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dai à l'un d'eux qu'il proposât le sujet de la dis- la sagesse sont nécessairement atteints de ces pute : et la voici d'un bout a l'autre.

maladies. Etre malade, c'est n'avoir plus la santé; IV. L'AUDITEUR. Il me semble que l'âme du or tous ceux qui n'ont pas la sagesse, sont masage est susceptible de chagrin. Cicéron. Vous lades; donc ceux qui n'ont pas la sagesse sont semble-t-elle aussi susceptible des autres pas- fous d'après l'étymologie du mot (insaniunt). sions, de la crainte, des désirs immodérés, de Nos pères pensaient que la santé de l'esprit conla colère ? C'est là en effet ce que les Grecs nom- siste dans une certaine tranquillité, et égalité, ment trúgn, expression que je pourrai traduire dont le défaut est infirmité et folie (insania), littéralement par maladies; mais parler ainsi, comme ils l'appelaient, car au milieu des perce serait s'écarter de l'usage. Car les Grecs ap- turbations de l'esprit, comme parmi celles du pellent la pitié, l'envie, l'ivresse de la joie, corps, il n'est plus de santé. des maladies, et les définissent des mouvements V. J'admire aussi le nom de déraison, . de l'âme, en opposition avec la raison ; nous ap- mence, qu'ils ont donné aux affections de l'âme pelons nous ces mêmes mouvements d'une âme où ne se rencontre plus la lumière de la raison. agitée, des passions (perturbationes), et je crois L'étymologie prouve manifestement que nos l'expression juste; les nommer des maladies, ce pères en formant ces mots, étaient convaincus, serait faire violence à l'usage; que vous en sem- comme le furent depuis Socrate, et les Stoiciens ble? L'A. Je suis entièrement de votre avis. qui reçurent de lui et retinrent fidèlement ce C. Vous dites donc que vous croyez l'âme dogme, que tous ceux qui n'ont pas la sagesse du sage susceptible de passions? L'A. C'est là ont l'esprit malade. L'esprit atteint de quelque mon avis. C. Alors cette sagesse dont on fait maladie (ces maladies de l'esprit, selon les philotant de bruit ne mérite pas en vérité grande es sophes, sont, comme je viens de le dire, les pastime, car elle ne diffère pas beaucoup de la fo sions en mouvements violents) n'est pas plus en lie. L'a. Quoil il n'est point de trouble de l'âme santé que le corps affecté de quelque indisposique vous ne regardiez comme insensé? C. tion grave. D'où il résulte que la sagesse est la Non pas moi seulement, mais, ce que je ne santé de l'âme; Otez la sagesse, plus de santé; et puis me lasser d'admirer, nos ancêtres en ont jugé il faut avouer que la langue latine exprime beauainsi bien des siècles avant Socrate, le père de coup mieux toutes ces idées que la langue grectoute cette philosophie régulatrice des mœurs que; avantage que nous retrouverons en bien et de la vie. L'a. Comment cela? C. Parce d'autres endroits. Mais ce n'est pas le lieu d'inque le nom d'insensé signifie une maladie et sister; revenons à notre sujet. Tout ce que nous une infirmité de l'esprit ; évidemment c'est à cherchons en ce moment sur la nature et la force un esprit malade et qui n'est pas sain, que nos des passions, les mots eux-mêmes nous l'apprenpères ont donné le nom d'insensé ( insanus ). nent. Puisqu'il faut regarder comme sains ceux Les philosophes appellent maladies toutes les dont l'esprit n'est troublé d'aucune de ces paspassions, et ils enseignent que ceux qui n'ont passions qui sont les maladies de l'âme, il faut par

enim in Academiam nostram descendimus, inclinato jam niam. Omnes autem perturbationes animi, morbos pbiloso. in postmeridianum tempus die, poposci eorum aliquem, | phi appellant : negantque stultum quemquam bis morbis qui aderant, causam disserendi. Tum res acta sic est. vacare. Qui autem in morbo sunt, sani non sunt: et omnium

