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la question de la réforme de la constitution et celle de l'union suédo-danoise. L'une et l'autre sont graves à un égal degré, bien que l'une et l'autre n'aient point les mêmes adhérents. Parmi les hommes politiques, certains sont pour l'union scandinave, sans se prononcer pour la réforme; mais en général les partisans d'une réforme sont aussi les plus chauds prédicateurs de l'union. Au reste, ces deux questions ne semblent point avoir de lien direct entre elles. La cause de la réforme constitue une opposition vive, énergique; tandis que des amis sincères de la dynastie, des approbateurs de l'ordre actuel de choses, des ministres même accordent leurs sympathies à la cause de l'union. La troisième question débattue dans ce pays est la question du Schleswig et du Holstein.

La réforme en est, en Danemark, à peu près au même point qu'en Prusse, avec des différences tirées de l'esprit ou du passé politique des deux pays. Une représentation directe faisant les lois et votant l'impot, un changement radical dans la législation sur la presse, en un mot un gouvernement parlementaire à la place d'un gouvernement absolu, la puissance législative au pays, le pouvoir exécutif entre les mains d'un ministère responsable sous un roi inviolable, et le pouvoir judiciaire indépendant, tels sont les veux du Danemark, plus ou moins nettement formulés. Ils résument tous les débats des états provinciaux réunis cette année en session ordinaire. Les représentants de l'autorité royale, devant ces assemblées, ont opposé aux orateurs libéraux les mêmes fins de non-recevoir qui leur ont servi aux précédentes sessions à repousser toute proposition de réforme. Il est inutile d'entrer dans les détails de cette inféconde législature.

Cependant les mours démocratiques se développent sensiblement, en même temps que se répandent les lumières. Les fortunes s'égalisent, et l'État présente le singulier contraste d'une société presque libérale régie par un des gouvernements les plus absolus de l'Europe.

C'est au milieu de ce travail des esprits que se produit, avec un caractère de plus en plus sérieux, la question de l'union scandinave. Comme en Grèce, comme en Italie, le sentiment d'un même passé, l'espérance d'un même avenir, l'identité de langue et de religion ont fait naître, chez des peuples sortis de la même race et divisés seulement par des circonstances fortuites, le désir d'un retour à une nationalité collective. Des esprits éclairés, concluant du passé à l'avenir, ont pensé qu'une union intime était dans les destinées providentielles du Danemark, de la Suède et de la Norwège. Ils trouvaient d'ailleurs dans cette idée un moyen de former dans le nord une nationalité puissante par son intelligence et par ses forces matérielles. Tel est le sentiment qui a donné naissance à ce projet de réunion de la Scandinavie sous un même gouvernement. Le parti scandinave espère qu'éclairée par les manifestations de l'esprit public, la dynastie, près de s'éteindre et libre d'intérêts de famille, portera ses droits sur le fils aîné du prince royal de Suède. De cette manière, l'union fédérative des trois royaumes pourrait s'opérer sans secousse, et l'Europe aurait le spectacle d'une immense révolution politique pacifiquement accomplie. Reste à compter avec les obstacles qu'une puissance intéressée à la ruine de la Scandinavie fera naitre devant cette entreprise.

Comme contraste à ces tendances, ou plutôt comme conséquence de ce même sentiment des nationalités, deux duchés du Danemark, le Schleswig et le Holstein, celui-ci tout allemand, celui-là à moitié allemand, sont travaillés par l'esprit de division et prétendent se séparer de la famille scandinave. Cette année, les états provinciaux de ces deux duchés ont retenti des débats relatifs à cette affaire. On sait que le Holstein n’a de commun avec le Danemark que le gouvernement central : cette communauté, depuis si longtemps qu'elle subsiste, n'a point suffi à opérer une fusion des langues, des moeurs, de la législation, même à la faveur des affinités remarquables qui existent entre le caractère des peuples de la Germanie et ceux de la Scandinavie. La séparation du Holstein serait sans doute une perte de territoire pour le royaume; mais il serait débarrassé d'une population hostile turbulente, dont l'accession est moins peut-être une richesse qu'une entrave. Les partisans de l'idée scandinave en font bon marché. Quantau Schleswig, la partie aristocratia que de ce duché est généralement allemande, bien que le peuple soit danois. En outre, le Schleswig, uni au Holstein par la situation géographique, est placé sous la même administration locale et a la même cour d'appel. Le Holstein, en émettant le veu d'une séparation, essaie donc d'entrainer avec lui le duché de Schleswig. Ils s'uniraient alors et formeraient un Etat indépendant sous le nom de grand duché de Nordelbingien : ils resteraient les alliés du Danemark; seulement le Holstein ferait partie de la confédération germanique. Mais le Danemark tout entier combat cette idée du morcellement du Schleswig, et la diète du Jutland s'est énergiquement prononcée à cet égard. On indique, comme moyen pacifique de ramener les habitants du Schleswig à d'autres dispositions, une révocation de l'ordonnance royale qui a institué, il y a quelques années, la cour d'appel et l'administration locale commune aux deux duchés; la destitution des agents du gouvernement qui s'opposeraient à cette révocation; la création au chef-lieu de deux cours d'appel en deux langues pour la partie allemande et la partie danoise de la population; une égale justice rendue à tous; enfin l'attrait de la liberté de la presse, dont l'Allemagne ne jouit pas. Tel est l'état de la question.

