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littérale. On trouvera dans notre traduction quelques passages qui présentent un sens complétement différent de celui que leur ont donné nos devanciers; cela tient surtout aux corrections du texte, corrections qui sont toujours justifiées par les autorités les plus compétentes.

3° Les notes sont de deux sortes : les unes, principalement stratégiques, sont empruntées à l'étude de Napoléon Ier sur les Commentaires de César ; les autres, historiques et géographiques, contiennent sous une forme rapide le résumé d'une foule de dissertations dispersées, soit dans les scoliastes, soit dans les mémoires des sociétés savantes. Nous recommandons surtout les observations de l'empereur Napoléon. Jamais le génie militaire de César n'avait été étudié avec autant de profondeur et de clarté. Ce n'est point seulement un jugement des Commentaires, c'est une histoire de la tactique des anciens, qui montre en quelques pages en quoi cette tactique diffère de celle des modernes. Il était impossible de donner à César un interprète plus digne de lui.

Malgré les efforts de la science pour dissiper les obscurités qui couvrent encore la Gaule des premiers âges, bien des questions sont restées jusqu'à ce jour indécises. Nous n'avons point cherché à les discuter, nous en avons seulement indiqué quelques-unes, et nous nous sommes borné, dans notre annotation, à donner les renseignements qui étaient indispensables pour la compréhension du texte même de César.

Le volume est terminé par un Index qui contient tous les noms des lieux et des hommes mentionnés dans les Commentaires.

L'indulgence avec laquelle le public a accueilli notre traduction de Tacite, nous imposait l'obligation d'être sévère pour nousmême, et nous n'avons point épargné les soins.

CAIUS JULIUS CÉSAR.

Pour raconter la vie d'un homme qui a rempli, comme César, le monde de sa renommée; pour pénétrer dans cette grande existence, à laquelle se rattachent les derniers souvenirs de la liberté de Rome et de la liberté des Gaules, il faudrait embrasser dans son ensemble l'antiquité tout entière, durant la période d'un demi-siècle. Aussi, ne nous arrêterons-nous dans cette notice qu'aux faits particuliers à César lui-même, et notre excuse sera, d'une part, l'immensité du sujet qu'il est impossible de traiter en quelques pages, et de l'autre, l'abondance même des documents que nous a légués l'antiquité. Pour connaître et juger ce grand homme, il faudra toujours recourir aux historiens grecs ou romains, et nous aurions reproduit ici la vie de Plutarque ou celle de Suétone, si elles ne se trouvaient point déjà dans la Bibliothèque Charpentier. Nous nous bornerons dès lors à un résumé rapide, seulement pour rappeler les faits en quelques mots. Il est inutile d'insister sur la vie d'un homme qui se trouve racontée dans toutes les histoires générales, et qui a été l'objet d'une foule de monographies.

Caius Julius César naquit à Rome l'an 634, quatre-vingt-dix-huit ans avant Jésus-Christ, le douzième jour du cinquième mois, qui fut depuis nommé juillet, en mémoire de son nom de Jules. Sa famille rattachait son origine à Énée et à Vénus, et elle avait donné, à partir de l'an 264, plusieurs consuls à la république. Il parait, dit le savant Dacier, dans ses notes sur Plutarque, que César, entré dans sa dix-septième année, renonça au mariage

de Cossutia, qui lui avait été promise, pour épouser Cornélie, fille de Cinna, et qu'alors, par le crédit de Cinna et de Mariuc, dont il était le neveu, il fut désigné prêtre de Jupiter, flamen dialis. Mais Sylla le pressa de répudier Cornélie pour lui faire épouser sa fille, comme s'il avait deviné les grandes destinées qui l'attendaient dans l'avenir. César répondit par un refus. Le dictateur le priva de son sacerdoce, et dès ce moment César fut l'objet de sa haine. Après avoir échappé aux satellites qui le cherchaient pour le mettre à mort, il se retira en Bithynie, auprès du roi Nicomèúe; assista à la prise de Mitylène, où il mérita la couronne civique; visita l'île de Rhodes et fut pris par des pirates ciliciens, qui le gardèrent trente-huit jours et qui le traitèrent, dit Plutarque, moins comme leur prisonnier que comme leur prince. Ils lui demandèrent vingt talents pour sa rançon : il se mit à rire de cette demande et leur en promit cinquante, en leur disant qu'ils ne savaient point quel homme ils avaient pris. Lorsque cette rançon fut payée et qu'il fut libre, il arma quelques vaisseaux dans le port de l'île de Bélos, l'une des Cyclades, se mit à la poursuite des pirates, les prit et les fit mettre en croix, ainsi qu'il leur avait promis de le faire quand il était leur prisonnier. Ce fut dans cette première aventure que se révéla l'ascendant de son caractère, car il sut se faire craindre et obéir de ceux qui tenaient sa vie entre leurs mains. De retour à Rome, il voulut se faire connaître en prenant part aux affaires publiques, et il appela en justice Dolabella, qu'il accusait de malversation dans le gouvernement de la Grèce. Il porta la même accusation contre Antoine, et l'éloquence dont il fit preuve dans ces deux affaires attira sur lui l'attention du peuple. Ses manières affables, la somptuosité de sa table, ses largesses lui firent de nombreux partisans, et bientôt on lui conféra le grade de tribun militaire. Il obtint ensuite la questure et l'édilité, et brigua la charge de souverain pontife concurremment avec Isauricus et Catulus. Les chances des trois candidats se balançant de manière à rendre le succès douteux, Isauricus fit offrir à César une forte somme d'argent s'il voulait