IV. A. Videtur mihi cadere ia sapientem ægritudo. M. insipientium animi in morbo sunt : omnes insipientes igiNum reliquæ quoque perturbationes animi, formidines, tur insaniunt. Sanitatem enim animorum, positam in libidines , iracundiæ? Hæc enim fere sont ejusmodi : quæ tranquillitate quadam, constantiaque censebant: his rebus Græci náon appellant, ego poleram morbos, et id verbum mentem vacuam appellarunt insaniam, propterea quod in esset e verbo, scd in consuetudinem nostram non caderet. perturbato animo, sicut in corpore, sanitas esse non possit. Nam misereri, invidere, gestire, lætari, hæc omnia mor. V. Nec minus illud acute, quod animi affectionem, lubos Græci appellant, motus animi rationi non obtemperan- mine mentis carentem, nominaverunt amentiam, eam. tes : nos aulem hos eosdem motus concitati animi , recte, demque dementiam. Ex quo intelligendum est, eos, qui ot opinor, perturbationes dixerimus, morbos autem non hæc rebus nomina posuerunt, sensisse hoc idem, quod a satis usitate : nisi quid aliud libi videtur. A. Mihi vero Socrate acceptum diligenter Stoici retinuerunt, omnes insi. isto modo. M. Hæccine igitur cadere in sapientem putas? pientes esse non sanos. Qui enim animus est in aliquo A. Prorsus existimo. M. Næ ista gloriosa sapientia non morbo (morbos autem hos perturbatos motus, ut modo magno arstimanda est, si quidem non multum differt ab dixi, philosophi appellant) non magis est sanus, quam id insania. A. Quid ? tibi omnisne animi commotio videtur corpus, quod in morbo est. Ita fit, ut sapientia sanitas sit insania? M. Non mihi quidem soli : sed id , quod admi. animi, insipientia autem quasi insanitas quædam, quæ est rari sæpe soleo ,» majoribus quoque nostris hoc ita vi- insania , eadenique dementia : multoque melius hæc notata sain intelligo multis seculis ante Socratem : à quo hæc sunt verbis Latinis, quam Græcis : quod aliis quoque mulomnis, quæ est de vita et de moribus, philosophia mana- tis locis reperietur. Sed id alias : nunc, quod instat. Tovit. A. Quonam tandem modo? M. Quia nomen insaniæ tum igitur id, quod quærimus, quid et quale sit, verbi vis significat mentis ægrotationem, et morbum, id est, insa. ipsa declarat. Eos enim sanos intelligi necesse est, quorum nitatem, et ægritudinem animi, quam appellarunt insa- mens motu , quasi morbo, perturbata nullo sit, qui con.

conséquent appeler ceux qui sont dans un état , peut arriver au sage, et jamais le second. Mais contraire, insensés (insanos). C'est pourquoi je c'est un point qui n'est pas maintenant en ques trouve excellente cette locution de notre langue, tion, revenons à celui qui nous occupe. par laquelle nous disons qu'un homme ne s'ap- VI. Vous avez dit, je crois, que l'âme du partient plus, qui est emporté hors des gonds sage est susceptible de chagrin. L'a. C'est en par un désir immodéré, ou par la colère; quoi- effet ce que je pense. C. J'avoue qu'il est natuque la colère soit une espèce particulière de désir rel de penser ainsi, car l'homme n'est pas