La politique du gouvernement, dans ses rapports avec l'extérieur, a consisté à ratifier la convention pour le passage du Sund , à signer avec la France un traité de commerce basé sur le principe de la réciprocité (Voy. le texte Ann. hist. pour 1812.

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à l'Appendice), et avec la Prusse, Lubeck, Hambourg, etc., une convention pour l'exécution d'un chemin de fer qui doit relier Hambourg et Berlin (Voy, à l'Appendice. )

SUÈDE ET NORWÈGE.

L'agitation soulevée par les débats de la dernière diete s'était affaiblie, on pouvait déjà apprécier avec calme les résultats de cette législature. Quel changement s'était opéré dans l'état de la Suède ? Quel fruit lui revenait-il de la lutte si vivement engagée entre l'opposition et le gouvernement? Au fond, les conséquences des travaux de la diète étaient grandes et d'une bauteimportance, mais simplement comme manifestation d'un esprit public puissant et comme gage d'une activité féconde pour le pays. Les débats parlemer taires de cette session avaient eu également l'avantage d'aider les partis à formuler un programme et de les opposer franchement dans une lutte à armes égales.

Ces résultats généraux reposaient sur des résultats particuliers; les états avaient obtenu quelques réductions dans les chiffres du budget et le vote préliminaire d'une réforme dans la constitution. Le premier succès rappelait le gouvernement à la stricte observation des lois de finance et lui donnait la mesure des forces de l'opposition. Le second était une réelle conquête sur les partisans du système actuel de représentation; mais malgré ces succès, malgré sa foi en elle-même, l'opposition ne compte point obtenir à la diète prochaine le second vote nécessaire pour la consécration du nouveau projet de constitution. Elle paraît craindre qu'une partie des votes donnés par les ordres de la noblesse et du clergé ne manque complètement de sincérité, que les membres de ces ordres n'aient pas eu l'intention d'engager l'avenir, qu'ils n'aient voulu que faire une simple démonstration de désintéressement, qu'ils ne tiennent enfinà conserver

ees priviléges aristocratiques dont ils ont paru faire si bon marché.

Le pays tout entier, et dans le pays la classe moyenne, est particulièrement intéressé au succès de la réforme. En effet, par les dispositions de la constitution actuelle, la classe moyenne, qui s'agrandit chaque jour et qui comprend déjà une immense portion de la population, la classe moyenne qui a une grande part dans les lumières et dans les richesses de la Suède, n'en a aucune dans les affaires politiques. La noblesse, le clergé, la bourgeoisie, les paysans-cultivateurs eux-mêmes sont représentés à la diète : la classe moyenne De l'est pas. Et il faut ici se garder de confondre le sens de deux dénominations qui dans d'autres pays sont synonimes; en Suède, la bourgeoisie et la classe moyenne sont parfaitement distinctes; on entend par bourgeoisie cette partie des citoyens qui au sein des villes se livrent au commerce ou sont membres d'une corporation industrielle; c'est seulement depuis quelques années qu'on a admis dans cette classe les propriétaires de forges dont les établissements sont situés hors de l'enceinte des villes. La classe moyenne se compose des fils puinés de familles nobles et detous les hommes qui en dehors du clergé, des professions industrielles ou agricoles, cultivent les sciences, les lettres et les arts.

Il est vrai que le gouvernement accorde avec facilité les lettres de noblesse, et que les illustrations du pays trouvent assez souvent place dans la Chambre des nobles; mais un fait n'a jamais la valeur d'un principe, et cette pratique du gouvernement laisse toujours en dehors des affaires une foule d'hommes riches et éclairés. Outre l'impuissance d'une diète qui ne se rassemble que tous les cinq ans à suffire aux besoins sociaux, outre la nécessité d'une autre définition de la royauté et des attributions ministérielles, cette exclusion de la classe moyenne de la représentation nationale est un des arguments sur lesquels s'appuient les partisans de la réforme. De toute cette année leur activité ne

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