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J. J. DUBOCHET ET COMPAGNIE, ÉDITEURS,

RUE DE SEINE, N° 33.

1843

PUBLIC ITERARY 390404A

ASTOR, LENOX AND TILDEN FOUNDATIONS

R 1928 L

TUSCULANES.

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LIVRE TROISIÈME.

mæurs, soit par l'erreur des préjugés, qui obscurcissent entièrement en lui cette lueur de la

raison naturelle. Ne sentons-nous pas, en effet, DU CHAGRIN.

au dedans de nous-mêmes des semences de vertu, Qu'il faut l'adoucir.

qui, si nous les laissions germer, nous conduiI. Puisque l'homme est un composé de l'ame raient naturellement à une vie heureuse? Mais à et du corps, d'où vient donc, Brutus, qu'il n'a peine a-t-on vu le jour, qu'on est livré à toutes pas donné une égale attention à ces deux parties sortes d'égarements et de fausses idées. On dide son être ? Pour le corps, il a cherché avec soin rait que nous avons sucé l'erreur avec le lait de l'art d'en guérir, ou d'en prévenir les maladies; nos pourrices : et quand nos parents commencent et cette invention lui a paru assez utile pour en à prendre soin de notre éducation, et qu'ils nous faire honneur aux Dieux. Mais à l'égard de l'âme, donnent des maîtres, nous sommes bientôt telon n'a pas eu le même empressement pour dé- lement imbus d'opinions erronées , qu'il faut encouvrir l'art de rémédier à ses maux; et depuis fin que la vérité cède au mensonge, et la nature qu'il a été découvert, on s'y est moins appliqué : aux préventions. il a eu moins d'approbateurs; il a même beau- II. Autre source de corruption, les poëtes. coup d'ennemis. Cette différence viendrait-elle de comme ils ont une grande apparence de doctrine ce que l'âme, quelque abattu que soit le corps, et de sagesse, on prend plaisir à les écouter, à est toujours en état de juger de ses maladies; les lire, à les apprendre; et leurs leçons se graau lieu que le corps ne peut en aucun temps vent profondément dans nos esprits. Quand à connaitre celles de l'âme? Ainsi, quand elle est cela se vient joindre le vulgaire, ce grand maître malade, comme elle est alors privée de ses fonc- en toute sorte de déréglements, c'est alors qu'intions naturelles, il ne lui est pas possible de bien fectés d'idées vicieuses, nous nous écartons enjuger de son propre état. Véritablement, s'il tièrement de la nature. Car vouloir nous persuaavait plu à la nature de nous rendre tels, que der qu'il n'y a rien de meilleur, rien de plus nous eussions pu la contempler elle-même, et la désirable que les dignités, le commandement prendre pour guide dans le cours de notre vie, des armées, et cette gloire populaire, après quoi nous n'aurions besoin, ni de savoir, ni d'étude courent les plus honnêtes gens, n'est-ce pas nous pour nous conduire. Mais elle n'a donné à l'homme envier ce que la nature met en nous d'excellent, que de faibles rayons de lumière. Encore sont- et vouloir qu'à la place de ce véritable honneur, ils bientôt éteints, soit par la corruption des qui est ce qu'elle nous porte le plus à rechercher,

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LIBER TERTIUS.

stris semina innata virtutum : quæ si adolescere liceret,

ipsa nos ad beatam vitam natura perduceret. Nunc autem, De ægritudine lenienda.