né immodéré; car on définit la colère, le désir im- | d’un rocher : il y a dans son cæur je ne sais modéré de la vengeance. Pourquoi dit-on alors quoi de tendre et de sensible, qui est sujet à que l'homme ne s'appartient plus? parce qu'il a être ému par l'affliction, comme par un espèce cessé d'appartenir à sa raison, qui, au nom même d'orage. C'est ce qui justifiait en quelque sorte de la nature, doit régner sur l'âme entière. Les Crantor, l'un de nos plus illustres Académiciens, Grecs appellent la folie uavia; je ne sais trop lorsqu'il disait : « Je ne puis goûter l'avis de pour quelle raison, ni d'où vient le mot : mais ce ceux qui vantent si fort cette sorte d'insensiqui est certain, c'est que nous distinguons mieux bilité, qui ne peut, ni ne doit être dans l'homme. qu'eux les diverses sortes de folie. Il y a une fo- Tachons de n'être point malades. Mais si nous lie qui n'est que l'absence de la sagesse, et qui le sommes jamais, soit qu'on nous coupe, soit s'étend fort loin; nous faisons entre elle et la fu- qu'on nous arrache quelque membre, ne soyons reur une grande différence : les Grecs aussi veu- point insensibles. Car que gagne-t-on, en s'opilent établir cette différence, mais ils l'expriment niâtrant à ne se point plaindre, si ce n'est de mal; ils nommentuenayyohlavce que nous appelons faire dire qu'on a l'esprit féroce, ou le corps fureur. Comme si l'esprit n'était emporté que en létargie ? » Voyons pourtant si ce discours par les noirs flots de la bile, et non pas le plus n'est point d'un homme qui veut flatter notre souvent par la colère, la crainte, la douleur; faiblesse, et favoriser notre lâcheté. Osons ne pas témoin Athamante, Alcméon, Ajax, Oreste. Le couper seulement les branches de nos misères, furieux est interdit par les Douze Tables. Elles mais en extirper jusqu'aux fibres les plus déliées. ne disent pas : s'il est insensé, mais s'il est fu- Encore nous en restera-t-il quelques-unes; tant rieux. Nos pères pensaient que celui qui n'a pas les racines de la folie sont en nous profondes et la sagesse, dont l'âme est troublée, et par consé- cachées. Mais n'en conservons que ce qu'il n'est quent atteinte de quelque maladie, peut cepen- pas possible de supprimer ; et mettons-nous bien dant remplir les devoirs ordinaires, et vaquer dans l'esprit, que sans la santé de l'âme nous ne aux affaires communes de la vie; mais ils étaient pouvons être heureux. C'est par la philosophie convaincus que la fureur ôte absolument toute seule qu'on peut y parvenir. Continuons donc à lumière à l'esprit. Quoiqu'il semble beaucoup nous instruire des remèdes qu'elle nous offre. Si plus grave d'être furieux que d'être insensé, il nous le voulons, elle nous guérira. J'irai même n'en est pas moins vrai que le premier malheur plus loin que vous ne comptez; car j'attaquerai

tra affecti sunt, hos insanos appellari necesse est. Itaque tur, quam insania : tamen ejusmodi est, ut furor in sapien. nihil melius, quam quod est in consuetudine sermonis tem cadere possit , non possit insania. Sed hæc alia quæLatini, cum exisse ex potestate dicimus eos, qui esfrenati stio est : nos ad propositum revertamur. feruntur aut libidine, aut iracundia. Quanquam ipsa ira- VI. Cadere, opinor, in sapientem ægritudinem tibi cundia libidinis est pars : sic enim definitur iracundia, dixisti videri. A. Et vero ita existimo. M. Humanum id Ulciscendi libido. Qui igitur exisse ex potestate dicun- quidem, quod ita existimas : non enim silice nati sutur, idcirco dicuntur, quia non sunt in potestate men- mus : sed est naturale in animis tenerum quiddam, attis, cui regnum totius animi a natura tributum est. Græci que molle, quod ægritudine, quasi tempestate, qualia. autem javíay unde appellent, non facile dixerim. Eam tur. Nec absurde Crantor ille, qui in nostra Academia vel tamen ipsam distinguimus nos melius, quam illi. Hanc in primis fuit nobilis : « Minime, inquit, assentior iis , enim insaniam, quæ juncta stultitiæ patet latius, a furore « qui islam nescio quam indolentiam magnopere laudant: disjungimus. Græci volunt illi quidein, sed parum valent « quæ nec potest ulla esse, nec debet. Ne ægrotus sim', verbo : quem nos furorem, Melayxoaiav illi vocant: quasi « inquit : sed si fuerim, sensus adsit , sive secetur quid, vero atra bili solum mens, ac non sæpe vel iracundia gra- a sive avellatur a corpore. Nam istuc nibil dolere non sine vivre, vel timore, vel dolore moveatur : quo genere Alha- « magna mercede contingit, immanitatis in animo, stupomantem, Alcmæonem , Ajacem, Orestem surere dicimus. « ris in corpore. » Sed videamus,ne hæc oratio sit hominum Qui ita sit affectus, eum dominum esse rerum suarum assentientium nostræ imbecillitati, et indulgentium mollitu vetant duodecim tabulæ. Itaque non est scriptum, Si in- dini. Nos autem audeamus non solum ramos amputare sanus, sed, Si furiosus esse incipit. Insaniam enim miseriarum, sed omnes radicum fibras evellere. Tamen censuerunt (id est, inconstantiam sanitate vacantem) posse aliquid relinquetur fortasse : ita sunt altæ stirpes stultitamen tueri mediocritalem officiorum, et vitæ communem tiæ; sed relinquetur id solum , quod erit necessarium. Ilcultum, atque usitatum : furorem autem esse rati sunt, lud quidem sic habeto, nisi sanatus animus sit, quod sine nientis ad omnia cæcitatem. Quod cum inajus esse videa. I philosophia fieri non potest, finem miseriarum nullum