renoncer à sa candidature. César répondit qu'il eruprunterait une somme plus grande encore pour l'emporter sur lui. Le jour de l'élection, sa mère l'accompagna jusqu'au seuil de sa porte, et, en la quittant, il lui dit : « Vous verrez aujourd'hui votre fils souverain pontife ou chassé de Rome. » Le sacerdoce lui fut dévolu et il en acquit une influence nouvelle. Ceux qui craignaient de trouver en lui un rival ou un maître s'alarmèrent de sa popularité. Cicéron et Caton surtout ne s'abusaient point sur ses desseins. On l'accusait dans le sénat d'attaquer ouvertement la république; mais, loin de s'effrayer, il consolidait de plus en plus sa puissance, et depuis longtemps déjà il en faisait l'essai. Sa femme Cornélie étant morte dans sa première jeunesse, il prononça à la tribune son éloge funèbre, contrairement aux usages romains, qui voulaient que cet honneur ne fût accordé qu'aux femmes d'un âge mûr. Il rappela dans cette circonstance la dignité de sa race, et, en faisant descendre ses ancêtres de Marcus Martius et de Vénus, mère d'Énée, il dit au peuple que l'on trouvait dans sa famille la majesté des rois qui sont les maîtres du monde, et la majesté des dieux qui sont les maîtres des rois. Pendant son édilité, il fit rétablir dans le Capitole les statues de Marius, qui avaient été abattues par ordre du sénat, et, dans cette circonstance, il fut applaudi par le peuple. Il donna des jeux magnifiques, fit placer dans les théâtres des siéges pour les spectateurs, prodigua les présents de toute espèce, et affermit sa puissance tout en faisant des dettes considérables, qui finirent par

s'élever à trente-huit millions de notre monnaie. Après avoir rempli la charge de souverain pontife, César fut investi de la preture, et, au sortir de cette dernière fonction, il reçut le gouvernement de l'Espagne Ultérieure. En apprenant son départ, ses créanciers s'ameutèrent et le pressèrent vivement de les solder. Il fallut que Crassus le cautionnât pour 830 talents, et ce fut grâce à cette caution qu'il put enfin se rendre dans la province qui lui était confiée. Il n'attendit point les instructions du sénat, et, quand il fut arrivé en Espagne, il s'occupa d'agrandir son gouvernement. A la tête de trente cohortes, il envahit la Galice et

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la Lusitanie et pénétra jusqu'à l'Océan, en soumettant des nations qui jusqu'alors avaient échappé au joug de Rome. Ce fut dans ce voyage que se révélèrent, par deux mots que l'histoire a recueillis, les projets ambitieux qu'il avait jusque-là nourris en silence. Comme il traversait les Alpes, et qu'il passait dans une bourgade très-misérable, quelques-uns de ceux qui l'accompaIgnaient lui dirent en riant : « Serait-il possible que dans ce pauvre pays il y eût des brigues comme à Rome pour les charges

У et pour les emplois, et des dissensions entre les plus puissants?» César leur répondit : « Pourquoi non ? Quant à moi, j'aimerais mieux être le premier dans cette bourgade que le second dans Rome. » Plutarque raconte encore que, se trouvant en Espagne, il se mit à lire la vie d'Alexandre, et qu'après l'avoir lue il resta longtemps pensif et se prit à pleurer. Ses amis lui demandèrent la cause de ses larmes. « Eh! quoi, leur dit-il, ne trouvez-vous pas que c'est une chose triste pour moi qu'Alexandre, à l'âge que j'ai, eût déjà conquis tant de royaumes, et que moi je n'aie encore fait aucun exploit éclatant ? » Il ne resta que peu de temps en Espagne, et il en revint, sans attendre même que le sénat eût désigné son successeur, avec le titre d'imperator, que lui avaient décerné les soldats, et des richesses immenses qui lui servirent à payer ses dettes, et qu'il avait amassées au moyen d'exactions violentes.

A son relour à Rome, en l'an 695, il réconcilia Pompée et Crassus, alin d'utiliser à son profit l'influence de ces deux illustres personnages, et forma avec eux ce qu'on appelle le premier triumvirat. Caton, qui devinait les résultats de cette alliance, s'écria : Nous avons des maitres, c'en est fait de la république! Mais César ne tarda point à recueillir les fruits de cette union.' Il fut nommé consul, et son premier soin, en entrant en charge, fut d'éloigner des affaires son collègue Calpurnius Bibulus. Resté maître du gouvernement, il publia des lois agraires, fit des distributions de blé et partagea entre vingt mille habitants de Rome, pères de famille, le territoire de la Campanie, dont le revenu avait été jusqu'alors appliqué aux dépenses de la ré

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