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Ainsi étaient réunies en une seule main l'autorité civile et l'autorité militaire, et Barcelone, en état de siége, était administrée par une dictature.

Jusque là les vengeances n'atteignaient que l'insurrection : le régent voulut punir Barcelone elle-même; une contribution extraordinaire de 12 millions de réaux fut imposée à la ville, et la province fut assujétie de nouveau à la loi du recrutement, à laquelle elle avait essayé de se soustraire.

On lit dans l'exposé des motifs des ministres, précédant la mesure relative à la contribution extraordinaire : « La justice, une justice rigoureuse et sans cruauté ni condescendance, est réclamée par le peuple. C'est aux tribunaux civils et militaires à faire cette justice. Le désarmement de la garde nationale est une mesure indispensable, ainsi que le désarmement des hommes qui n'ont pas le droit d'avoir des fusils. La courtine intérieure de la citadelle doit être reconstruite aux frais de ceux qui l'ont démolie. La seconde ville d'Espagne a été jusqu'ici trop lente à fournir son contingent d'hommes à la conscription et d'argent au trésor public. Ces lenteurs sont scandaleuses. La riche Barcelone doit payer comme des villes plus pauvres. »

En vain l'ayuntamiento adressat-il au capitaine-général une protestation s'appuyant sur la constitution. Il lui fut répondu que, la ville étant en état de siége, l'ordre de Son Altesse devait être exécuté, sans qu'aucune réclamation pût être admise.

C'était là le premier témoignage de douleur et d'indignation arraché aux esprits modérés et aux cours vraiment espagnols. La presse indépendante ne tarda pas à suivre cet exemple: de tous côtés on protesta contre ce bombardement inutile et contre les rigueurs sauvages qui l'avaient suivi. Les députés de Barcelone adressèrent au régent l'exposé suivant :

• Les députés soussignés de la province de Barcelone ne sauraient plus longlemps s'abstenir de témoigner à Votre Altesse la profonde douleur avec laquelle ils ont vu les mesures adoptées par le gouvernement contre la ville de Barcelone. Quelles que soient les causes des troubles de celle malheureuse ville, il reste toujours avéré que le gouvernement n'a pas agi dans les limites de la loi, qu'il a méconnu les veux des chambres, qu'il a enfreinl la conslitution de l'Etat, et qu'il s'est montré sourd à la voix de l'humanité. Les députés soussignés seraient indignes de représenter la province de Barcelone si, à la vue de lant d'illégalités et de lant de scandales, et quand ils ne peuvent faire entendre leur voix au sein de la représentation nationale, ils n'adressaient pas à Votre Altesse, en leur nom et au nom de leurs mandataires, de jusles et amères plaintes qu'ils ont jusqu'à présent dévorées. Fidèles interprètes des sentiments et des désirs d'un pays qui les a honorés de sa confiance, ils recourent à Votre Allesse pour qu'il soit mis promple et bonne fin aux maux qui allligent l'industrieuse et patriolique cilé de Barcelone, digne à tant de titres d'un meilleur sort. La loi, la justice la politique et l'humanité demandent une mesure énergique et digne d'une Dalion libre.

· Les ministres actuels ne peuvent pas gouverner plus longtemps la nalion. Avec eux doivent disparaitre leurs mesures inconstitutionnelles ; et s'il appartient aux chambres de les accuser et de les juger, il vous appartient, Altesse, de leur relirer immédiatement votre confiance. Tels sont les sentiments et les désirs des députés soussignés ; nous espérons que votre Allesse les prendra en consideralion.

Madrid, 25 décembre 1842.

» PBDRO MATA, JOAQUIM ALCORIZA, JUAN VILARECUT, AN

TONIO VIDAL, PABLO Pelacus. •

A Madrid, les élections municipales furent faites dans un esprit d'opposition au gouvernement d'Espartero. Enfin, au retour du régent, la municipalité de la capitale se refusa à toute démonstration et l'accueillit avec un silence signifi

catif.

