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publique. Pour s'assurer une autorité plus grande encore par des alliances de famille, il donna à Pompée sa fille Julie, et prit lui-même pour épouse Calpurnie, fille de Pison. En même temps qu'il s'attachait la multitude par ses largesses, il s'assurait l'appui des chevaliers en leur donnant une part dans les impôts, et l'affection des étrangers en leur faisant décerner le titre d'alliés et d'amis du peuple romain. Cicéron et Caton luttaient seuls pour la vieille indépendance du sénat. César les éloigna de Rome et obtint bientôt le gouvernement de la Gaule. Ici, commence pour César, suivant la remarque de Plutarque, une vie nouvelle. Il se jette dans une route toute différente de celle qu'il avait suivie jusqu'alors, et il se montre supérieur à tous les généraux que Rome avait udmirés jusque-là pour leur conduite et leur courage. L'an 58 avant Jésus-Christ, les Helvètes quittent leur pays pour s'établir dans les Gaules, en traversant la province romaine. César marche contre eux; il les bat et tourne bientôt ses armes contre les Germains, qui, sous les ordres d'Arioviste, s'étaient établis dans le territoire de la Gaule. «La défaite d’Arioviste, dit M. Am. Thierry, et l'expulsion des Germains firent éclater d'un bout de la Gaule à l'autre de vives démonstrations de joie et d'enthousiasme pour César. Mais, lorsqu'on vit qu'il ne ramenait point en Italie ses légions victorieuses; que, loin de là, il les organisait sur le territoire affranchi comme sur sa propre conquête; qu'il gardait les otages remis entre ses mains à l'ouverture de la guerre; qu'il levait des contributions et ramassait de toutes parts des vivres, un morne abattement succéda tout à coup à l'élan de la reconnaissance publique. On craignit de n'avoir fait que changer de tyran. » Les peuples belges, les plus braves des peuples gaulois, formèrent une confédération puissante, et la guerre s'alluma pour ne cesser désormais que par la soumission complète de la Gaule. Cette soumission fut accomplie à la huitième campagne, l'an 51 avant Jésus-Christ.

Malgré les immenses résultats de cette conquête et le talent que déploya le vainqueur, l'empereur Napoléon Ier a dit juste

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ment que la gloire de César serait problématique si elle n'était fondée que sur la guerre des Gaules. C'est qu'en effet, à l'exception de Vercingétorix, aucun des chefs gaulois ne sut ni concevoir ni exécuter un plan d'ensemble. Les peuplades étaient divisées entre elles; quelques-unes même, comme les Rémois, combattaient leurs propres concitoyens; elles n'avaient aucune connaissance de l'art militaire, et n'en apprirent les premières notions qu'au prix des plus sanglantes défaites; mais il faut reconnaître qu'elles montrèrent toujours un grand courage sur le champ de bataille, et leur vainqueur leur a rendu, sous ce rapport, une éclatante justice.

Tout en subjuguant la Gaule, César marchait sûrement au but que poursuivait son ambition. Ses conquêtes avaient excité le plus grand enthousiasme. Marius était le seul qui parût digne encore de lui être comparé; mais la comparaison restait à son avantage. On disait, en effet, comme nous l'apprend Cicéron, que Marius avait arrêté les Gaulois débordant sur l'Italie, mais qu'il n'avait point pénétré dans leur pays, qu'il n'avait point soumis leurs villes, tandis que César avait fait une guerre gauloise et donné pour frontières à l'empire les limites mêmes de la Gaule. Enrichi par les dépouilles des vaincus, il prodiguait l’or pour acheter des clients; il donnait des jeux, élevait des constructions magnifiques, payait les dettes de ses officiers et les plaisirs de ses soldats. Cicéron lui-même était subjugué: Caton seul résistait encore. Il proposa même de livrer César aux Gaulois pour empêcher, disait-il, que les dieux ne fissent peser sur Rome le châtiment qui était dû à son manque de foi envers les alliés, à sa cruauté, à ses déprédations. Le sénat répondit en décrétant vingt jours d'actions de grâces, ce qui ne s'était encore vu pour personne.

Cependant, le triumvirat ne tarda point à se dissoudre. Crassus périt dans une expédition contre les Parthes. Les liens de famille qui attachaient César à Pompée furent brisés par la mort de Julie, et dès lors commença entre eux cette guerre sourde qui devait bientôt aboutir à la guerre civile, Pompée, qui jusqu'alors avait

dédaigné César, profita de son consulat pour faire voter une loiqui obligeait tous ceux qui depuis vingt ans avaient occupé des emplois publics à rendre compte de leur conduite, ce qui n'était qu'un moyen déguisé de mettre son rival en accusation. Mais celui-ci était trop habile pour ne point détourner l'orage. Il endormit d'abord le sénat et Pompée par des négociations qui furent menées avec une prudence et une adresse extraordinaires, et, tout en faisant de grands préparatifs de guerre, il agit de manière à mettre de son côté toutes les apparences de la justice et du droit, en proposant, si Pompée licenciait ses troupes,de licencier aussi les siennes; car, lui enlever le commandement de son armée, en laissant une armée à Pompée, c'était accuser l'un d'aspirer à la tyrannie, et donner à l'autre les moyens d'y parvenir. Il offrait de renvoyer huit légions et demandait seulement qu'on lui laissât, soit le commandement de la Gaule Cisalpine avec deux légions, soit le commandement de l'llyrie avec une seule, jusqu'à ce qu'il ait obtenu un second consulat. Ces propositions furent favorablement accueillies par le peuple; mais, dans le sénat, Scipion, beau-frère de Pompée, obtint un décret en vertu duquel César devait être remplacé dans la Gaule par L. Domitius, et traité en ennemi public s'il ne déposait point les armes dans le plus bref délai. Il se trouvait alors à Ravenne avec cinq mille fantassins et trois cents chevaux, et, en apprenant le décret qui venait de le frapper, il fit partir quelques troupes ; mais, pour cacher ses projets, il assista pendant le jour aux jeux publics, dessina le plan d'une école de gladiateurs qu'il voulait, disait-il, s'occuper de faire bâtir, invita quelques amis à souper, et, dès que la nuit fut venue, il se leva de table, pria les convives de faire bonne chère et de Vattendre sans sortir, car il allait revenir sur l'heure; puis il se dirigea par des chemins détournés vers le Rubicon, qui formait la limite de son gouvernement, et sur les bords duquel il avait réuni ses troupes. « Quand il fut arrivé là, dit Plutarque, il commença à faire de grandes réflexions et changea d'avis plusieurs fois, tant il était profondément troublé. On eût dit le flux