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non-seulement le chagrin , qui est ici notre prin- et puisque tout sage est courageux, le chagrin cipal objet, mais encore toutes les passions en n'entre donc point dans son cæur. Un wil malade, général. Et premièrement, si vous l'agréez, dis- ou quelque autre partie du corps que ce soit, quand putons à la manière des Stoiciens, qui se plaisent elle est indisposée, est peu propre à faire ses foncà serrer leurs raisonnements. Je me donnerai tions : il en est de même de l'âme, lorsque quelcarrière ensuite, selon ma coutume.

que passion l'agite. Or la fonction de l'âme est de VII. Quiconque a du courage, présume bien bien user de sa raison, et par conséquent l'âme de soi. J'aurais pu dire, qu'il est présomptueux, du sage, toujours en état de faire un très-bon usage si dans l'usage ce mot, qui devrait marquer une de sa raison, est toujours calme : d'où il s'ensuit vertu , ne caractérisait un vice. Or quiconque que le chagrin, qui troublerait son âme, n'y péprésume bien de soi, ne craint point : car la nètre jamais. cràinte ne compatit pas avec la confiance. Mais VIII. Ajoutons un raisonnement, où me concelui qui est susceptible de chagrin, l'est aussi duit la nature de la modération , que nous appede crainte : car des mêmes choses, dont la pré- lons tantôt tempérance, tantôt modestie, et quelsence nous afflige, les approches nous font trem- quefois continence, ou intégrité. Celui qui la posbler. Ainsi le chagrin répugne au courage. Il est sède a proprement parmi nous le nom d'honnête donc vrai que quiconque est capable de s'affli-homme, dont la signification est très-étendue, et ger, est capable de craindre, et de tomber dans marque une disposition de l'âme, qui la porte à cette abjection d'esprit qui détermine à souffrir s'abstenir de tout ce qui peut nuire aux autres. On la servitude, et à s'avouer vaincu. En venir là, peut même dire que ce nom renferme toutes les c'est reconnaître sa lâcheté et sa faiblesse. De vertus; autrement le titre d'honnête homme, donné tels sentiments ne tombent point dans une âme autrefois à Pison, n'aurait pas été si fort exalté. courageuse : donc le chagrin n'y tombe point. Or Car comme il ne peut convenir au lâche, qui par le sage est nécessairement courageux : donc le crainte a abandonné son poste à la guerre;

à l'insage n'est pas capable de s'affliger. Un homme juste, qui par avarice a violé un dépôt; au fou, courageux doit de plus avoir l'âme grande, celui qui par sa mauvaise conduite a dissipé son bien; qui a l'âme grande est incapable de céder; et celui il est évident que la qualitéd'honnête homme renqui est incapable de céder doit mépriser toutes ferme ces trois vertus, le courage, la justice, et la les choses du monde et les regarder comme au- prudence. Mais, quoique les vertus aient cela de dessous de soi, Or nous ne saurions regarder ainsi commun entre elles, qu'elles sont toutes liées les les choses qui peuvent vous chagriner ; l'homme unes aux autres, et se tiennent comme par la main, courageux n'est donc point susceptible de chagrin; c'est le propre de la modération, que je compte

