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dorcet et d'autres avoient écrit sur ce célèbre auteur. Je crois avoir surtout atteint mon but dans l'édition que je viens de publier des douze pièces qui sont restées de lui au théâtre, en y joignant des Préfaces historiques et près de treize cents notes critiques, d'après ce principe établi par lui-même : « C'est sur les im

perfections des grands hommes qu'il faut » attacher sa critique; car si le préjugé faisait D admirer leurs fautes, bientôt nous les imi» terions, et il se trouverait peut-être que nous » n'aurions pris de ces célèbres écrivains que » l'exemple de mal faire. »

C'est encore dans la même intention que j'ai adapté, aux divers chants de la Henriade , les observations de Clément de Dijon, extraites de ses septième, huitième et neuvième Lettres à Voltaire.

L'aridité d'une pareille entreprise étoit bien capable de m'arrêter, et j'en aurois été entièrement détourné, si je n'avois consulté que mon amour-propre. Je ne puis en effet attendre une grande gloire d'un travail qui, quoique long, ne présentoit pas de difficultés, et dans lequel je n'ai fait qu'ajouter, aux remarques de Clément, quelques notes que ne comportoit point le cadre qu'il avoit choisi ; mais je regrettois, depuis long-temps, que des ob

servations dictées par l'expérience, l'érudition et le goût le plus sûr que j'aie jamais rencontré, fussent enfouies, en quelque sorte, dans des volumes peu connus aujourd'hui ; je craignois qu'elles ne finissent par être totalement perdues. J'ai cru que le seul moyen de les rendre utiles, en les rajeunissant pour ainsi dire, étoit de les présenter par extrait et surtout de les adapter aux différents chants du poëme auquel elles ont rapport.

Des personnes naturellement ennemies de la critique ou intéressées par des motifs quelconques à décrier Clément de Dijon, l'ont représenté comme un censeur sévère , injuste, méchant, comme un écrivain lourd et ennuyeux; il suffit de lire ses lettres à Voltaire, pour prendre de leur auteur une idée tout-àfait différente.

La plupart des dernières éditions de la Henriade sont précédées d'un avant-propos que Frédéric II avoit composé, n'étant encore que prince royal de Prusse, pour mettre à une édition qu'il avoit chargé Algarotti de faire graver à Londres, avec des vignettes à chaque page. Ce projet fut arrêté par la mort de Frédéric-Guillaume. Son fils, à peine monté sur le trône, eut à soutenir des guerres qui l'occupèrent tout entier, et le rappel d'Algarotti fit totalement abandonner le monument que le prince vouloit élever en l'honneur du poète avec lequel il étoit en correspondance depuis plusieurs années.

Frédéric II n'avoit que 23 ans lorsqu'il composa son avant-propos. Aussi y reconnoît-on tout l'enthousiasme de la jeunesse, toute la chaleur de l'amitié. Le jeune prince regardoit la Henriade comme portée à ce point

de

perfection que les grands génies et les maitres de l'art ont ordinairement mieux dans l'idée qu'il ne leur est possible d'y atteindre; il y a lieu de croire que plus tard il l'auroit jugée bien différemment. Du moins il est probable qu'il sera revenu de son engouement pour cet ouvrage, comme il revint de sa prévention pour la philosophie de l'auteur, auquel il écrivit trente ans après : l'offre des asiles aux philosophes , pourvu qu'ils soient sages, qu'ils soient aussi pacifiques que le beau titre dont ils se parent, le sous-entend. Car toutes les rités ensemble ne valent pas

le
repos

de l'âme. GARDONS - NOUS D'INTRODUIRE LE FANATISME

DANS LA PHILOSOPHIE.

L'avant-propos de Frédéric n'a guère plus de poids aujourd'hui que la préface de Marmontel, écrite dans un temps où il pouvoit se croire obligé de louer Voltaire. La dernière phrase de cette préface est ainsi conçue : « Peut» être un jour pourrai-je , sans contrainte , » parler comme parlera la postérité. » Quoique cette phrase puisse s'entendre dans un sens favorable à l'auteur de la Henriade , elle doit être expliquée différemment depuis que Marmontel a dit, dans sa Poétique (6): « Voltaire » ne connut point toutes ses forces quand il » forma le plan de la Henriade; il eût déployé » le pathétique de Mérope et d'Alzire, l'art » de l'intrigue et des situations. Si la plupart » des poëmes manquent d'intérêt, c'est qu'il » y a trop de récits et trop peu de scènes. »

J'ai cru devoir supprimer l'avant-propos de Frédéric ainsi que la préface de Marmontel, et je ne donnerai ici que l'épître dédicatoire de Voltaire à la reine d'Angleterre , épître qu'il a mise en tête de l'édition qu'il fit faire de son poëme en 1728 (c).

A l'égard de l'Essai sur le poëme épique , qui a paru pour la première fois en 1737, et qui depuis a été joint à la plupart des édi

(6) Tome fer, page 176.

(c) On donne ordinairement à cette édition la date de 1726; c'est une erreur , elle porte 1728, ce qui d'ailleurs s'accorde avec ce que j'ai dit dans la vie politique , etc., de Voltaire, qu'il ne se fixa à Londres que sur la fin de 1726..

tions de la Henriade; je n'ai pas cru devoir le réimprimer, 1° parce que les passages les plus marquants sont cités dans l'avant-propos qui suit; 2° par la même raison que Voltaire a donnée pour ne pas publier cet ouvrage en 1730. Voici le passage littéral de sa préface.

« Plusieurs personnes demandaient qu'on » imprimât, à la tête de cette édition, un petit » ouvrage intitulé Essai sur la poésie épique, » composé en anglais par M. de Voltaire en ». 1726, imprimé plusieurs fois à Londres. Il comptait le donner tel qu'il a été traduit en » français par M. l'abbé Desfontaines, qui écrit » avec plus d'élégance et de pureté que per» sonne, et qui a contribué beaucoup à dé» crier en France ce style recherché et ces » tours affectés qui commençaient à infecter » les ouvrages des meilleurs auteurs (d). M. de

(d) Cet éloge donné par Voltaire à l'abbé Desfontaines, est la meireure réponse que l'on puisse faire aux détracteurs de ce judicieux Aristarque; il est vrai qu'à cette époque

il n'avoit pas encore attaqué Brutus , la Mort de César et le Temple du goût. On ne devroit cependant pas oublier qué

si ce dernier ouvrage a atteint le degré de perfection où il est parvenu, c'est parce que les critiques de Desfontaines ont mis l'auteur dans la nécessité de rebátir un second temple. (Lettre de Voltaire à Thiriot, 19 mai 1733.

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