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changer les tendances habituelles de l'Autriche; ses intérêts véritables l'éloignent de la Russie.

Du côté de l'occident, ce ne sont plus seulement des défiances politiques, mais aussi des inquiétudes commerciales qui l'assiègent. La Prusse, à la tête du Zollverein allemand, accomplit une importante révolution dans les nations et dans l'esprit des peuples; elle les attire à elle, et en même temps elle ouvre les portes aux idées extérieures. Tout le bien matériel qui en résultera pour l'Allemagne va se traduire bientôt en influence pour la Prusse, dont la domination commerciale pourra se changer un jour en domination politique.

Dans cette situation, il devient nécessaire pour l'Autriche de se tourner vers la prospérité matérielle, de lutter avec la Prusse d'influence industrielle: abaisser ses tarifs, augmenter ses moyens de communication, favoriser les développements de la richesse nationale, appeler chez elle le commerce, et par conséquent les idées des autres peuples, voilà ce qu'elle est conduite à faire; et, en effet, dans ces quelques mots est toute son histoire de cette année ; de chacune de ces nécessités découle, soit un acte administratif, soit une institution nouvelle. Nous avons parlé l'année dernière de la résolution prise

l'État de construire à ses frais les grandes lignes de chemins de fer reconnues nécessaires à l'intérêt général. A cette résolution ( 19 décembre 1841) se rattache un arrêté du 18 mai, qui pourvoit aux moyens matériels d'exécution. Pour subvenir aux dépenses extraordinaires causées par ces travaux, il fut émis provisoirement pour 5 millions de florins de billets de la caisse centrale, sous forme de billets de banque de 50 à 5,000 florins, portant intérêt. Avec ces ressources, le chemin de Vienne à Prague sera achevé en trois ans; celui de Vienne à Trieste en six ans. L'importance de ce dernier chemin est très-grande : une convention conclue, le 11 décembre, avec le gouvernement saxon, relatiyement à la construction d'un chemin de fer de Prague à

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Dresde, vient y ajouter encore ; par sa correspondance avec la ligne du nord, le chemin de Trieste reliera la mer du Nord avec l'Adriatique.

Le malheureux accident du chemin de fer de Versailles éveilla la sollicitude de l'administration. Une circulaire, adressée par le gouvernement de la Basse-Autriche aux différentes compagnies qui exploitent les chemins de fer déjà exécutés, interdit l'usage des locomotives à quatre roues ; on ne pourra désormais employer que des locomotives à six roues. L'emploi simultané de deux locomotives ne sera permis que dans des circonstances données; il ne sera plus permis de placer une locomotive à l'arrière des wagons; la rapidité ne pourra jamais dépasser quatre milles à l'heure, et cinq, en tenant compte des stations; enfin, il sera établi dans les wagons mêmes un appareil, au moyen duquel ils pourront s'ouvrir aisément.

Nous avons à signaler quelques mesures administratives qui consacrent des progrès réels. D'abord une ordonnance qui modifie la loi du timbre. A l'avenir, les lettres échangées dans le commerce ne seront soumises à cette mesure fiscale qu'autant qu'elles seront produites en justice; c'est là un emprunt fait à la loi française.

Une ordonnance du 20 novembre étend à tous les États héréditaires le privilége de la liberté d'enseignement, qui jusqu'à ce jour n'avait été accordée qu'aux jésuites de la Galicie.

Deux mesures furent prises, le 23 août, par la chambre des finances; elle supprima tous les droits et honoraires dus pour l'obtention d'une permission d'exercer une profession quelconque; elle pensa que ces autorisations constituaient l'exercice d'un pouvoir politique, et que les autorités devaient les délivrer sans droit à aucune indemnité. La seconde mesure a rapport au droit qui frappait à l'entrée le coton brut. Ce droit fut abaissé d'un florin quarante kreutzers par quintal à quelques kreutzers. Ce n'est là qu'une des dispositions préliminaires d'une modification générale des tarifs, qui aura lieu en 1843. L'Autriche sent la nécessité de rapprocher ses tarifs de ceux du Zollve

rein.

Les faits de politique extérieure ont peu d'importance. A part le traité définitivement conclu avec l'Angleterre, conjointement avec la Prusse et la Russie, pour l'abolition de la traite, acte dont l'intérêt est nul pour l'Autriche, nous n'avons à citer que la ratification d'une convention postale avec le duché de Bade (3 novembre).

Les derniers jours de septembre furent marqués par des démêlés de la compagnie autrichienne des bateaux à vapeur du Danube avec le gouvernement turc. Il y a quelques années, cette compagnie avait, avec l'autorisation de la Porte, établi un service régulier de Constantinople à Trébizonde : l'autorisation fut retirée. Dans cet acte d'un gouvernement trop faible pour prendre, sans motif, une altitude hostile, n'y avait-il pas la main de la Russie, qui ne peut voir sans déplaisir le pavillon autrichien flotter sur la mer du Nord?

