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Comme la nature des choses et la différence des pouvoirs l'explique, la discussion fut plus longue et plus ardente à la Chambre des députe's : le projet d'adresse lu à la tribune le 14 janvier, ne contenait aucune parole qui ne fût entièrement d'accord avec la politique du ministère, en ce qui touchait les faits accomplis ou la conduite à suivre.

Le débat sur l'ensemble, qui occupa deux séances (17 et 18 janvier), présente dans toutes ses phases un caractère à peu près uniforme et assez vague : d'un côté, les orateurs qui consacrent la convention du 13 juillet : de l'autre, ceux qui l'approuvent : les intérêts de la marine, la question com. merciale, le recensement, la corruption électorale, les dissentiments diplomatiques survenues récemment entre le Cabinet des Tuileries et celui de Madrid, sont simplement rappelés comme pour mémoire; mais l'examen des articles ramena la Chambre sur toutes ces questions, et aucun sujet qui eût trait aux intérêts actuels du pays ne fut passé sous silence.

19 Janvier.-M. Guizot prit le premier la parole sur l'article 1er. — Il avait mis sous les yeux de la commission les pièces relatives aux négociations qui avaient amené la rentrée de la France dans le concert européen ; il en donna une analyse à la Chambre : la connaissance des faits n'était-elle pas nécessaire pour en apprécier les résuitats?

A l'aide de ces dépêches, M. Guizot essayait de démontrer que c'était en considération de la France, par le désir de vivre en bonne intelligence avec elle, de maintenir de concert avec elle la paix générale de l'Europe, que l'hérédité avait été accordée au pacha, que toute tentative contre lui en Égypte s'était arrêtée, et que le but réel de la note du 8 octobre avait été atteint par l'influence et sans menace : une fois l'hérédité accordée et la question d'Egypte terminée, alors avait commencé à se manifester à Londres de la part des puissances, le désir de rentrer officiellement en bons rapports avec la France, on avait commencé à faire des ouvertures au Cabinet français : la France s'était refusée à

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entrer en négociations avant que la question égyptienne fût réellement terminée. Elle ne l'était pas par le Hatti-Scheriff du 13 février ; mais elle l'avait été par celui du 25 mai, dû à l'influence de la France. Après ces événements, la France aurait-elle persisté dans son isolement? Pouvait-elle se refuser à rentrer dans le concert européen ? La question de Constantinople seule n'était point encore résolue. Mais quel est le but que se propose la politique européenne à l'égard de Constantinople ? N'est-ce pas depuis longtemps de soustraire ofliciellement Constantinople à tout protectorat exclusif, d'introduire la Turquie dans le droit public européen, de faire en sorte que la Turquie ne soit plus le Portugal de la Russie? N'est-ce pas là, ce que la France a toujours elle-même proclamé ? Ainsi la France avait pu signer le traité du 13 juillet sans abdiquer aucune partie de sa politique, de son indépendance. On s'effrayait de ces mots concert européen! Mais cela voulait-il dire que la sainte alliance fût ressuscitée? Non; ce que l'on appelait concert européen, « c'était simplement l'esprit de paix entre les grandes puissances : c'était la manifestation de cette pensée commune, que si quelque grand événement survenait, avant de recourir aux chances de la guerre, on essaierait de s'entendre et de résoudre en commun la grande question politique. -C'est à cette politique que, depuis plus de vingt ans, l'Europe devait la paix; c'est à cette politique, que la Grèce et la Belgique devaient leur existence. Jamais, ajoutait le ministre, jamais de grands événements ne s'étaient ainsi accomplis pacifiquement, régulièrement par la seule puissance des négociations et du bon sens européen. - Il n'y a pour un pays que de trois systèmes politiques possibles : les alliances, l'isolement, ou l'indépendance au sein de la bonne intelligence. Pour les alliances intimes, M. Gaizot pensait que le moment était passé : quant à la politique d'isolement, c'était une politique transitoire, qui tenait nécessairement à une position plus ou moins criti

Ann. hist. pour 1842.

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que et révolutionnaire : il faut l'accepter quelquefois, il ne faut pas la réduire en système. D'ailleurs, l'alliance intime avec l'Angleterre a pourla France l'inconvénient de resserrer l'alliance des trois grandes puissances continentales. L'isolement a l'inconvénient plus grave encore d'amener l'alliance des quatre grandes puissances. Restait donc la politique de l'indépendance au sein de la bonne intelligence; c'est dans cette politique que la France était entrée le 13 juillet:

Le ministre des affaires étrangères répondait en terminant, au reproche fait par l'opposition à la politique de la France, de manquer de dignité : il n'était pas vrai que depuis 1830, la France fût abaissée; elle avait débuté par l'acte d'indépendance le plus grand, le plus éclatant que jamais un peuple eût accompli: elle s'était immédiatement dégagée de toute influence, de toute apparence d'influence étrangère dans ses affaires intérieures et dans son gouvernement. Elle n'avait pas depuis, quoi qu'on en pût dire, trahi la cause des peuples : d'abord, M. Guizot ne reconnaissait pas la parenté de toutes les révolutions avec la notre. Nous avions eu pour notre révolution des motifs légitimes, une nécessité actuelle évidente : aucun des événements qu'on appelait analogues, en Europe, ne s'était produit avec de tels caractères. - Il n'était pas vrai que nous eussions abandonné ni la Lelgique, ni la Suisse, ni l'Espagne : nous les avions avouées et soute. nues de manière à les faire réussir. Mais l'Italie et la Pologne ? M. Guizot pensait qu'il était du devoir des bons citoyens de n'en point parler : la politique de la France à leur égard, avait été bonne et sage, conçue dans l'intérêt du pays, et selon les règles du droit des gens et de la raison : l'oraleur était prêt à recommencer cette discussion si on l'exigeait, mais il ne la croyait bonne pour personne.

