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soulevés par la formation du cabinet du 6 septembre, dans l'intervalle des deux sessions.

On attendait le nouveau ministère à l'œuvre, c'est-à-dire à l'ouverture de la session.

D'après la retraite du président du Conseil, qui semblait y représenter la politique progressive, et la rentrée de l'homme d'état en qui se personnifiait la politique de résistance, et sur qui se concentraient les attaques et les injures de l'opposition, en présence des questions irritantes que l'intérêt et l'honneur du pays allaient soulever , il était difficile de prévoir si la majorité qui s'était prononcée pour le système du 29 février se donnerait à celui du 6 septembre.

Jamais aussi l'ouverture d'une session législative n'avait excité plus d'intérêt ou de curiosité.

On a vu dans l'Annuaire de l'année dernière (1) les détails d'un nouvel attentat que nous rappelons ici, parce qu'il se lic à l'histoire de la session, qu'il nous faut prendre à son début.

27 décembre 1836. Les pairs de France et les députés étaient rendus à leurs places; toutes les tribunes étaient remplies. La reine, les princesses et les jeunes ducs d’Aumale et de Montpensier venaient d'arriver, lorsque le bruit se répandit dans la salle

que le roi venait d'échapper aux coups d'un nouvel assassin.... On attendait dans une inexprimable angoisse, tous les regards portés sur la tribune royale.... Mais à l'entrée du roi qui parut un instant après, précédé de son cortége avec le cérémonial ordinaire, une explosion générale, des acclamations d'entbousiasme, d'amour et des vive le roi ! répétés, éclatèrent dans tous les rangs de l'assemblée. Le roi n'était

pas

blessé ; mais des éclats de verre avaient légèrement atteint au visage les ducs d'Orléans et de Nemours, et quelques gouttes de sang coulaient encore sur leurs habits.

Vivement affecté des émotions de sa famille et des témoi

(1) Page 279.

gnages réitérés d'affection qu'il recevait de toutes parts, le roi prit place sur son trône et lut son discours d'une voix nelle et ferme, où la dignité dominait la sensibilité, qui s'échappa pourtant à plusieurs reprises.

S. M. commençait par se féliciter de la prospérité intérieure de la France, de ses relations pacifiqoes avec les puissances étrangères et de la conclusion des différends qui avaient existé avec la Suisse.

Quant aux affaires de la Péninsule, le roi regrettait qu'elle fat encore troublée par de fatales dissensions.

« Des événemens graves ont ébranlé les institutions à Madrid et å Lis. bonne, disait S. M., et la guerre civile n'a point cessé de désoler l'Espagne. Toujours intimement uni avec le roi de la Grande-Bretagne, je continue à faire exéculer le traité de la quadruple alliance avec une fidélité religieuse, et conformément à l'esprit qui l'a dicté. Je fais les veux les plus sincères pour l'affermissement du trône de la reine Isabelle II, et j'espère que la monarchie constitutionnelle triomphera des périls qui la menacent; mais je m'applaudis d'avoir préservé la France de sacrifices dont on ne saurait mesurer l'étendue, et des sacrifices incalculables de toute intervention armée dans les affaires de la Péninsule. La France garde le sang de ses enfans pour sa propre cause, et lorsqu'elle est réduite à la douloureuse nécessité de les appeler à le verser pour sa défense, ce n'est que sous son glorieux drapeau que les soldats français marchent au combat. »

Sur le désastre de Constantine, le roi, en déplorant les pertes de l'armée, en rappelant que le second de ses fils avait partagé les souffrances et les dangers des soldats, ajoutait que si le succès n'avait pas répondu à leurs efforts, du moins leur valeur, leur persévérance et leur admirable résignation avaient dignement soutenu l'honneur de nos drapeaux, et il ne doutait pas que les Chambres ne voulussent assurer, en Afrique, à nos armes la prépondérance qui doit leur apparicnir et à nos possessions une complète sécurité.

« Un attentat (allusion au crime d'Alibaud) a menacé ma vie, disait ensuite le roi. La Providence a détourné le coup dirigé contre moi ; les témoi. gnages d'affection dont m'a entouré la France, et que vous vencs de renouveler (ces paroles, que S. M. ajoutait d'une voix émue au texte du discours écrit, produisirent une sensation impossible à décrire, et furent suivies de nouveaux cris de vive le roi !) sont la plus précieuse récompense de mes travaux et de mon dévouement. »

Ici le discoórs du trône rappelant l'affaire de Strasbourg

comme une tentative d'insurrection aussi insensée

que

criminelle, observait qu'elle n'avait servi qu'à faire éclater la fidélité de notre brave armée et le bon esprit des populations.

« L'impuissance de tant de coupables efforts , ajoulait l'augusle orateur , commence à lasser les passions et à décourager leur audace. Déjà le temps a calmé bien des haines, et chaque jour il adoucit les devoirs que les circonslances ont imposés à mon gouvernement. J'ai pu suivre le veu de mon cæur en pardonnant à des hommes frappés par les lois, »

Après cette allusion aux grâces accordées, sous le ministère du 6 septembre, à plusieurs condamnés politiques qui les avaient sollicitées, le roi annonçait que le corps législatif aurait à s'occuper de plusieurs projets, les uns concernant la famille royale, les autres ayant pour objet le perfectionnement de la législation. Il ajoutait que des mesures conformes au veu manifesté dans la dernière session seraient proposées aussitôt que le retour de l'abondance des capitaux le permettrait à son gouvernement, et que, dans le cours de celle-ci, les lacunes des routes, la navigation des fleuves, les canaux, les ponts , les chemins de fer seraient l'objet de propositions importantes.