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fore. Quamobrem, quoniam cæpimus, tradamus nos ei autem sapientes, fortes ; non cadit igitur in sapientem corandos : : sanabimur, si volemus. Et progrediar quidem ægritudo. Et quemadmodum oculus conturbatus non est longius : non enim de ægritudine solum, quanquam id probe affectus ad suum munus fungendum : et reliqua par. quidem primum : sed de omni animi , ut ego posui, per- tes , totumve corpus, statu cum est mortum, deest officio turbatione, (morbo, ut Græci volunt) explicabo. El pri- suo, et muneri : sic conturbatus animus non est aptus ad mo, si placet, Stoicorum more agamus, qui breviter astrin- exequendum munus suum. Munus autem animi est, ratiogere solent argumenta : deinde nostro instituto vagabimur. ne bele uti : et sapientis animus ita semper affectus est,

VII. Qui fortis est, idem est fidens : quoniam confi- ut ratione optime utatur : nunquam igitur est perturbatus. dens mala consueludine loquendi in vitio ponitur, ductum At ægritudo, perturbatio est animi : semper igitur ea saverbum a confidendo , quod laudis est. Qui autem est fi. piens vacabit. dens, is profecto non extimescit : discrepat enim a limen- VIJI: Veri etiam simile illud est, qui sit temperans, quem do, confidere. Atque in quem cadit ægritudo, in eumdem Græciou pova appellant, eamque virtutem owoposúvnu votimor : quarum enim rerum præsentia sumus in ægritu- cant, quam soleo equidem tum temperantiam, tum modedine, easdem impendentes, et venientes timemus. Ita fit, rationem appellare, nonnunquam etiam modestiam : sed ut fortitudini ægritudo repugnet. Verisimile est igitur, in haud scio, an recte ea virtus frugalitas appellari possit, quod quem cadat ægritudo, in eumdem cadere timorem, et in- angustias apud Græcos valet : qui frugi homines xenoiuous fractionem quamdam animi, et demissionem : quæ in appellant, id est, tantummodo utiles : at illud latius. Est quem cadunt, in eumdem cadit ut serviat, ut vic- enim omnis abstinentia, omnis innocentia, quæ apud Grætum se quandoque esse fateatur. Quæ qui recipit , cos usitatum nomen nullum habet, sed habere potest recipiat idem necesse est timiditatem , et ignaviam. 8626belav : nam est innocentia, affectio talis animi, quæ Non cadunt autem hæc in virum fortem : igitur ne ægritu- noceat nemini. Reliquas etiam virtutes frugalitas continet. do quidem : at nemo sapiens , nisi fortis : non cadit ergo Quæ nisi tanta esset, et si iis angustiis, quibus plerique in sapientem ægritudo. Præterea necesse est, qui fortis putant, leneretur, nunquam esset L. Pisonis cognomen sit, eumdem esse magni animi : qui magni animi sit, in- tanlopere laudatum. Sed quia nec qui, propter, metum, viciam : qui invictus sit, eum res humanas despicere, at. præsidium reliquit, quod est ignaviæ : nec, qui propter ava. que infra se positas arbitrari. Despicere autem nemo po- ritiam, clam depositum non reddidit , quod est injustitiæ : iest eas res, propter quas ægritudine affici potest. Ex quo nec qui, propter temeritalem, male rem gessit , quod est efficitur, fortem virum ægritudine nunquam affici. Omnes stullitiæ , frugi appellari solet : eo tres virtutes, fortitudi.

pour la quatrième, de calmer et de régler les mou- chagrin, il le serait pareillement de colère. Puis vements de la cupidité, et de garder en tout une donc qu'il est exempt de l'un, il l'est aussi de constante égalité, qui s'oppose à tout désir injuste. l'autre. Par la même raison, si le chagrin pouvait L'honnête homme donc, ou, si l'on veut, l'homme attaquer le sage, il en serait de même, et de la tempérant et modéré, doit être constant. Qui dit pitié , et de cette sorte d'envie qui fait qu'on voit constant, dit tranquille. Quidit tranquille, dit libre d'un wil jaloux et malin le bonheur d'autrui, de toutes passions, et par conséquent de chagrin. comme l'a dit Ménalippe dans Accius : Or le sage possède toutes ces qualités. Il est donc exempt de chagrin.

