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renseigneméns que les auteurs arméniens fournissent sur lès antiques monumens de la ville de Van et du pays qui l'environne. Je vais faire connoître plus en détail quf Iques-uns de ces renseigneméns.

L'historien de l'Arménie, Moïse de Khoren, qui t-crivoit au v.e siècle, et qui avoit vu les monumens élevés à Van par les ordres de Sémiramis, raconte fort longuement la fondation de cette ville ( i ), d'après les écrits de Maribas Caiina, auteur beaucoup plus ancien, dont il rapporte souvent les propres expressions. Ce dernier historien, qui étoit Syrien de naissance, avoit composé son ouvrage cent quarante ans avant notre ère. J'abrégerai ici le récit de Moïse de Khoren; je n'en conserverai que les circonstances qui se rattachent directement à l'objet qui m'occupe.

'Moïse de Khoren raconte ainsi la fondation de Van. Il rapporte que Sémiramis, après avoir achevé la conquête de l'Arménie, se trou voit avec son armée sur les bords du lac de Van: charmée de l'aspect enchanteur, de la douce température , de la riche verdure, de l'abondance et de la bonté des eaux du pays qui s'étend sur la côte orientale de ce lac, elle résolut d'y fonder une résidence royale » et d'en faire son séjour d'été; elfe choisit un bel emplacement sur la côte sud-est, doucement incliné vers le nord et bien arrosé; elle fit venir de l'Assyrie quarante-deux mille ouvriers , qui furent diriges dans leurs travaux.par six cents architectes, artistes habiles à tailler le bois et la pierre et à travailler le fer et l'airain. On commença par élever une immense esplanade, formée avec d'énormes quartiers de roche unis par un ciment de chaux et de sable: cette construction étoit si solide, qu'elle étoit encore intacte du temps de l'historien arménien. On n'auroit pu, ajoute-t-il, en détacher une seule pierre, tant le ciment étoit tenace; les pierres étoient si bien polies et si lisses, qu'elles n'avoient rien perdu de leur éclat. . ■"« - <-:

Cette esplanade, sous laquelle on avoit ménagé de vastes cavernes» qui, au temps de Moïse de Khoren, servoient de refuge aux brigands du pays, se prolongeoit l'espace de plusieurs stades, jusqu'au lieu où étoit l'emplacement de la ville qu'on devoit fonder. Cette cité fut achevée dans l'espace de quelques années, environnée de fortes murailles, et ornée de portes d'airain; on y construisit plusieurs palais bâtis en pierres de diverses couleurs, couverts de belles terrasses; on y joignit des places publiques, des bains en quantité suffisante; des canaux distribuoient dans les dirTérens quartiers et dans les jardins les eaux du voisinage. Beaucoup de bourgs furent élevés à droite et à

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(i) Histcria amena, lib. 'j, cap. XV, p. 43-47 ,.ed. Whiston. '1 ".'.'

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» d'immenses cavernes creusées dans le roc par les anciens; les portes en » sont tournées du côté de la ville ou du midi. On voit d'autres cavernes » de l'autre côté de la montagne, c'est-à-dire, au nord; elles sont toutes «abandonnées maintenant : ce sont les excavations, les cavernes, les » souterrains dont parle Moïse de Khoren.

» Du côté du midi, on voit une ouverture taillée avec la plus grande » peine dans le marbre le plus dur, qui conduit à une très-belle » pièce dont le plafond est en forme de voûte; sur toute la longueur » de l'ouverture se trouvent des inscriptions dont les lettres sont » inconnues aux habitans; cette porte conduit jusqu'au centre ou au » cœur de la montagne. II est fort difficile aux habitans d'y parvenir » avec des échelles, soit qu'ils viennent par en haut de la citadelle, ou s» par en bas de la ville. On trouve également, du côté du nord, vers le » bas de la montagne, trois ouvertures qui conduisent aussi à des » pièces dont les plafonds sont en forme de voûte : on voit également » sur ces portes des inscriptions en caractères inconnus aux habitans; » ce sont probablement les inscriptions en lettres anciennes tracées » par l'ordre delà reineSémiramis, et dont parle Moïse de Khoren. Sur » les côtés nord et sud de cette montagne de pierre, on a sculpté, eu » divers endroits, de petites croix et des figures d'hommes. Il n'y a pas » long-temps qu'en creusant dans l'intérieur de la ville, on a trouvé une » statue en pierre représentant un homme à cheval.