Telle était la situation dans les derniers jours de l'année: quelques villes insurgées, terrifiées par l'exemple de Barcelone, s'étaient soumises : mais la révolte n'était pas terminée, et une révolution morale commençait dans toute l'Espagne. Espartero s'était mis en dehors des voies d'une action calme et régulière, et tout pouvait faire présager que le gouvernement du régent, désormais anti-national, serait bientôt entrainé à sa perte sur cette pente fatale de la violence où il s'était engagé.

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CHAPITRE VII.

PORTUGAL. État des partis.-Les chiartistes et les septembristes.--Influence

des alTaires d'Espagne.-Ouverture de la session.-Discours de la couronne.- Prorogation des Cortès.- Élections municipales. - Démonstrations chartistes à Oporlo.-Tentative de mouvement.-- Insurrection.Proclamation de Costa-Cabral.-Destitution du ministre.- Proclamalion de la reine.:-Adresse des députés de Lisbonne.-Développement de l'insurrection.-Demission en masse du ministère. — Ministère nouveau.Son caractère.-L'émeule à Lisbonne.-- Insurrection de la garnison.Declaration de la reine.--Ministère nouveau.-Ses dispositions apparentes et ses sympathies réelles.-Dépulation de la municipalilé.-Rétablissement de la charle.-Situalion vis-à-vis de l'Espagne et de l'Angleterre. Administration nouvelle. — Traités avec l'Angleterre. – Réglement de commerce pour Madrid. --Rapports avec Rome.- Elections.-Ouverture de la session.— Discours de la reine.-Adresse des deux Chambres. Discussion à la Chambre des pairs au sujet du droit de visite.--Siluation générale.

On sait que le parti septembriste a une telle ressemblance d'origine, une telle conformité de vues dans la politique intérieure avec les exaltés d'Espagne, qu'il se réjouit de leurs triomphes et s'afflige de leurs échecs. Cependant au moment même où les exaltés, arrivés au pouvoir, s'y affermissaient par la répression de l'émeute, les septembristes semblaient avoir perdu de leur force et de leur crédit, soit que les chartistes offrissent en effet plus de garanties de prospérité pour le pays, soit qu'ils eussent pour eux plus d'habileté gouvernementale et plus de moyens d'action sur les esprits. Aidés, d'ailleurs, par les secrètes sympathies de la reine et les veux actifs d'une puissance influente à Lisbonne, ils avaient acquis une certaine autorité dans les chambres et une certaine confiance en eux-mêmes, qui leur permettaient d'oser et leur conseillaient d'entreprendre. Il s'agissait non pas seulement de gouverner suivant les principes chartistes avec la constilution établie en 1838; on poussait l'ambition et l'espérance jusqu'à vouloir et attendre le renversement de cette constitution et le rétablissement de la charte de don Pedro. Si, d'une part, la cour comprenait les dangers, ou du moins les inconvénients graves de cette mobilité des institutions, de l'autre elle avait des prérogatives à reconquérir que lui avait enlevées la dernière constitution, et que lui devait rendre la charte. Peut-être le mouvement christino qui avait eu lieu en Espagne avait-il paru une occasion favorable; peut-être avaiton été sur le point d'agir; il est au moins vraisemblable que la victoire des insurgés aurait déterminé la tentative des chartistes en Portugal, et que le succès des exaltés fut la cause qui fit différer la réalisation de ce projet. Le secret de cette conception appartenait à la cour et à quelques-uns des chefs du parti , dont l'un occupait un rang distingué dans le ministère actuel. Tel était l'état des choses au commencement de cette année. L'ouverture de la session législative se fit au milieu d'un grand calme dans les esprits. Le discours, prononcé au nom de la reine, par le ministre de l'intérieur, M. Aguar, était insignifiant, excepté peut-elre en ce qui touchạit les colonies. Le gouvernement appelait toute l'attention des chambres sur cette partie du royaume, dont la situation et les besoins réclamaient des remèdes prompts et efficaces, tant pour le bien de leurs habitants que pour la prospérité générale du commerce et de la navigation du Portugal.

Le discours constatait l'état pacifique des relations du ca. binet avec les puissances étrangères, et les efforts qu'il faisait pour étendre ses rapports à l'extérieur et ouvrir de nouveaux débouchés aux produits portugais.

Dans le dernier paragraphe, il exprimait le vœu de voir la chambre prendre les mesures nécessaires à une meilleure

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