Quel mortel envieux, quel regard enchanteur

De mes jeunes enfants a fait périr la fleur ? IX. Ainsi la réflexion de Denys d'Héraclée sur ces vers qu'Homère met dans la bouche d'A

X. Une preuve qu'en effet l'homme suscepchille :

tible de pitié, l'est pareillement d'envie, c'est que Mon cour, gonflé de rage, est d'ennuis dévoré, celui qui est touché du malheur de quelqu'un,

Quand jo songe à l'ingrat qui m'a déshonoré; s'afflige ordinairement du bonheur de quelque cette réflexion, dis-je, est fort judicieuse. Dit autre. Théophrasto, par exemple, déplorant la on qu'une main enflée soit en bon état? Le dira- mort de son ami Callisthène, s'afflige de la t-on de tout autre membre affligé par quelque prospérité d'Alexandre, et plaint son ami d'atumeur ? La disposition d'un cæur gonflé de quel-voir vécu sous un prince, qui, avec une puissance que passion n'est donc pas moins vicieuse. Or i suprême, et un suprême bonheur, savait si mal l'âme du sage est toujours bien disposée. Son user de sa fortune. Or, comme la pitié est un chacaur ne s'enfle jamais. Jamais il ne sort de grin causé par le sort malheureux de l’un, l'enson assiette, comme fait l'homme transporté de vie est un chagrin causé par le sort heureux de courroux. Le sage ne saurait donc se mettre en l'autre; quiconque par conséquent est suscepcolère. Car s'y mettre, suppose un ardent désir tible de pitié, l'est aussi d'envie. Mais le sage de tirer la vengeance la plus éclatante de celui est inaccessible à l'envie : il l'est donc aussi à la dont on se croit offensé. Or ce désir entraîne pitié; ce qui ne serait pas, s'il pouvait s'affliger aussi une excessive joie, au cas qu'on ait réussi. de quelque chose : et par conséquent le sage est Mais il ne tombe point en l'âme du sage, sans chagrin. Tels sont les raisonnements des réjouir du mal d'autrui. Ainsi la colère n'y sau- Stoïciens, dont la tournure est trop sèche, trop rait tomber. Cependant, s'il était susceptible de serrée. Aussi je prétends bien les développer dans

de se

pem, justitiam , prudentiam, frugalitas est complexa : etsi consecutus sit, magnopere lælari. Ex quo fit, ut alieno hoc quidem commune est virtutum : omnes enim inter se malo gaudeat. Quod quoniam non cadit in sapientem, no nexæ, et conjugatæ sunt. Reliqua igitur, et quarta virtus ut irascatur quidem cadit. Si autem caderet in sapientem ut sit ipsa frugalitas, necesse est. Ejus enim videtur pro- ægritudo, caderet etianı iracundia. Qua quoniam vacat, prium, motus animi appelentis regere et sedare; semper.

ægritudine etiam vacabit. Etenim si sapiens in ægritudinem que adversantem libidini, moderatam in omni re servare incidere possel , posset etiam in misericordiam, posset in constantiam. Cui contrarium vitium nequitia dicitur. Fru

invidentiam : non dixi in invidiam, quæ tum est, cum galitas, ut opinor, a fruge : qua nihil melius e terra. Ne

invidetur : ab invidendo autem in videntia recte dici potest, quitia ab eo (etsi hoc erit fortasse durius : sed tentemus, ut effugiamus ambiguum nomen invidiæ : quo verbum et lusisse putemur, si nil sit) ab eo , quod ne quidquam

ductum est a nimis inluendo fortunam alterius, ut est in est in tali homine : ex quo idem, nihili dicitur. Qui sit Menalippo, frugi igitur, vel, si mavis, moderatus et temperans, eum

Quisnam florem liberum invidit meum? necesse est esse constantem : qui autem constans, quie. tum : qui quietus, perturbatione omni vacuum : ergo

Male latine videtur; sed præclare Accius : ut enim videre, etiam ægritudine. Et sunt illa sapientis : aberit igitur a sa

sic invidere forem rectius, quam flori dicitur. Nos conpiente ægritudo.