» Cette montagne et la forteresse n'ont pas d'eau; mais en temps de >» paix, il existe un chemin facile par lequel on monte du pied de fa » montagne à l'occident près la porte Iskelé Kapousi; c'est par-là que » l'on porte l'eau nécessaire aux habitans du château : on y trouve une » source d'eau excellente qui s'écoule dans le lac; on voit auprès de » ce ruisseau de très-grands blocs de marbre qui sont abandonnés, s> et une tour ruinée dans le voisinage; mais en plaine on trouve une » autre source de bonne eau. »

Les monnmens et les magnificences de la ville qui fût fondée en Arménie par Sémiramis selon le récit de Moïse de Khoren, rappellent les détails du même genre que Diodore de Sicile donne sur les édifices superbes élevés par cette princesse dans la Médie, ainsi que sur ses parcs délicieux ornés de montagnes sculptées ou taillées (ij. La partie de l'Arménie qui comprend la ville de Van a été souvent confondue avec la Médie, dont elle est d'ailleurs voisine et dont elle a même porté le nom à quelques époques; et if serait possible que

^1) Diod. Sic. lit. ir,pag, 126et seq. éd. West.

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quelques-uns des monumens mentionnés par Diodore fussent ceux mêmes qui ont été décrits par Morse de Khoren. Strabon parle aussi des grands travaux exécutés par Sémiramis, des vastes collines factices qu'elle avoit fait élever en plusieurs endroits de l'Asie (1), et notamment des villes qu'elle avoil fondées en Arménie et dans l'Asie mineure (2). Au reste, la renommée de Sémiramis est restée populaire en Arménie; fa ville de Van n'a jamais cessé de s'appeler la ville de Sémiramis (3). Le nom et l'histoire de cette princesse ne sont pas non plus restés inconnus aux écrivains arabes : Masoudy en fait mention dans son Moroudj-eddheheb (4) ; il y parle de son mari Ninus (5), et des conquêtes qu'elle fit dans la partie de l'Arménie où se trouve la ville de Van , et il nomme plusieurs des cantons montueux qui environnent cette ville. Les détails qu'il donne paroissent avoir été empruntés à des auteurs grecs ou syriens qui nous sont inconnus; car la conquête de l'Arménie par Sémiramis est un fait qui ne se trouve pas dans les auteurs anciens que nous possédons. Nous en devons la connoissance aux écrivains arméniens seuls.

La célébrité de Sémiramis s'est perpétuée jusqu'à nos jours dans les mêmes régions, non-seulement parmi la population arménienne, mais encore chez les Curdes (6) : les uns et les autres donnent le nom deSchamirama+dchour ou Schamiramai-arhou, c'est-à-dire, l'eau ou le torrent de Sémiramis, à un cours d'eau fort considérable qui se jette dans le fac de Van, à une petite distance au sud-ouest de la ville du même