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et le reflux de la mer. Il fit part de ses incertitudes à quelquesuns de ceux qui l'entouraient, et leur parla des malheurs que le passage de la rivière allait faire tomber sur les hommes, et du grand sujet de discours qu'il allait fournir à la postérité. Enfin, saisi comme par un transport de courage, il fit céder tous les raisonnements à la fortune, prononça le mot de ceux qui se précipitent dans de grandes entreprises : Le sort en est jeté! et passa la rivière. » Il marcha droit sur Rimini, s'empara en un clin d'œil de Pesaro, d’Ancône, d’Arezzo. « Après la prise de Rimini, dit Plutarque, comme si la guerre se fût répandue et sur la terre et sur la mer, et que César, en franchissant les bornes de son gouvernement, eût franchi en même temps celles de toutes les lois de sa patrie, vous eussiez vu, non les hommes et les femmes, comme cela est ordinaire, courir par toute l'Italie dans un mortel effroi, mais les villes entières se levant de leurs places, prendre la fuite et se transporter d'un lieu à un autre. Rome même fut remplie comme d'une inondation de peuples fugitifs qui y affluaient de tous les environs, tellement qu'il n'était plus au pouvoir d'aucun magistrat de la contenir ni par raison, ni par autorité dans une tourmente si grande et dans une si violente agitation, et qu'il s'en fallut bien peu qu'elle ne se détruisît elle-même par ses propres mains. »

Pompée, qui n'avait point d'armée et qui ne pouvait compter sur le peuple, s'empressa de sortir de Rome avec les consuls et les principaux sénateurs, et se retira à Brindes. César vint investir cette place, et il s'occupait de fermer le port par une digue, lorsque Pompée parvint à s'échapper pendant la nuit, et se retira à Dyrrachium, en Épire. Il écrivit de cette ville dans toutes les provinces de la république pour demander des secours en hommes et en argent. Les secours lui furent accordés, et César, qui ne pouvait se porter contre lui parce qu'il n'avait pas de flotte, se rabattit sur Rome et dit aux sénateurs qui étaient restés en très-petit nombre dans cette ville, qu'il venait leur rendre compte de sa conduite, et qu'il était fort heureux, après dix ans d'absence, de retrouver ses amis. Il rassura le

peuple par des mesures à la fois fermes et conciliantes ; mais il s'empara de force du trésor public, qui était déposé au Capitole, attendu qu'il manquait d'argent pour payer ses troupes. La guerre s'alluma bientôt sur tous les points du monde. « La Gaule, dit l'empereur Napoléon, l'Italie, la Sardaigne, la Corse et la Sicile tenaient pour César; l'Espagne, l’Afrique, la Syrie, l’Asie Mineure, la Grèce tenaient pour Pompée; mais César dominait à Rome. » Celui-ci, ne pouvant dans les premiers moments se rendre en Grèce, faute de navires, donna à Antoine le commandement de l'Italie et partit pour l'Espagne en disant : « Je vais combattre une armée sans général, et je reviendrai ensuite combattre un général sans armée.» Il défit successivement les lieutenants de Pompée, Pétreius, Afranius et Varron. De retour à Rome, il fut investi de la dictature, qu'il exerça pendant onze jours, et après avoir obtenu, ou plutôt après avoir pris lui-même le consulat pour l'année suivante, il se rendit en Grèce afin de se mesurer avec Pompée. Il l'attaqua sous les murs de Dyrrachium; mais après avoir tenté à diverses reprises de forcer son camp, il se replia sur la Macédoine, où Pompée le suivit en lui offrant la bataille. Cette bataille eut lieu dans les plaines de Pharsale, l'an 48 avant Jésus-Christ. Pompée laissa sur la place quinze mille des siens, les aigles de toutes ses légions, cent quatre-vingts drapeaux et se retira en toute hâte en Égypte, où il se confia au roi Ptolémée, qui le fit assassiner. César débarqua à Alexandrie quelques semaines après. On lui présenta la tête de Pompée. Il détourna la vue et se prit à pleurer à chaudes larmes. Cette douleur était-elle sincère, ou n'était-ce qu'une vaine affectation d'humanité? Les opinions des historiens de l'antiquité sur ce point sont tellement contradictoires qu'il nous paraît fort difficile de décider la question. « Pour ce qui est de la guerre d'Alexandrie, dit Plutarque, les uns prétendent qu'elle ne fut entreprise que pour l'amour qu'eut César pour Cléopâtre, seur du roi Ptolémée; les autres en accusent les ministres de ce roi, et particulièrement l’eunuque Potin, le même qui avait tué Pompée et qui avait fait

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