Immagini della pagina
PDF
ePub

relles que tout le monde peut trouver dans soi-même, pour peu que l'on fasse d'attention à ce qui se passe dans son esprit, et en observant de l'autre les règles suivantes, que j'ai cru à propos de mettre d'abord, afin que, si on les approuve, on puisse entrer de soi-même dans les mêmes vérités en suivant le même chemin.

CHAPITRE PREMIER.

Règles qu'on doit avoir en vue pour chercher la vérité dans cette matière

des idées et beaucoup d'autres semblables.

Ces règles sont, ce me semble, si raisonnables que je ne crois pas qu'il y ait aucun homme de bon sens qui ne les approuve, et qui , au moins , ne demeure d'accord qu'on ne saurait mieux faire que de les observer quand on le peut, et que c'est le vrai moyen d'éviter, dans les sciences naturelles, beaucoup d'erreurs auxquelles on s'engage souvent sans y penser.

La première est de commencer par les choses les plus simples et les plus claires, et qui sont telles, qu'on n'en peut douter, pourvu qu'on y fasse attention.

La deuxième, de ne point brouiller ce que nous connaissons clairement par des notions confuses dont on voudrait que nous nous servissions pour l'expliquer davantage; car ce serait vouloir éclairer la lumière par les ténèbres.

La troisième est de ne chercher point de raisons à l'infini, mais de demeurer à ce que nous savons ètre de la nature d'une chose, ou en être certainement une qualité : comme on ne doit point demander de raison pourquoi l'étendue est divisible, et que l'esprit est capable de penser, parce que la nature de l'étendue est d'être divisible, et que celle de l’esprit est de penser.

La quatrième est de ne point demander de définition des

termes qui sont clairs d'eux-mêmes, et que nous ne pourrions qu'obscurcir en les voulant définir, parce que nous ne pourrions les expliquer que par de moins clairs : tels sont les mots de penser el d'étre dans cette proposition : Je pense, donc je suis. De sorte que c'était une fort méchante objeciion que celle qui fut faite à M. Descartes, en ces termes, dans les sixièmes Objections : « Afin que vous sachiez que « vous pensez, et que vous puissiez conclure de là que vous « êtes, vous devez savoir ce que c'est que penser et ce que « c'est qu'ètre; et ne sachant pas encore ni l'un ni l'autre, « comment pouvez-vous être certain que vous êtes , puisqu'en « disant : Je pense , vous ne savez ce que vous dites, et que « vous le savez aussi peu en disant : Donc je suis ? » A quoi M. Descartes a répondu qu'il n'y a personne qui ne sache assez ce que c'est que penser et ce que c'est qu'étre, sans avoir besoin qu'on lui ait jamais défini ces mots, pour être très-assuré qu'il ne se trompe pas, quand il dit : Je pense, donc je suis.

La cinquième est de ne pas confondre les questions où on doit répondre par la cause formelle avec celles où on doit répondre par la cause efficiente, et de ne pas demander de cause formelle de la cause formelle, ce qui est une source de beaucoup d'erreurs, mais répondre alors par la cause efficiente. On entendra mieux cela par un exemple : On me demande pourquoi ce morceau de plomb est rond; je puis répondre par la définition de la rondeur (ce qui est répondre par la cause formelle), en disant que c'est parce que, si on conçoit des lignes droites tirées de tous les points de la surface que l'on voudra à un certain point du dedans de ce morceau de plomb, elles sont toutes égales. Mais si on continue à demander d'où vient que la surface extérieure de ce plomb est telle que je viens de dire, et qu'elle n'est pas disposée comme elle devrait être, afin que ce plomb fùt un cube, un péripatéticien en cherchera une autre cause formelle, en disant que c'est à cause que ce plomb a reçu une

nouvelle qualité appelée rondeur, qui a été tirée du sein de sa matière pour le rendre rond, et qu'il n'a pas une autre qualité qui l'aurait déterminé à être cube. Mais le bon sens doit faire répondre par la cause efficiente, en disant que la surface extérieure de ce morceau de plomb est telle que l'on vient de dire, parce que, étant fondu , il a été jeté dans un moule creux, dont la surface concave était telle qu'il fallait pour rendre la convexe du plomb telle qu'il fallait, afin que de tous ses points, etc.