simul atque editi in lucem, et suscepti sumus, in omni I. Quidam esse, Brute, causæ putem, cur, cum con- continuo pravitate, et in summa opinionum perversitate stemus ex animo et corpore, corporis curandi tuendique versamur : ut pæne cum lacte nutricis errorem suxisse vicausa quæsila sit ars, ejusque utilitas Deorum immortalium deamur. Cum vero parentibus redditi, demum magistris inventioni consecrata : animi autem medicina nec tam traditi sumus, tum ita variis imbuimur erroribus, ut va. desiderata sit, antequam inventa, nec tam culta, postea- nitali veritas, opinioni confirmatæ natura ipsa cedat. quam cognita est , nec tam multis grata et probata, pluri. II. Accedunt etiam poetæ : qui cum magnam speciem bus etiam suspecta et invisa ? An quod corporis gravitatem doctrinæ, sapientiæque præ se tulerunt, audiuntur, leet dolorem animo judicamus, aniini morbum corpore non guntur, ediscuntur, et inhærescunt penitus in mentibus. sentimus? Ita fit, ut animus de se ipse tum judicet, cum Cum vero accedit eodem, quasi maximus quidam magiid ipsum, quo judicatur, ægrotet. Quod si tales nos natura ster, populus, atque omnis undique ad vitia consentiens geouisset, ut eam ipsam intueri, et perspicere, eademque multitudo, tum plane inficimur opinionum pravitale, a optima duce cursum vitæ conficere possumus : haud erat | naturaque ipsa desciscimus : ut nobis optimam naturam sane, quod quisquam rationem ac doctrinam requireret. | invidisse videantur, qui nihil melius homini, nihil magis Nunc parvulos nobis dedit igniculos, quos celeriter malis expetendum, nihil præstantius honoribus, imperiis, pomoribus, opinionibusque depravatis sic restinguimus, ut pulari gloria judicaverunt. Ad quam fertur optimus quisDusquam naturæ lumen appareat. Sunt enim ingeniis no- que, veramque illam honestatem expetens, quam unam

CICÉRON. — TOME IV.

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nous embrassiovs un fantôme, où l'inage de, de plus fåcheux dans ces dernières, c'est qu'en la vertu n'est point empreinte, mais où celle de attaquant l'âme, elles en troublent la tranquilla gloire est grossièrement imitée? La gloire de- lité, et que, comme dit Ennius, quand on a mande la solidité jointe à l'éclat; sans quoi ce l'esprit malade, n'en est que l'ombre. Elle consiste dans les Rongé d'impatience, on pousse des soupirs; louanges que les gens de bien et les gens sensés On s'égare, on se perd en d'éternels désirs. donnent à une vertu non commune, et qu'ils lui Voilà ce qui arrive quand on se livre au chagrin, donnent hautement, unanimement, sans intérêt. ou à l'ambition : deux maladies de l'âme, qui, Elle est, pour ainsi dire, l'écho de la vertu; et sans parler des autres, valent les plus violencomme elle accompagne d'ordinaire les bonnes tes, dont le corps puisse être attaqué. Et puisactions, il ne faut point que les honnêtes gens la que l'âme a bien trouvé le secret de guérir le rejettent. Mais cette autre espèce de gloire, qui corps, est-il croyable qu'elle ne puisse pas aussi contrefait la véritable (j'entends cette approba- se guérir elle-même? D'autant plus que la guérition téméraire et inconsidérée du peuple, qui son du corps dépend souvent de sa constitution, applaudit le plus souvent au vice) cette fausse et que l'art du médecin n'est pas toujours garant gloire, dis-je, défigure l'honneur, en affectant du succès : au lieu que tout esprit, qui aura vraide lui ressembler. De là vient l'aveuglement de ment envie de se guérir, et qui obéira aux préces hommes qui auraient bien voulu se porter à ceptes des sages, téussira infailliblement. Oui quelque chose de grand, mais qui, ne connaissant sans doute la philosophie est la vraie médecine ni le chemin de la vraie gloire, ni en quoi elle de l'âme : nous n'avons point à chercher hors de consiste, sont devenus les destructeurs de leur nous-mêmes ses remèdes, comme ceux qui agispatrie, ou se sont perdus eux-mêmes. Puisqu'ils sent sur le corps : il faut seulement, pour nous avaient cependant l'honneur pour objet , ils sem- les rendre salutaires, ne rien négliger de ce qui blent s'être moins égarés par une erreur volon- dépend de nous. Mais ne faisons point ici l'éloge taire, que pour s'être mépris de route. D'autres de la philosophie en général. Je crois avoir dit qui se laissent emporter à une avarice sordide, assez dans mon Hortensius, combien elle mériou au débordement des voluptés, et dont les éga- tait d'être cultivée. Depuis que cet ouvrage est rements approchent assez de la folie, pourquoi ne public, je n'ai 'presque pas cessé de parler et pas entreprendre de les guérir? Serait-ce parce d'écrire sur ce qu'elle nous enseigne de plus imque les maladies de l'âme sont moins nuisibles portant. Celui-ci est le compte que je rends des que celles du corps : ou parce qu'on peut rendre questions agitées entre quelques amis et moi dans la santé au corps, et qu'on ne peut la rendre à ma maison de Tusculum. La mort et la doul'ànie?

