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du grand et magnifique recueil des médaillons, contenant plus de trois cents figures, qu'il venoit de faire imprimer (1). C'est aussi pendant le séjour de Colonia à Rome, que le pape Clément XI, enchanté de son érudition et des grâces de son esprit, voulut le fixer auprès de lui, et lui confier l'éducation de ses neveux; mais le désir de conserver sa liberté, de suivre ses goûts littéraires, de se retrouver au milieu de sa belle bibliothèque, lui fit refuser de si honorables propositions et le ramena dans la ville de Lyon (2).

Je ne sais à quelle époque il faut fixer le miracle opéré sur sa personne, qu'il raconte avec beaucoup de naïveté dans sa Pratique de piété pour honorer le bienheureux Jean-François Régis, page : «Unjour, à Lyon, la roue d'une charrette lui ayant passé et repassé plusieurs fois sur le milieu du pied, qu'elle devoit naturellement lui fracasser, il fui préservé de ce malheur et ne reçut pas le moindre mal, par la puissante protection du bienheureux Régis, auquel il eut le bonheur de recourir ».

Il est plus aisé de déterminer le commencement de ses liaisons et de sa correspondance avec Fléchier, évêque de Nîmes. Jean Columbi, jésuite, avoit composé un ouvrage qui a pour titre de Rebus gestis episcoporum Nemausensium , et qui n'a

(1) Dissertation sur le rionument antique découvert i Lyon en 1-04,

page 43

(3) Manuscrits de la Bibliotheque de Lyon. Tom. I''

pag. 17

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jamais été imprimé. Après sa mort, arrivée à Lyon, en 1679, le manuscrit tomba entre les mains du père de Colonia, qui le remit à Fléchier, devenu évêque de Nîmes. Ce prélat le renvoya au jésuite en 1705 avec la lettre que nous insérons ici. « Vous eûtes la bonté, mon révérend Père, il y a plusieurs années, de me remettre un manuscrit du père Columbi , qui contient la succession et l'histoire des évêques de Nîmes. Je l'ai lu , même plusieurs fois; le style n'en est pas, en plusieurs endroits, fort coulant, ni fort agréable. Il s'arrête de temps en temps à des minuties, à cause du peu de matière qu'il trouve dans les premiers siècles. Dans les derniers, il s'étend quelquefois sur les éloges et les généalogies de gens qui ont apparemment été de ses amis, et qui ont bien mérité de la religion. Mais, il y a beaucoup de travail et de recherches, et ce livre est très-curieux. Les embarras que m'ont donnés quarante mille nouveaux convertis, presque tous mal convertis, et les affaires des fanatiques dans ces dernières années, m'ont empêché de mettre cet ouvrage en état d'être imprimé. Vous avez eu la bonté d'offrir vos soins et votre loisir pour cela, dont je vous suis très-obligé. Je vous envoie donc le manuscrit, afin que vous en disposiez, et je vous prie de vous souvenir que personne n'est plus véritablement, ni plus parfaitement que je le suis , mon révérend Père, votre très-humble et très

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les pas

obéissant serviteur. Esprit, évêque de Nimes (1). » L'ouvrage de Columbi en resta là, malgré les belles promesses de Colonia d'y donner ses soins et son loisir. (Voyez l'histoire littéraire de la ville de Lyon, Tom. II, pag. 746.)

Le docte jésuite n'étoit pas toujours aussi avare de ses soins et de son loisir; nous lisons dans le Longueruana (2) une anecdote dont on peut conclure qu'il en étoit quelquefois prodigue. « C'est une chose curieuse, dit l'abbé de Longuerue, de voir à la tête de l'édition des contes de Bocace, imprimés à Florence en 1573, un beau privilége de Grégoire XIII, qui dit qu'en cela il marche sur

de Pie V, d'heureuse mémoire, son prédécesseur, et qui emploie toute son autorité jusqu'à reagrave, contre ceux qui troubleront les deux libraires à qui il accorde ce privilége. Il y a aussi un décret de l'inquisition en faveur de cette édition, dans laquelle le saint Père avoit fait faire quelques changemens. Quelqu'un m'a dit père de Colonia, jésuite, a aussi fait imprimer à Lyon les contes de Lafontaine, après y avoir changé quelque chose; exempli gratiâ : il a mis prince dans les endroits où il y a pape; moines de Catalogne, , pour cordeliers de Catalogne ».

Le père de Colonia a signalé presque toutes les années du premier tiers du xvile siècle par la

pu

que le

(1) Manuscrits de la Bibliothèque de Lyon. Tom, jer , pag. 18–. (2) Longueruana. Tom II, pag. 62.

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blication de quelque ouvrage plus ou moins important, sur les belles lettres, sur les antiquités ou sur la religion. Il seroit ridicule sans doute , de dire qu'il a composé des chefs-d'oeuvre, mais il seroit aussi par trop injuste de méconnoître les services qu'il a rendus à la littérature et à l'Église, et de ne pas avouer qu'il a fait servir ses talens à la gloire de Dieu et à l'instruction des hommes.

Après avoir enseigné, dans la ville de Lyon, la rhétorique pendant onze ans, la théologie pendant vingt-neuf ans, la langue hébraïque pendant les six dernières années qu'il remplit la chaire de théologie, sans compter les cinq années qu'il avoit passées dans les basses classes, le père de Colonia obtint la permission de se reposer de ses longs travaux et de s'adonner tout entier à la culture des lettres et à l'impression de ses ouvrages.

Les manuscrits de la bibliothèque de Lyon (1) nous fournissent une anecdote qu'il est bon de consigner ici, ne seroit-ce que pour montrer la tournure de son esprit et sa singularité. Rouvière présenta à l'académie la devise qui accompagne l'ancien autel de Lyon, et qu'elle adopta ; elle est composée de ces deux mots: Atheneum restitutum. Le père de Colonia prétendoit qu'il falloit écrire restititum, au lieu de restitutum; et ce ne fut qu'après une longue discussion qu'il se rendit à l'avis de son confrère et au sentiment de la compagnie.

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(1) Tome III, page 299 ·

Depuis long-temps la ville de Lyon, par estime et par reconnoissance pour la publication de ses antiquités et de son histoire littéraire, avoit accordé une pension annuelle au père de Colonia ; mais ce charitable religieux, content de l'existence qu'il trouvoit au collège , employoit une grande partie de sa pension à des deuvres de piété.

Malgré ses travaux et son âge, le père de Colonia conserva jusqu'à la fin l'usage de ses facultés; il étoit foible sans éprouver de douleurs: mais une maladie de six semaines acheva de consumer ses forces et il mourut à Lyon, où il avoit passé 59

le 12 septembre 1741, dans sa quatre-vingtdeuxième année.

« C'étoit, dit l'abbé Pernetti (1), un petit homme plein de feu, d'une physionomie toute spirituelle; il devoit encore plus à son travail, à ses lectures immenses et à sa mémoire qui tenoit du prodige, qu'à son esprit.... Il avoit le coeur bon , il étoit facile de le gagner; il ne se refusoit pas même à ceux qui lui inspiroient de la jalousie.... La pureté de ses meurs, son zèle pour la religion et sa modération méritent des éloges.

ans,

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(1) Recherches pour servir à l'histoire de Lyon , ou les Lyonnais célèbres. Tome II.

b

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