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libre de toute préoccupation philosophique, permet de croire que cette Église subsistera longtemps, et que le cabinet russe ne réussira à l'abattre qu'en employant toutes les ressources de sa politique.

La Russie trouve une résistance d'un autre genre dans les montagnes du Caucase. Là, des peuplades musulmanes, relevant autrefois du Grand-Seigneur pour le dogme religieux, mais politiquement indépendantes, ont été absorbées par l'empire russe à la faveur de l'obscurité qui pèse sur ces pays. Quoi qu'il en soit des droits de la Russie à la possession et de ceux de la Circassie à l'indépendance, les deux peuples continuent à se livrer de sanglants combats. Le reste de l'Europe n'en connait point les détails, mais les hommes politiques sont frappés des lenteurs d'une lutte si longue entre de si petites peuplades et un si vaste empire, soit qu'ils en attribuent la durée à l'impuissance militaire ou aux calculs de la Russie. Les uns, en effet, n'accordent à ce pays qu'une apparence de force même matérielle, dont l'action, d'ailleurs, peut être facilement paralysée par la nature des lieux et le caractère spécial de cette guerre; les autres pensent que le gouvernement moscovite laisse à dessein la guerre se prolonger pour entretenir dans la nation l'esprit militaire, et permettre à la génération nouvelle d'y faire l'apprentissage des armes. Peut-être ici la nécessité est-elle plus forte que la prévoyance; mais au moins est-il vraisemblable de penser que si, sur ce terrain, le cabinet russe ne fait pas les événements, du moins il sait les faire tourner au profit du présent pour la plus grande force de l'avenir.

La Turquie est toujours l'objet principal de l'attention du cabinet russe; il est intervenu cette année en plusieurs circonstances dans les affaires de la Porte: une première fois comme médiateur dans le différend qui s'est élevé entre elle et la Perse, et successivement comme partie intéressée et comme co-protecteur dans les démêlés survenus entre le divan et ses principautés du Danube.

En Moldavie et en Valachie, il a donné plus de solidité à son influence en en faisant une heureuse épreuve. Ses candidats à l'hospodarat l'ont emporté, malgré l'appui que d'autres puissances plus ou moins intéressées dans la question ont pu donner au parti opposé. Quant à la Servie, la politique russe n'a obtenu qu'un succès contestable. Après le renversement du prince régnant et l'installation du nouveau souverain, le gouvernement russe adressa de pressantes protestations à la Porte contre la sanction qu'elle avait donnée à la révolution serbe; il invoqua les traités qui consacrent la forme du protectorat relativement à la constitution de la Servie; il contesta la légalité de l'acte qui avait porté au pouvoir le prince régnant.

« Il m'a été douloureux, disait à ce sujet l'empereur, dans une note diplomatique, de voir le sultan s'écarter de la ligne que les stipulations et les traités les plus formels avaient fixée, de le voir oublier les justes droits d'une puissance qui a toujours rendu des services signalés à l'empire ottoman, et cela pour sanctionner le triomphe de la révolte et ratifier l’élection d'un usurpateur, que des sujets traitres envers leurs princes avaient osé proclamer les armes à la main. »

Tels étaient les termes mêmes de l'un des principaux passages de la dépêche; ils résument les raisons sur lesquelles la Russie motivait sa conduite. La Porte, comme étonnée de sa propre audace, opposa une ombre de résistance. L'Autriche, dont les intérêts étaient en question, resta dans une inaction que peut seule expliquer la crainte que lui inspire le réveil des nalionalités qu'elle renferme. L'Angleterre, moralement engagée par le traité du 15 juillet, ne pouvait ouvertement encourager l'honnête effort de la Turquie, et la France persistait à ne voir point dans ces querelles une raison suffisante d'énergique volonté et de démonstration hostile. Dès-lors, on pouvait aflirmer que la Russie poursuivrait son dessein de faire remettre aux chances de l'élection l'événement qui l'avait inquiétée, et que la Turquie, abandonnée à elle-même, n'aurait point la force de retenir jusqu'au bout ce rare bienfait de la fortune. Cependant, on verra plus tard la France et l'Angleterre protéger de leur appui moral les efforts de la Turquie, et l'attitude que prendra unanimement l'esprit public en Servie pourra être considéré comme un échec pour la diplomatie russe dans ce pays.