« Continuons, disait en terminant S. M., à marcher dans la même voie; c'est ainsi que nous parviendrons à fonder solidement le bonheur de notre patrie. Soutenu par votre loyal concours, j'ai pu la préserver de révolutions nouvelles, et sauver le dépôt sacré de nos institutions. Unissons de plus en plus nos efforts, nous verrons s'étendre et s'affermir chaque jour l'ordre, la confiance, la prospérité, et nous obtiendrons tous les biens qu'a droit de prélendre un pays libre qui vit sous l'égide d'un gouvernement national. »

Des acclamations unanimes suivirent ce discours dont l'intérêt politique était nécessairement affaibli par les émotions qu'avaient excitées le nouvel attentat contre la vie du roi. Aussi le reste de la séance royale, consacré à la prestation du serment des membres nouvellement élus, se passa-t-il avec quelque confusion après la sortie du roi et de la famille royale, qui furent salués, dans leur retour aux Tuileries, par les acclamations d'une foule innombrable empressée de leur témoigner la joie de voir le monarquo encore une fois sauvé de la fureur des assassins. Les députés, réunis dans la salle

des conférences, résolurent d'un accord unanime de se transporter sur-le-champ aux Tuileries pour y présenter leurs félicitations à la famille royale; félicitations auxquelles la Chambre des pairs , le corps diplomatique, toutes les autorités et la garde nationale de Paris et des départemens s'empressèrent de s'associer.

Dès ce soir même, une ordonnance royale traduisait l'assassin devant la Cour des pairs, qui se constitua dès le lendemain (28 décembre), pour ordonner qu'il serait immédiatement procédé à l'instruction du procès par M. le président de la Cour, qui s'adjoignit pour l'assister et le remplacer, en cas d'empêchement, MM. Séguier, Barthe et Fréteau de Pény.

Nous reviendrons sur ce procès (voyez chap. VI), qui ne s'ouvrit qu'au milieu de la session , dont le public attendait impatiemment les premiers débats.

La composition du bureau de la Chambre des pairs et même de ses bureaux particuliers est de peu d'intérêt politique; aussi nous suffit-il de citer les noms des secrétaires choisis pour la session, qui furent MM. les comtes de Caux et de Castres, M. le duc de Castries et M. Barthe, et de remarquer que

MM. les ducs d'Orléans et de Nemours furent nommés présidens des 1er et 2e bureaux.

Un intérêt plus vif s'attachait à la composition du bureau de la Chambre des députés, comme au premier essai que

les partis allaient y faire de leurs forces.

28 septembre. Suivant des bruits répandus avant l'ouverture de la session, il avait été dans l'intention du ministère du 6 septembre d'écarter du fauteuil le président des cinq dernières sessions ; mais le scrutin ouvert sous la présidence du doyen d'âge (M. Bedoch) vint y donner un éclatant démenti.

Sur 307 votans, dont la Chambre se composait ce jour-là, M. Dupin obtint au premier tour 184 suffrages, majorité de 34 voix qu'on est tenté de trouver faible, mais dont on ne peut guère accuser le ministère, si l'on veut observer que 36 suffrages avaient été donnés à M. Humann, et 24 å M. Laffitte,

qui ne venaient pas sans doute de ses amis. - .... D'ailleurs, les Pairs se dessinèrent plus nettement dans le scrutin pour la nomination des vice-présidens, dont le premier tour donna 219 voix à M. Calmon, et 167 à M. Benjamin Delessert; le second, 167 à M. le général Jacqueminot, et le troisième 165 soffrages à M. Cunin-Gridaine; choix où le centre gauche s'attribuait le premier et le dernier, mais où les amis du ministère pouvaient réclamer le deuxième et le troisième, comme le résultat de son influence assez bien signalée par l'identité de nombre des suffrages.

Enfin, la lutte qui continua, plus vive qu'on ne l'avait encofe vue dans l'élection des secrétaires , finit par en donner trois à l'opposition : MM. Boissy-d'Anglas, Félix Réal et Piscatory. Un seul du parti qu'on appelait doctrinaire, M. Jaubert, sortit du second scrutin avec 172 voix. En résultat, ces choix annonçaient une majorité encore incertaine, et la session prouvera que le ministère ne devait pas trop y compter.

Le nouveau président fit, en reprenant le fauteuil, une allocation où respiraient le plus sincère dévouement à la dynastie de juillet, la douleur et l'indignation qu'avait excitées le nouvel attentat contre la vie du roi ; discours terminé par une profession de foi remarquable sur sa résolution de défendre les prérogatives constitutionnelles de la couronne et de la Chambre.

Cette allocution avait réuni à peu près tous les suffrages. Il n'en fut pas de même du discours de félicitations que l'usage lui prescrivait de porter au roi, à l'occasion du renouvellement de l'année. L'honorable président, sortant da protocole ordinaire , au milieu des yeux adressés au roi, y avait laissé échapper quelques allusions qui semblaient mettre en doute la bonne foi politique du nouveau ministère... Ses écrivains les relevèrent avec quelque aigreur, et, comme il arrive ordinairement, le commentaire en aggrava l'injare.

La session qui s'ouvrait en fera mieux juger.
Soit que le ministère voulut faire preuve d'activité ou ab-

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