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mis à profit les événements; on acceptait avec bonheur une contrainte apparente, contre laquelle on n'avait fait qu'une apparente résistance, en se glorifiant même d'une fausse déférence pour la volonté nationale. Lorsque la municipalité se presenta au palais, le décret de rétablissement de la charte était déjà rendu; la magistrature suprême avait prévenu cette occasion de paraître céder aux væux de l'autorité civile elle-même, et l'impolitique promptitude du pouvoir à recueillir le fruit des intrigues qu'il avait proposées avait cette fois devancé la promptitude des subalternes à le lui offrir.

Cette révolution n'avait point coûlé de sang; la royauté y avait peu gagné; car sa force n'est point dans l'étendue de ses priviléges, mais dans la solidité des principes sur lesquelles elle repose. Mais on devrait encore juger la situation nouvelle avec indulgence, si du moins le pays, par l'alfaiblissement d'un parti , y avait gagné une plus grande stabilité ministérielle et par suite plus de force dans l'exercice du pouvoir et plus d'unité dans les lois. En effet, avec l'Espagne, bien que sur une échelle moins large, le Portugal est le pays de l'Europe qui sent le plus le besoin d'être gouverné.

Deux puissances étrangères étaient intéressées dans les changements politiques qui venaient d'avoir lieu en Portugal, c'étaient l'Angleterre et l'Espagne. Espartero devait voir avec déplaisir la défaite d'un parti qui ressentait pour lui de vives sympathies, lui prêtait son appui moral et pouvait, dans un temps et dans des circonstances donnés, lui rendre d'utiles services. Il n'ignorait point les liens moraux qui unissent les chartistes de la cour de Portugal à la cause des modérés espagnols et de la régente déchue. L'Angleterre au contraire s'était ouvertement réjouie du succès d'un parti élevé dans le respect de l'alliance anglaise et d'une constitution conçue sous l'influence de l'esprit anglais, cette contradiction d'intérêts inégalement puissants, entre la GrandeBretagne et Espartero au sujet de la révolution portugaise, le crédit et au besoin l'autorité du cabinet de Londres sur celui de Madrid, assuraient à la cour de Lisbonne la jouissance paisible des bienfaits de la charte. Les autres puissances n'avaient point, dans la question, d'intérêt immédiat et appréciable.

Une fois le pays rentré sous le régime de la charte octroyée, il lui fallait une administration en harmonie avec la constitution nouvelle. Les auteurs du mouvement qui l'avait rétablie se présentaient pour recueillir la succession d'un ministère entièrement transitoire de sa nature et des fonctions militaires ou administratives remplies auparavant par des septembristes. M. de Costa-Cabral, promptement rentré en grâce à la cour, fut chargé de la formation d'un ministère; mais les services éminents qu'il venäit de rendre à son parti ne lui avaient point assuré l'autorité morale qu'il espérait; la franchise audacieuse qu'il avait déployée en quittant son portefeuille pour se mettre à la tête d'une émeute et travailler, lui ministre en vertu de la constitution de 1838, à renverser cette constitution, avait blessé certaines susceptibilités jalouses de la dignité des hauts fonctionnaires publics, certains esprits méticuleux qui ont horreur des allures brutales et veulent qu'en tout on sauve les apparences. M. de Costa-Cabral prit le portefeuille de l'intérieur, qu'il ambitionnait depuis longtemps, mais il rencontra de nombreuses difficultés dans la constitution de son cabinet. Plusieurs départements demeurèrent sans chef.

Les Chambres avaient d'abord été convoquées pour le 10 juin ; mais le temps demandé par les élections nouvelles, suivant le système à deux degrés établi par la charte, fit reporter l'ouverture de la session au 10 juillet.

Dans l'intervalle le gouvernement signa deux traités qui étaient depuis longtemps l'objet de son attention et dont les derniers événements rendaient la conclusion plus facile; l'un concernait la traite des nègres, l'autre le comann. hist. pour 1812.

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merce; tous les deux étaient conclus avec l'Angleterre, qui avait déployé dans cette circonstance toute l'activité de sa diplomatie et l'habileté qu'elle met d'ordinaire dans les questions qui intéressent son commerce. Dans le premier, ie Portugal, dont les colonies pratiquaient encore la traite, reconnaissait le principe du droit de visite et l'accordait à l'Angleterre avec la clause illusoire de réciprocité; dans le second, il réglait les relations commerciales des deux pays, rendues incertaines durant les dernières années par les dispositions hostiles des septembristes pour l'Angleterre; toutefois le gouvernement obtenait pour le commerce portugais des facilités dont il n'avait point encore joui jusqu'alors, et quoique le royaume ne fût pas soustrait aux conséquences de l'importation des produits anglais, la situation de l'industrie portugaise se trouvait désormais placée dans des conditions meilleures.

