'éternité s'obscurcit et se trouble. Le monde est mobile, donc périssable. N'est-ce pas une dérision de la logique, que l'on ne puisse supposer le monde créé, sans affirmer qu'il est éternel ?

Pourquoi a-t-on besoin du dogme de la création ? C'est pour mettre absolument en dehors de Dieu les imperfections du monde. Mais qu'importe que cet imparfait soit en dehors de Dieu, s'il est l'oeuvre nécessaire de Dieu, et s'il lui est coéternel en vertu de la nature même de Dieu ? N'est-ce pas être imparfait, que d'être condamné à produire éternellement l'imparfait?

Ce que nous venons de dire du temps, disons-le sur-le-champ de l'espace. Les mêmes raisons qui obligent le monde à être éternel, l'obligent à être sans limites. L'efficacité de la puissance divine ne peut être bornée ni à un lieu ni à un moment. Ainsi . le monde est infini dans le temps et dans l'espace. Aussitôt que cette conséquence apparaît, notre esprit est obligé d'avouer qu'il se fourvoie; car il n'y a pas d'espace infini, d'étendue infinie, de divisibilité indivisible. Les partisans de la création prouvent, contre les athées, que le monde n'est infini ni dans le temps ni dans l'espace : qu'ils choisissent de renoncer à cet argument, ou à la toute-puissance divine.

Effaçons ces difficultés, et supposons-les résolues : en voici d'autres. Si Dieu a voulu le monde, il l'a souhaité. Vouloir, c'est produire un acte avec con

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