suetudine prohibemur : poeta jus suum tenuit, et dixit IX. Itaque non inscite Heracleotes Dionysius ad ea

audacius. disputat, quæ apud Homerum Achilles queritur, hoc, ut

X. Cadit igitur in eumdem, et misereri, et invidere. opinor, modo :

Nam qui dolet rebus alicujus adversis, idem alicujus etiam

secundis dolet : ul Theophrastus interitum deplorans CalCorque meum penitus turgescit tristibus iris, Cum decore, atque omni me orbalum laude recordor.

listhenis sodalis sui, rebus Alexandri prosperis angitur :

ilaque dicit Callisthenem incidisse in hominem summa Num manus affecta recte est, cum in tumore est? aut num potentia , summaque fortuna, sed ignarum quemamodum aliud quodpiam membrum tumidum ac turgidum non rebus secundis uti conveniret. Atqui quemadmodum miyitiose se habet? Sic igitur inflatus, et tumens animus in sericordia ægritudo est ex alterius rebus adversis; sic invitio est. Sapientis autem animus semper vacat vitio, videntia ægritudo est ex alterius rebus secundis : in quem nunquam turgescit, nunquam tumet. Al iratus animus igitur cadit misereri, in eumdem etiam invidere. Non cadit ejusmodi est : nunquam igitur sapiens irascitur : nam si autem invidere in sapientem : ergo ne misereri quidem. irascitur, etiam concupiscit. Proprium est enim irali, Quod si boc ægre ferre sapiens soleret, misereri etiam cupere, a quo læsus videatur, ei quam maximum dolorem soleret : abest ergo a sapiente ægritudo. Hæc sic dicuntur inurere. Qui autem id concupierit, eum necesse est, si id a Stoicis, concludunturque contortius. Scd latius aliquanto

la suite avec plus de netteté et d'étendue; mais joie, causé par la possession actuelle de quelque en ne m'écartant point des mêmes principes, grand bien; et la cupidité, qui est un désir imqui ont je ne sais quoi de nerveux et de måle. modéré de quelque grand bien qu'on espère. Car pour nos amis les Péripatéticiens, malgré Dans l'autre classe , sont deux autres passions , leur éloquence, leur savoir et leur autorité, je causées par l'idée du mal; je veux dire, la crainte ne puis goûter cette médiocrité de passions, et la tristesse. Car comme la crainte est l'opinion qu'ils passent au sage. Un mal, pour être més d'un grand mal qui nous menace, la tristesse diocre, ne laisse pas d'être un mal. Or notre but est l'opinion d'un grand mal présent, et tel, que est que le sage n'en ait pas la plus légère at- celui qui l'éprouve croie qu'il est juste et même teinte. Car comme la santé du corps n'est point nécessaire de s'affliger. Voulons-nous couler douparfaite, quoiqu'il ne soit que médiocrement cement et tranquillement nos jours, il nous faut malade; de même à quelque médiocrité que lutter de toutes nos forces contre ces passions, soient réduites les passions, s'il y en a dans que la folie suscite, comme des espèces de Ful'âme, on ne peut pas dire qu'elle soit parfaite- ries, pour nous tourmenter. Une autre fois nous ment saine, our bannir donc le chagrin, exami- parlerons des autres. Délivrons-nous aujourd'hui nons ce qui le produit. Car de même que les de la tristesse , s'il est possible; puisqu'aussi bien inédecins n'ont pas de peine à trouver le remède c'est le sujet que vous m'avez proposé, en sou: quand ils ont connu la cause du mal, aussi trou tenant que le chagrin trouve à pénétrer dans le verons-nous à nous guérir de nos chagrins, cæur du sage. Pour moi je pense bien différemquand nous en aurons découvert la source. ment. Je crois que c'est quelque chose d'affreux,

XI. Or cette source consiste uniquement dans qu'il faut éloigner de nous, et fuir, pour ainsi l'opinion, qui produit non-seulement le chagrin, dire, à force de voiles et de rames. mais encore toutes les autres passions. On en XII. Que vous semble, en effet, compte quatre principales, qui se divisent en plu

De cet auguste roi, qui parmi ses aïeux sieurs branches. Mais parce que toute passion Pouvait compter Tantale, et le maitre des Dieux? est un mouvement de l'âme qui n'écoute point Du fils de ce Pélops, qu'une heureuse entreprise la raison, ou qui en secoue le joug; et que ce

Rendit gendre et vainqueur du cruel roi de Pise? mouvement est excité par l'opinion du bien ou A quel point il est abattu découragé, lorsqu'il du mal, ces quatre passions se réduisent à deux s'écrie : classes. Dans l'une sont les deux passions qui

Amis, éloignez-vous. Fuyez un misérable, naissent de l'idée du bien; savoir le transport de L'objet infortuné d'un crime abominable.