leur ont fait le sujet de nos deux premières conIII. Pour moi, je trouve que les maladies de férences. J'en suis présentement à la troisième. l'âme sont, et plus dangereuses, et en plus grand Un peu après le milieu du jour, étant descendu nombre, que celles du corps. Ce qu'il y a même dans mon Académie avec mes amis, je deman

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natura maxime inquirit, in summa inanitate versatur, con- pertinent, eumque sollicitant; animusque æger, ut ait sectaturque nullam eminentem effigiem virtutis, sed adum- Ennius, bratam imaginem gloriæ. Est enim gloria, solida quædam semper errat, neque pati, neque perpeti res, et expressa, non adumbrata. Ea est consentiens laus

polis est. bonorum, incorrupta vox bene judicantium de excellente Cupere nunquam desinit. Quibus duobus morbis (ut omitvirtute. Ea virtuti resonat, tamquam imago. Quæ quia tam alios) ægritudine et cupiditate, qui tandem possunt recte factorum plerumque comes est, non est bonis viris in corpore esse graviores ? Qui vero probari potest, ut sibi repudianda. Illa autem, quæ se ejus imitatricem esse vult, mederi animus non possit, cum ipsam medicinam corpotemeraria, atque inconsiderata , et plerumque peccatorum ris animus invenerit : cumque ad corporum sanationem vitiorumque laudatrix, fama popularis, simulatione hone. multum ipsa corpora, et natura valeant : nec omnes, qui statis formam ejus, pulchritudinemque corrumpit. Qua curari se passi sunt, continuo etiam convalescant : animi cæcitate homines, cum quædam etiam præclara cuperent, autem, qui sanari voluerint, præceptisque sapientium eaque nescirent nec ubi, nec qualia essent, funditus alii paruerint, sine ulla dubitatione sanentur? Est profecto everterunt suas civitates; alii ipsi occiderunt. Atque hi animi medicina philosophia : cujus auxilium non, ut in quidem optima petentes , non tam voluntate, quam cursus corporis morbis, petendum est foris : omnibusque opibus, errore falluntur. Quid? qui pecuniæ cupiditate, qui vo- viribusque, ut nosmetipsi nobis mederi possimus, elaboluptatum libidine feruntur, quorumque ita perturbantur randum est. Quanquam de universa philosophia, quanto animi, ut non multum absint ab insania, quod insipientibus pere et expetenda esset, et colenda, salis, ut arbitror, contingit omnibus : his nullane est adhibenda curatio ? dictum est in Hortensio. De maximis aulem rebus nihil Utrum, quod minus noceant animi ægrotationes, quam fere intermisimus postea nec disputare, nec scribere. His corporis ? an quod corpora curari possint, animorum me- autem libris exposita sunt ea, quæ a nobis cum familiaridicina nulla sit?

bus nostris in Tusculano erant disputata. Sed quoniam III. At et morbi perniciosiores, pluresque sunt animi, duobus superioribus de morte, et de dolore dictum est, quam corporis : hi enim ipsi odiosi sunt, quod ad animum' tertius dies disputationis hoc tortium volumen efficiet. Ut

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