HONGRIE.

La Hongrie ressentit, cette année, le contre-coup des inquiétudes excitées dans l'Autriche par les développements de l'union prussienne. Les magnats hongrois se prononcèrent unanimement contre toute idée d'accession au Zollverein, et déclarèrent qu'ils verraient dans cette démarche

perte de la nationalité hongroise. Dans quelques comitats se manifesta, par esprit de réaction, la tendance contraire plusieurs propositions furent faites, dans le but d'abolir certaines douanes intermédiaires entre l'Autriche et la Hongrie.

L'esprit d'opposition à l'administration autrichienne ne fut pourtant pas moins signalé qu'à l'ordinaire. Le 28 janvier, Passemblée des états du comitat de Pesth, dans une congrégation générale extraordinaire, ayant reçu communication d'un décret royal qui blåmait plusieurs innovations opérées dans l'administration et les déclarait nulles, il fut pris la résolution d'adresser d'humbles remontrances à Sa Majesté.

La question de la situation des Israélites, agitée par toute l'Allemagne , trouva ici une solution conforme aux progrès de la civilisation. Le 4 octobre, les états du comitat de Tolna, réunis en diétine à Simon Thurn, prirent à l'unanimité la résolution que les Israélites du comitat seraient dorénavant admis à exercer les fonctions d'avocat, de procureur, de notaire et d'huissier, aux mêmes conditions que les chrétiens, et que ceux investis de ces charges jouiraient de tous les droits civils et politiques, si ce n'est qu'ils ne pourraient être élus députés à la diète générale de la Hongrie.

L'événement capital de l'année fut la création d'une banque nationale. Le privilége en fut accordé au royaume dans le mois de février. Plusieurs centaines de capitalistes y prirent immédiatement des actions, dont le nombre fut fixé à 4,000 de 500 florins, ce qui portait le capital å 2 millions de florins. Les statuts particuliers de la Banque portent que les affaires ne s'y feront qu'en monnaie d'argent, la Banque n'étant point autorisée à émettre de papier. L'intérêt sera de 5 pour 100. On le voit, ce sont là des avantages assez médiocres, des conditions un peu dures; mais enfin, telle qu'elle est, la Banque nationale de Hongrie ne pourra que remplacer heureusement toutes ses banques particulières, qui n'ont fait jusqu'à présent que compromettre par leurs chutes le commerce du royaume.

PRUSSE.

L'histoire de la Prusse est, cette année plus encore qu'à l'ordinaire, grâce au calme de l'Europe, dans les nombreuses manifestations d'une tendance continuelle vers le progrès. Partout ailleurs si dangereux pour les trônes, le progrès trouve ici dans le pouvoir royal sa source et son appui. Le nouveau roi a compris qu'il valait mieux faire de ses propres mains ce qui eût pu se faire sans lui et contre lui. De là cette marche insensible vers une réforme que dirige à son gré le souverain qui s'en est fait l'auteur; de là aussi ces idées d'unité nationale et de prospérité matérielle qui descendent du trône pour contrebalancer les dangers des idées nouvelles.

Dans un pays où toute initiative appartient à la couronne, les voyages du roi, ses démonstrations de sympathie ou de froideur vis-à-vis des puissances étrangères, ont une haute importance et une signification réelle. Cette année, le roi Frédéric-Gạillaume visila l'Angleterre et la Russie. Nous nous occuperons de ces deux voyages, d'après l'ordre d'importance de leurs résultats...

On se rappelle que le gouvernement hollandais s'était aliéné, par ses refus d'accession à l'union douanière, la bienveillance de la Prusse. Dans le voyage du roi en Angleterre, voyage dont nous aurons occasion de parler plus tard, la Hollande fut effacée de l'itinéraire royal. Il allait en être de même au retour, et déjà le roi allait passer de Belgique en Prusse, quand des envoyés hollandais vinrent déclarer à S, M. qu'ils avaient pleins pouvoirs pour promettre que, si elle venait à La Haye, les ratifications définitives d'accession du grand-duché de Luxembourg à l'union douanière prussienne y seraient échangées en sa présence. Cette accession eut lieu, en effet, et ce fut là un nouveau pas vers celle suprématie complète qui est la tendance de la Prusse, à qui il ne manque plus, pour devenir formidable, que l'accession şi désirée du Hanovre, d'Oldenbourg et des Etats maritimes du nord.

D'un autre côté, la Prusse cherchait aussi à attirer à elle la Bavière, en resserrant les næuds qui déjà unissent les deux royaumes. Le 5 octobre eut lieu, à Berlin, le mariage de la

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