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époque la plupart des écrits en prose. Le jurisconsulte Doujat en donna une autre version soixante-trois ans après : dans cet intervalle, notre langue, cultivée par de grands écrivains, avait appris à exprimer avec dignité les idées fortes et élevées. Cependant la traduction de Doujat, trop vantée par l'apologiste de Paterculus, ne se recommande que par une assez grande fidélité : elle est, du reste, sans élégance et sans style. Aussi fut-elle oubliée, dès que l'abbé Paul eut publié la sienne. Celle-ci parut en 1768 : quoique supérieure aux traductions qui l'ont précédée, elle ne s'élève pas au dessus des médiocres ouvrages du même auteur. Qu'on n'y cherche ni la finesse ni la précision de l'historien latin; c'est une copie sans couleur, dont le style n'a d'autre caractère que celui d'une facilité molle et négligée. Nous présentons, dans cette collection, une version nouvelle, dont le respectable et spirituel auteur a déjà donné, avec M. Campenon, une excellente traduction d'Horace: nous laissons à d'autres, moins intéressés que nous à en faire l'éloge, le soin d'y apprécier l'aisance et la rapidité de la diction.

M. Després avait adopté le texte de l'abbé Paul. C'est, en effet, le plus clair et le plus favorable à la traduction : mais c'est en même temps celui qui s'éloigne le plus du texte original; et, puisque nous nous sommes proposé de donner des éditions fidèles, non moins que des traductions exactes, c'était un devoir pour nous de rétablir les leçons authentiques, qui ne peuvent ainsi se supprimer ou s'altérer au gré des éditeurs. M. Després a bien voulu me confier ce travail.

Le livre de Velleius nous est parvenu plus défiguré, par les négligences des copistes, qu'aucun autre ouvrage de l'antiquité. Un seul manuscrit de son Histoire romaine s'était conservé au couvent de Murbach, dans la Haute-Alsace. C'est là qu'il fut découvert par Beatus Rhenanus. Une première édition, faite d'après ce manuscrit, parut à Basle en 1520. Le manuscrit se perdit quelque temps après, probablement, dit M. Scholl, dans la translation de la bibliothèque de Murbach au château de Guebwiler, que les princes-abbés de Murbach construisirent pour y résider; en sorte qu'il ne resta plus de Velleius que l'édition originale de Rhenanus, et une collation du manuscrit, faite à Basle par Burer, avant que

le manuscrit eût été renvoyé à Murbach. Ces deux monumens, il faut en convenir, ne suffisaient pas pour établir le texte de Paterculus : beaucoup de passages restaient inexplicables, et l'on dut recourir aux conjectures. L'édition de Basle (1546), à laquelle fut jointe la collation de Burer, proposa quelques changemens ingénieux qui furent adoptés; mais elle présentait, en même temps, les corrections les plus hardies et les plus arbitraires qu’un éditeur ait jamais introduites dans le texte des manuscrits. Sans doute Velleius, ainsi retouché, n'a rien d'obscur pour le lecteur : mais ce n'est plus Velleius que nous lisons; l'écrivain moderne s'est substitué à l'historien de l'antiquité. Aussi cette édition n'eut-elle pas un long succès. On revint sagement, dans les éditions suivantes, au texte de Rhenanus, en proposant des modifications plus conformes à la lettre du manuscrit. L'une des dernières, celle de Ruhnken, offre un modèle de la circonspection judicieuse que la critique doit s'imposer dans la correction des textes originaux.

L'abbé Paul, qui voulait les leçons, non pas les plus certaines, mais les plus commodes, suit ordinairement l'éditeur de Basle. Je sais qu’un traducteur a besoin d'un texte plus arrêté que celui des commentateurs; car, s'il est permis à ceux-ci de douter, et de renoncer quelquefois à l’explication d'un passage, le traducteur, forcé de tout expliquer, est réduit, par la nature méme de son travail, à prendre parti dans les questions les plus embarrassées, et à choisir, souvent sans conviction, entre les opinions diverses. Mais, que l'obligation varie ainsi avec le but, du moins reste-t-il à l'interprète et au commentateur ce devoir commun, de ne rien changer de ce qui peut être compris, et

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de ne point substituer, à l'expression primitive, sur la foi d'une conjecture, quelque ingénieuse qu'elle soit, une expression plus naturelle, plus brillante ou plus forte. Ce n'est point un écrivain toujours correct et toujours clair que nous demandons à la critique; c'est l'auteur ancien, avec ses défauts, et dans la pureté de son caractère original. En soumettant ses négligences aux scrupules et aux délicatesses de la philologie moderne, on achète un léger avantage de style au prix de la vérité, dont rien ne peut excuser le sacrifice ni réparer la perte.

C'est d'après ce principe que j'ai réformé le texte de l'abbé Paul : la plupart des changemens sont indiqués dans les notes, où je tâche de les justifier. Les passages de la traduction, qui correspondent à ces leçons nouvelles, ont été retouchés avec soin : je m'estimerai heureux, si le peu de mots qui m'appartiennent se confondent, inaperçus, dans le style de M. Després.

JULES PIERROT.

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