La sixième est de prendre bien garde de ne pas concevoir les esprits comme les corps, ni les corps comme les esprits, en attribuant aux uns ce qui ne convient qu'aux autres, comme quand on attribue aux corps la crainte du vide, et aux esprits d'avoir besoin de la présence locale de leurs objets pour les apercevoir,

La septième, de ne pas multiplier les êtres sans nécessité, ainsi qu'on fait si souvent dans la philosophie ordinaire, comme lorsque, par exemple, on ne veut pas que les divers arrangements et configurations des parties de la matière suffisent pour faire une pierre, de l'or, du plomb, du feu , de l'eau, s'il n'y a encore une forme substantielle de pierre, d'or, de plomb, de feu, d'eau, réellement distinguée de tout ce que l'on peut concevoir d'arrangements et de configurations des parties de la matière,

Il reste maintenant de faire voir ce que je crois qu'on peut trouver facilement, en suivant ce peu de règles touchant la manière dont nous devons concevoir notre âme et ses opérations quant à l'une de ses facultés, qui est l'entendoment,

CHAPITRE II.

Des principales choses que chacun peut connaitre de son âme en sc

consultant soi-même avec un peu d'allention.

Saint Augustin a reconnu longtemps avant M. Descartes que, pour découvrir la vérité , nous ne pouvions commencer par rien de plus certain que par cette proposition : Je pense, donc je suis. Et il rapporte à je pense toutes les différentes manières dont nous pensons, soit en sachant certainement quelque chose, ce qu'il appelle intelligere, soit en doutant, soit en nous ressouvenant. Car il est certain, dit-il, que nous ne pouvons rien faire de tout cela que nous n'ayons en même temps des preuves certaines de notre existence. Et il conclut de là qu'afin que l'âme se connaisse, elle n'a qu'à se séparer des choses qu'elle peut séparer de sa pensée, et que ce qui restera sera ce qu'elle est , c'est-à-dire que l'âme ne peut être autre chose qu'une substance qui pense ou qui est capable de penser. Il s'ensuit de là que nous ne pouvons bien connaitre ce que nous sommes que par une sérieuse attention à ce qui se passe en nous, mais qu'il faut pour cela prendre un soin particulier de n'y rien mêler dont nous ne soyons certains, en nous consultant nous-mêmes, quand nous trouverions de la difficulté à l'expliquer par des mots qui, n'ayant ordinairement été inventés que par des hommes qui n'étaient attentifs qu'à ce qui se passait dans leur corps et dans ceus qui l'environnaient, n'ont été guère propres à attacher les opérations de leur esprit à des sons particuliers qui nous fussent une occasion d'y penser.

Or, quand notre esprit étant délivré des préjugés de l'enfance est arrivé jusqu'à connaitre que sa nature est de penser, il reconnait facilement qu'il serait aussi déraisonnable de se demander pourquoi il pense, que si au regard de l'étendue il demandait pourquoi elle est divisible et capable de diffé

rentes figures et de différents mouvements; car, comme il a été dit dans la cinquième règle, quand on est arrivé jusqu'à connaitre la nature d'une chose, on n'a plus rien à chercher ni à demander quant à la cause formelle. Et ainsi je puis seulement me demander pourquoi mon esprit est, et pourquoi l'étendue est; et alors je dois répondre par la causo efficiente, que c'est parce que Dieu a créé l'un et l'autre.

Comme donc il est clair que je pense, il est clair aussi que je pense à quelque chose, c'est-à-dire que je connais et que j'aperçois quelque chose; car la pensée est essentiellement cela. Et ainsi, ne pouvant y avoir de pensée ou de connaissance sans objet connu, je ne puis non plus me demander à moi-même la raison pourquoi je pense à quelque chose, que pourquoi je pense , étant impossible de penser qu'on ne pense à quelque chose. Mais je puis bien me demander pourquoi je pense à une chose plutôt qu'à une autre.

Les changements qui arrivent dans les substances simples ne font pas qu'elles soient autre chose que ce qu'elles étaient, mais seulement qu'elles sont d'une autre manière qu'elles n'étaient; et c'est ce qui doit faire distinguer les choses ou les substances d'avec les modes, ou manière d'ètre, que l'on peut appeller aussi des modifications. Mais, les vraies modifications ne se pouvant concevoir sans concevoir la substance dont elles sont modifications, si ma nature est de penser, et que je puisse penser à diverses choses , sans changer de nature, il faut que ces diverses pensées ne soient que

différentes modifications de la pensée qui fait ma nature. Peut-être qu'il y a quelque pensée en moi qui ne change point et qu'on pourrait prendre pour l'essence de mon âme. (Ce n'est qu'un doute que je propose, car cela n'est pas nécessaire ce que j'ai à dire dans la suite.) J'en trouve deux qu'on pourrait croire ètre telles : la pensée de l'Être universel, et celle qu'a l'ame de soi-mème, car il semble que l'une et l'autre se trouve dans toutes les autres pensées. Celle de l'Être universel, parce qu'elle enferme toute l'idée de l'ètre, notre

« IndietroContinua »