En même temps, le ministère avait établi un réglement de commerce pour l'ile de Madère; les représentants des puissances absolues, ceux de Rome, de la Sardaigne et de la Prusse étaient arrivés à la cour et témoignaient au chef de l'État les plus bienveillantes intentions; ils n'avaient pu qu'applaudir au rétablissement de la charte octroyée ; l'internonce de Rome avait été l'objet particulier de l'empressement du gouvernement et de la reine. En effet, sa présence à Lisbonne était une précieuse garantie de la soumission du clergé à l'autorité établie, et un dernier coup porté aux prétentions miguelistes; enfin elle prévenait de fâcheuses scissions religieuses, qui auraient pu éclater au sein du clergé, affliger l'Église et le pays.

La reine ayant donné le jour à un fils, le pape consentit à en etre le parrain, et lint en effet le jeune prince sur les fonts baptismaux par l'intermédiaire de son inter

nonce.

Ce fut une double cause de satisfaction et de joie pour le gouvernement.

Tel était l'état des choses à l'ouverture de la législature nouvelle. Le ministère se présentait devant elle avec confiance; le résultat des élections lui avait été favorable : l'esprit de la charte semblait avoir subitement passé dans le pays légal.

La reine ouvrit elle-même la sessiop par le discours d'usage. Elle commença par rappeler les événements qui avaient amené le renversement de la constitution de septembre. S. M. s'exprimait ainsi à ce sujet :

« La volonté nationale spontanément manifestée dans ce royaume me dé. termine, ainsi que le prescrit un devoir sacré, à déclarer en vigueur, comme loi fondamentale de la monarchie, la Charle constilutionnelle émanée de mon augusle père, d'heureuse mémoire. »

Les paragraphes suivants du discours royal avaient trait aux faits de politique extérieure qui s'étaient accomplis de. puis la dernière session et en contenaient la simple exposition. Cependant le paragraphe relatif aux relations du pays avec la cour de Rome mérite d'être cité pour montrer le sentiment de joie sincère que le rétablissement de ces relations causait au gouvernement de la reine :

« C'est avec une vive satisfaction que j'ai vu arriver à ma cour l'internonce de Sa Sainteté le Pape; les lumières et les vertus du souverain pontife sont un sûr garant de concorde et permettent d'espérer que l'Église portugaise jouira (sans aucune infraction aux prérogatives de ma couronne, que mon gouvernement ne laissera jamais altaquer) de la paix dont il a tant besoin pour la conservation de l'ordre public et le repos des consciences. »

La reine terminait en invitant les cortès à poser définitivement les bases du nouveau système financier, à développer les vastes ressources des colonies et à perfectionner toutes les branches de l'administration.

Des adresses entièrement conformes aux vues du ministère furent votées à une grande majorité. Les cortès y exprimaient le veu que le régime constitutionnel fût appliqué aux colonies d'outre-mer.

Cependant la discussion avait été vive à la Chambre des pairs sur la conclusion des affaires relatives au droit de visite.

Le comte de Larradio dit qu'il approuvait le traité ainsi que le décret relatif à l'abolition de l'esclavage, mais il ajouta qu'il avait des doutes sur l'exécution d'un traité fait entre deux nations dont l'une est plus puissante que l'autre. Il demanda si, avant de signer le traité, le gouvernement britannique avait donné satisfaction pleine et entière de l'injure faite à la nation portugaise par le bill voté en août 1839 (Voy. l'Annuaire de cette année). Enfin, il s'enquit des caractères et des limites de durée de ce traité, des mesures prises pour assurer le commerce et l'indépendance du Portugal contre les abus possibles du droit de visite.

Le négociateur du traité, M. de Palmella, répondit :

• Les questions d'honneur ne se traitent pas entre les gouvernemenls comme entre les particuliers; lorsque le bill en question fut publié, il sut dit de part et d'autre lout ce qu'il était possible de dire; mais quant à l'aclion, il ne restait au Portugal que le choix entre la guerre ouverte et les réclamations et les protestations. Le premier moyen était difficile, pour ne pas dire impossible. Aussi le gouvernement de Sa Majesté suivit-il le second en adressant sa protestation aux puissances, et en demandant même la médiation d'un gouvernement puissant signataire du traité de la quadruple' alliance. Il n'y a pas eu, que je sache, de réponse à celle protestation, pas même d'accusé de réception, et quant à la médiation demandée, l'on nous fit savoir que notre désir avait été communiqué au gouvernement britannique, que la réponse (dont la copie nous fut montrée) était une nouvelle insulte beaucoup plus grave que la première bien que moins ostensible, et que le gouvernement français ne ferait rien en notre faveur ; par conséquent nous fûmes complètement abandonnés, et cependant nous avons continué à protester, loutes les fois qu'on nous en a donné un molis. Le seul moyen de sortir d'une position si désagréable et si humiliante était de signer un įraité qui mit un terme à cet état de choses et qui contînt les mêmes condilions stipulées entre l'Angleterre et les grandes puissances de l'Europe. La signature de ce traité par l'Angleterre est une déclaration tacile et explicile que le moyen employé primitivement contre le Porlugal n'était ni juste ni régulier, par conséquent c'est une satisfaction, la seule qu'on ail pu oblenir dans les circonstances où nous nous trouvons et avec des formes aussi

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