Des disficultés, moins graves en elles-mêmes que par les conjonctures auxquelles elles pouvaient donner lieu, sont venues troubler les relations de bonne amitié qui unissent ce pays à la Prusse. On en a cherché le motif dans la position hardie et nationale que le roi de Prusse a prise vis-à-vis de l'Allemagne en arrivant au trône, et dans la manière presque libérale dont il a voulu traiter ses sujets polonais du duché de Posen; mais le différend reposait aussi sur des griefs plus saisissables, sur des intérêts actuels et vivement débattus. Le cabinet de Berlin refusait de souscrire désormais au principe d'extradition pour les déserteurs russes, et particulièrement polonais, qui se réfugient en grand nombre sur le territoire prussien:

C'était le moment de se prononcer sur cette question. En effet, le cartel qui consacrait les dispositions relatives aux déserteurs expirait cette année (il avait été signé le 17 mars 1830, pour douze ans). Depuis la dernière révolution polonaise et l'extension du service militaire de dix à quinze ans, la désertion avait pris d'immenses développements. La Russie avait donc un intérêt très-grand au renouvellement de la convention d'extradition. Mais les sujets prussiens, ayant eu depuis douze années sous les yeux le spectacle des poursuites sévères dirigées contre les infortunés déserteurs, avaient conçu pour cette pratique un profond éloignement. L'opinion s'était énergiquement prononcée; si bien que, la Russie offrant à la Prusse, en compensation du cartel, une modification au tarif des douanes, la chambre de commerce

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de Kænigsberg avait déclaré hautement que le principe d'extradition ne pouvait étre, dans cette circonstance, accordé à aucun prix.

Le cabinet russe réforma son réglement des douanes, et y introduisit quelques facilités pour le commerce prussien, mais il ne put obtenir le renouvellement du cartel ; c'est, du moins, ce qui résulte du rescrit du ministre de l'intérieur de Prusse, du 24 novembre, par lequel il déclare aux présidents des provinces limitrophes que l'on doit admettre sur le territoire du royaume ceux des déserteurs russes qui pourront gagner leur vie par le travail, et reléguer les autres dans les lieux destinés à les recevoir.

POLOGNE. L'histoire de la politique russe dans ce royaume n'est que le développement des mesures dont nous avons donné l'historique ; c'est la continuation de l'envahissement progressif des institutions et des idées polonaises par les institutions et les idées russes. Dès les premières années qui ont suivi la conquête, les fondements de cette politique ont été posés, et sur cette base, habilement dissimulée, s'est élevé un vaste système de dénationalisation qui prend toutes les formes et s'étend sur toutes choses. L'ukase du 18 septembre 1841, qui substitue au tribunal suprême et au conseil d'État du royaume de Pologne deux nouveaux départements du sénat russe, a été mis à exécution et developpé par un ukase du 25 mars de cette année; de telle sorte que la forme politique et le droit civil polonais disparaissent à la fois. L'ukase du 7 mars 1837, qui a substitué à la division du territoire en palatinats la division en gouvernements, a reçu aussi une extension nouvelle par un ukase du 11 oCtobre, qui abolit les dénominations de district et d'arrondissement, et les titres mêmes des fonctionnaires qui y sont préposés, pour y substituer les dénominations et les titres usités dans l'empire.

Quant à la religion catholique, qui est une partie si importante de la nationalité polonaise, outre l'application de Ann. hist. pour 1842.

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l'ukase, qui fait des biens du clergé des domaines nationaux, elle fut frappée d'un nouveau coup par l'ordre de la translation de l'Académie ecclésiastique de Wilna à Saint-Pétersbourg. Après de longues et impuissantes négociations, relatives au retour des uniates à la communion grecque et aux souffrances de l'Église catholique dans tout l'empire, et pärticulièrement en Pologne, la cour de Ronie fit appel à l'opinion publique. (Consistoire du 22 juillet.) D'autre part, les chambres françaises avaient reproduit leur protestation annuelle au roi; et, en Angleterre, le chef du cabinet, sur la motion d'un membre, avait déclaré explicitement que la Pologne n'est point une province russe, que l'Angleterre conserve le droit de discuter tout ce qui jamais peut être résolu à l'égard de ce pays, enfin que la nationalité polonaise peut etre écrasée à force d'or et de sang, mais qu'elle ne saurait être détruite.

La Russie n'en persiste pas moins à refuser toute satisfaction aux griefs du Saint-Père, et à ne tenir aucun compte de tardives protestations politiques.

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