(r) Ils étoicnt appelés les ouvrages de Sémiramis, xoAtïra) 'S.iyj&îfiuJ'eç î'pyx, dit Diodore, lib. Il, pag. 128. —(2) Strab. lib. XII, pag. 529 et #7; XVI, Paê,7J7- — (3) Le P. Luc Indjidjian a recueilli dans sa Géographie ancienne de l'Arménie, pag. 178-186, tous les textes originaux relatifs à cette ville. Cette géographie , écrite en arménien, a été imprimée à Venise en 1822, 1 vol. in-4..' Il en sera rendu compte dans un des prochains cahiers. — (4) Man. d'Outrey. de la Bibl. du Roi, tom. I.cr, fol. 96 recto et verso.— (5) L'auteur arabe décrit brièvement les ruines de la ville de Ninive, dont il n'existoit plus de son temps, en l'an 332 de l'hégire (943-944 de J- C.), que les murailles et quelques statues décorées d'inscriptions ^^j*j c^ *ty^* «j^- o* A*"°'' Le fondateur de cette ville étoit Ninus, fils de Bélus, (j>JU ^ ( ///<•; (J"j*^ ) {jy*>y qui régna cinquante-deux ans. Le trône fut occupé après lui par sa femme Samiram , Ajffi» 1*kui »L*I 0 J-»j Là*j Cîuu / ; elle régna quarante ans : ce qui est d'accord avec ce qu'on trouve dans la Chronique d'Eusèbe et dans les autres historiens anciens.— (6) lli^ ^- Sf-p •"'*>"-'*'"ft > inp *b "v"" uffypmitmj «Am.w i/n^h'u Çmjp "uuiU- pmp^p mn Çuiutupuilf x « Source et eau célèbres que les Armé» niens et même tous les Curdes désignent par fe nom même de Sémiramis. » Indjidjian, Céogr, moderne de l'Arménie, en arménien, tom. II, page 160.

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nom. Je vois dans les noies de M. Schulz, qui a copié une inscription en caractères cunéiformes sur Jes bords de ce ruisseau, qu'it est appelé Schamiran-sou, ou l'eau de Sémiramis, par les musulmans du pays.

Les espérances que les récits des écrivains orientaux m'avoient fait concevoir n'ont pas éié trompées , et les copies de quarante-deux inscriptions cunéiformes, relevées à Van et dans ses environs, et adressées par M. Schulz a son excellence le ministre des affaires étrangères, sont la meilleure preuve de l'exactitude des récits dont je viens de faire l'analyse. .

Je vais transcrire ici en son entier (a lettre dans laquelle M. Schulz rend compte lui-même de ses découvertes.

Constantinople, le u mars 1828.

« Je crains beaucoup que plusieurs lettres que j'aj eu l'honneur de » vous écrire ne se soient perdues, et en particulier celles que je vous ai » envoyées d'ici au commencement et à la fin du mois de mai 1 827, » et avec lesquelles je vous adressois des notices sur les historiens » arabes lbn-Àsaker et Ibn-Khaldoun; une autre du 21 juin, où je » vous annonçois mon arrivée à Erzeroum, et enfin celle que j'ai » expédiée le 16 juillet par un Tartare allant de Hitlis à Constantinople, « et que vous aurez trouvée par trop longue pour une lettre %:rite au «milieu des camps et des troubles du Curdistan. A mon retour à » Constantinople au mois de novembre, j'y ai trouvé tout le monde » dans une telle consternation et tellement occupé des préparatifs du » départ, que je n'ai jamais pu savoir si l'on y a eu le soin d'expédier » mes lettres pour Paris, et si l'on en avoit reçu pour moi.

» Par ma lettre d'Erzeroum, que j'ai quitté le 29 juin 1827 , j'ai » eu l'honneur de vous annoncer mon départ pour le Curdistan : dans »» l'état où se trouvoit alors la Perse, j'aurois cru manquer a. mon » devoir si je m'étois rendu à Tauris pour y être condamné à une » inactivité complète, ou tout au moins pour y être spectateur oisif » de la marche et des opérations des armées. Conformément à mes « instructions, j'ai regardé comme but principal de mon voyage dans » le Curdistan, l'exploration des rives du lac de Van , et la découverte » des monumens antiques qui, d'après les indications données par les » auteurs anciens, dévoient s'y trouver. Ma lettre de Bitlis vous aura 3> appris qu'au milieu du mois de juillet, je me trou vois déjà entouré » de toute paît de guerres et de batailles curdes, qui ne nie laissèrent «d'autre ihoix que de chercher le chemin de Van à travers les » hordes dts Haideranlus, des Djellos , des Mahmoi.dis, des Siptghis,

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