Ce discours se terminait par ces paroles :

« Nous assistons en vérité à un étrange aveuglement : par une bonne forlune rale, nous sommes appelés à prospérer, à nous honorer, à grandir

à influer en Europe par les voies régulières et morales, par le respect du droil, par l'ordre, par la paix ; et on s'en plaint, on s'en dégoûte, on voudrait nous ramener dans les voies de la politique agressive et belliqueuse! Ah! Messieurs, c'est méconnaître loutes les conditions actuelles de la grandeur et de l'influence : dans l'état actuel de l'Europe, c'est précisément à la politique tranquille et régulière, c'est précisément au maintien de lous les intérêts réguliers et pacifiques, que la grandeur et l'influence sont allachés, aussi bien que la prospérité intérieure des nations. Ne nous détournez pas de cette voie pour nous faire marcher vers un abîme en nous traînant dans une ornière.

Je dirai plus : c'est méconnaitre également la grande pensée, la pensée nationale de la France en 1789. Ce que voulait cette pensée, c'était, d'une part, le gouvernement libre, de l'autre, le développement pacifique de la civilisation générale : voilà quel était l'instinct national, le võu, et ce qu'on a appelé le rêve de la France en 1789. Le régime révolutionnaire, le régime impérial, les égarements de la propagande et de la conquête, ont été des deviations naturelles , inévitables, mais des déviations réelles de celle pensée primitive et profonde. Eh Messieurs! nous y ramenons la France : oni, nous entendons mieux que vous le véritable veu de nos pères; nous sommes plus fidèles que vous à leur intime pensée politique : paix et liberté, c'élait là leur væu; c'était là le fond de toutes leurs croyances, souvent aveugles, inexpérimentées, mais sincères et bienveillantes pour l'humanité tout entière,

M. Duvergier de Hauranne prenant, comme le ministre, la question extérieure à l'avénement du 29 octobre, répondit que d'une part, le Cabinet avait trouvé la cession de l'hérédité du pacha toute faite, et que d'autre part, il y avait possibilité, chance d'obtenir une concession. Les négociations avaient abouti au Hatti-Scheriff du 25 mai; mais que contenait ce Hatti-Scheriff? Une clause qui, à chaque vacance, remet en question le sort du pacha; puis une autre clause qui, après avoir imposé au pacha des conditions reconnues inexécutables, ajoute, que l'inexécution d'une seule de ces conditions, fera tomber la concession toute entière. « Et vous dites, continuait l'orateur, que vous avez obtenu quelque chose de plus que le Cabinet précédent ! Je dis moi que Fous avez obtenu beaucoup moins! Je dis que vous avez laissé périr entre vos mains l'héritage que vous avez reçu. »

Mais du moins, le peu que Méhémet avait obtenu, le devaitil à la considération de la France ? M. Duvergier de Hauranne était loin de le penser. N'était-ce pas en présence du Cabinet actuel qu'avait été rédigée la note du 14 novembre, cette note qui, avec une si insultante ironie, refusait à la France le droit de prendre aucune part à la négociation égyptienne? N'était-ce pas en présence du Cabinet actuel que lord Palmerston, sûr de la paix, avait renoncé à l'idée d'une démarche collective envers la France? N'était-ce pas en présence du Cabinet actuel qu'avaient été faits tous les actes, écrites toutes les dépêches qui constataient de la manière la plus formelle notre exclusion de la négociation ? Et cette situation si déplorable, le Cabinet n'avait pas hésité à l'accepter! Quant aux négociations qui avaient amené la convention du détroit, M. Duvergier de Hauranne les résumait ainsi : Dans cette affaire chacune des puissances a eu son rôle : le rôle de la Russie a été d'imaginer et de conduire à maturité une combinaison hostile à la France; le rôle de l'Angleterre, une fois la combinaison adoptée, de l'exécuter, vivement sans hésitation et sans retard ; le rôle de la Prusse et de l'Autriche, de paralyser et d'endormir notre action par des ouvertures amicales, pendant que l'affaire se faisait, et, une fois l'affaire faite, de nous déterminer par quelques bonnes paroles à subir notre échec.

Pour ce qui était de la convention en elle-même, l'orateur en dénonçait vivement l'insuffisance. Ce discours peut d'ailleurs se résumer en deux mots : l'influence exercée par la France a été nulle et les concessions dont se prévaut le ministère sont dérisoires. M. Duvergier terminait par des paroles utiles à consigner; elles se rapportent à un fait politique dont l'opposition et le parti doctrinaire avaient attendu de grands résultats, la coalition.

« Il y a trois ans, la moitié de la Chambre éleclive, M. le ministre des affaires étrangères élait de cette moitié, crul que l'influence et la puissance

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