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dicenda sunt, et diffusius : sententiis tamen utendum vel rationem aspernans, vel rationi non obediens : isque eorum potissimum, qui maxime forli, et, ut ita dicam, motus aut boni, aut mali opinione citetur : bifariam quatvirili ntuntur ratione atque sententia. Nam Peripatetici, tuor perturbationes æqualiter distributæ sunt. Nam duæ familiares nostri, quibus nibil est uberius, nihil eruditius, sunt ex opinione boni : quarum altera, voluptas gestiens, nihil gravius, mediocritates vel perturbationum, vel mor- id est, præter modum elata lætitia, opinione præsentis borum animi mihi non sane probant. Omne enim malum, magni alienjus boni : altera, vel cupiditas recte , vel libido etiam mediocre, magnum est. Nos autem id agimus, ut dici potest, quæ est immoderata appetitio opinati magni id in sapiente nullum sit omnino. Nam ut corpus, eliamsi boni, rationi non obtemperans. Ergo hæc duo genera, vomediocriter ægrum est, sanum non est : sic in animo ista luplas gestiens, et libido bonorum opinione turbantur : ut mediocritas, caret sanitate. Itaque præclare nostri, ut alia duo reliqua , metus et ægritudo, malorum. Nam et metus multa, molestiam, sollicitudinem, angorem, propter si- opinio est magni mali impendentis : et ægritudo est opinio militudinem corporum ægrorum, ægritudinem nomina- magni mali præsentis : et quidem recens opinio talis mali, verunt. Hoc propemodum verbo Græci omnem animi ut in eo rectum videatur esse angi : id autem est, ut is, perturbationem appellant : vocant enim nábos, id est qui doleat , oportere opinetur se dolere. His autem perlur. morbum, quicumque est motus in animo turbidus. Nos bationibus, quas in vitam hominum stultitia quasi quasdam melius : ægris enim corporibus simillima est animi ægri. furias immittit, atque incitat, omnibus viribus, atque todo. At non similis ægrotationis est libido, non immode opibus repugnandum est, si volumus hoc, quod datum rata lætitia, quæ est voluptas animi elata, et gestiens. est vitæ, tranquille, placideque traducere. Sed cælera Ipse etiam metus non est morbi admodum similis, quan- alias : nunc ægritudinem, si possumus, depellamus. Id quam ægritudini est finitimus : sed proprie, ut ægrotatio enim sit propositum : quandoquidem eam tu videri libi in corpore, sic ægritudo in animo, nomen habet non se. in sapientem cadere dixisti. Quod ego nullo modo existimo. jonctum a dolore. Doloris igitur hujus origo nobis expli. Tetra enim res est, misera, detestabilis, omni contentione, canda est, id est, causa efficiens ægritudinem in animo, | velis, ut ita dicam, remisque fugienda. tanquam agrotationem in corpore. Nam ut medici causa XII. Qualis enim tibi ille videtur morbi in venta, curationem esse inventam putant : sic nos, Tantalo prognatus, Pelope natus, qui quondam a socro causa ægritudinis reperta, medendi facultatem reperiemus. OEDomao rege Hippodamiam raptis nactus'st nuptiis?

XI. Est igitur causa omnis in opinione, nec vero ægri. Jovis iste quidem pronepos. Tamne ergo abjectus, lamque tudinis solum, sed etiam reliquarum omnium perturbatio- fractus? dum : quæ sunt genere quattuor, partibus plures. Nam

Nolite (inquit) hospites ad me adire. Illico istim, cum omnis perturbatio sit animi motus vel rationis expers, Ne contagio mea bonis, umbrave obsit :

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