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une autorité despotique; mais, las enfin de son caractère. altier, de sa dureté envers sa propre fille et de ses prodigalités, Cicéron avait pris le parti de la répudier: « Au sortir d'une maison où elle aurait dû puiser la sagesse dans sa source la plus pure, elle n'eut pas honte d'aller se jeter dans les bras de Salluste, ennemi de son premier époux: » Cette réflexion est de saint Jérôme. Successivement épouse de Cicéron, de Salluste, elle se remaria ensuite au célèbre orateur Messala Corvinus, ayant eu cette singulière fortune d'être la femme des trois plus beaux génies de son siècle. Elle n'en resta pas là cependant; ayant survécu à ce troisième mari, elle épousa en quatrièmes noces Vibius Rufus, et ne mourut, selon Eusèbe, qu'à l'âge de cent dix-sept ans.

Lorsque César se disposait à aller combattre en Afrique les restes du parti de Pompée, Salluste reçut l'ordre de conduire au lieu du débarquement la dixième légion et quelques autres troupes destinées pour cette expédition. Mais, arrivés sur le bord de la mer, les soldats refusèrent d'aller plus loin, demandant leur congé et les récompenses que César leur avait promises. Salluste fit, pour les ramener à leur devoir, de vains efforts et pensa être victime de leur fureur; il fallut pour apaiser cette révolte tout l'ascendant de César. Salluste suivit César en Afrique en qualité de propréteur, et fut par lui chargé de s'emparer, avec une partie de la flotte, des magasins de l'ennemi dans l'île de Tercine, mission dans laquelle il réussit pleinement, il amena bientôt à son général, dont l'armée manquait de toute espèce de provisions, une grande quantité de blé. Après la victoire de Tapsus, Salluste obtint, avec le titre de proconsul, le gouvernement de la Numidie. Il commit dans sa province les plus violentes exactions; c'est ce qui fait dire à Dion Cassius: «César préposa Salluste, de nom au gouvernement, mais de fait à la ruine de ce pays. » En effet, parti de Rome entièrement ruiné, Salluste y revint en 710 avec d'immenses ri

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chesses. Toutefois les Africains ne le laissèrent pas d'abord jouir tranquillement du fruit de ses déprédations; ils vinrent à Rome l'accuser; mais il fut absous par César, auquel il abandonna des sommes considérables.

La mort de César termina la carrière politique de Salluste. Possesseur d'une grande fortune, il ne songea plus désormais qu'à passer, au sein des richesses, une vie voluptueuse et tranquille. Du fruit de ses rapines, il fit construire sur le mont Quirinal une magnifique habitation et planter des jardins vantés par les anciens comme la plus délicieuse promenade de Rome: la place qu'ils occupaient est aujourd'hui encore appelée les Jardins de Salluste. L'on a, dans les différentes fouilles qui y ont été faites, trouvé une grande partie de ces belles antiques qui attestent la perfection de l'art chez les anciens. Là, Auguste donnait ces fêtes des douze Dieux que Suétone a décrites; là Vespasien, Nerva, Aurélien fixèrent leur résidence habituelle. Salluste avait en outre acheté de vastes domaines et la belle maison de César, à Tibur. Ainsi Salluste passa les neuf dernières années de sa vie entre l'étude, les plaisirs et la société de gens de lettres illustres; chez lui se rassemblaient Messala Corvinus, Cornélius Nepos, Nigidius Figulus, et Horace, qui commençait à se faire connaître.

Salluste mourut l'an 718, sous le consulat de Cornificius et du jeune Pompée, dans la cinquante et unième année de sa vie. Il ne laissa pas d'enfants, mais seulement un fils adoptif, petit-fils de sa sœur. Il y eut à la cour d'Auguste un homme qui aurait pu partager avec Mécène ou lui disputer la faveur du prince. Semblable en plus d'un point à Mécène, comme lui il dissimulait, sous des apparences efféminées, la vigueur de son âme et l'activité d'un esprit supérieur aux plus grandes affaires. Modeste, fuyant l'éclat des honneurs, ainsi que Mécène encore, il ne voulut pas s'élever au-dessus de l'ordre des chevaliers et refusa la

dignité de sénateur. Mais il surpassa bientôt par son crédit la plupart de ceux que décoraient les consulats et les triomphes. Tant que vécut Mécène, ce courtisan habile et discret eut la seconde place, puis bientôt la première dans les secrets des empereurs; tout-puissant auprès de Livio, quil l'avait porté à la faveur, il reconnaissait ce service en défendant ses intérêts dans les conseils du prince. Ressemblant en ceci encore à Mécène, que, à la fin de sa vie, il conserva plutôt les apparences de l'amitié du prince qu'un véritable pouvoir (1). Ce confident d'Auguste, ce second Mécène, ce fut Caius Sallustius Crispus, le neveu de l'historien, l'héritier de sa fortune et de ses magnifiques jardins. Ainsi, comme César, Salluste ne se survécut que dans son neveu! us avons retracé la vie de Salluste, il nous faut maintenant examiner ses ouvrages; et, après l'homme, considé rer l'historien..

Nous avons vu que la carrière politique de Salluste avait été interrompue par plusieurs disgrâces; ces disgrâces servirent son talent: son génie a profité des châtiments mêmes que méritaient ses vices. En 704, il est exclu du sénat; dans sa retraite forcée, il écrit la Conjuration de Catilina; envoyé en Numidie, il se fait l'historien du pays dont il avait été le fléau. La Guerre de Jugurtha est de 709; les Lettres à César sur le gouvernement de la république avaient été écrites, la première avant le passage de César en Grèce, en 705; la seconde, l'année suivante.

Ce sont ces ouvrages que nous allons examiner; mais auparavant il ne sera pas inutile de jeter un coup d'œil sur ce qu'avait été l'histoire romaine jusqu'au moment où Sal luste la prit pour la porter à une hauteur qui n'a point ét é dépassée.

Rome eut de bonne heure l'instinct de sa grandeur et le

(1) Tacit., Ann., III, 30

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sentiment de son éternité. Aussi, dès les premiers temps, s'oc cupa-t-elle de fixer, par quelques monuments grossiers mais solides, livres auguraux, livres des auspices, livres lintéens, livres des magistrats, livres pontificaux (1), le souvenir des événements qui la devaient conduire à la conquête du monde : elle gravait son histoire naissante sur la pierre des tombeaux et sur l'airain des temples. Quand les lettres commencèrent à pénétrer dans l'Italie, le génie romain s'éveilla tout d'abord à l'histoire. Une première génération d'historiens parut. Mais alors il se produisit un fait assez singulier et qui pourrait nous surprendre, si nous n'avions dans notre littérature un fait analogue. Les premiers historiens de Rome, Fabius Pictor, Lucius Cincius et plusieurs autres écrivirent en grec (2); c'est ainsi que chez nous longtemps l'histoire s'écrivit en latin, et cela non-seulement au moyen âge, mais au seizième siècle même, quand nous avions eu les Villehardoin, les Joinville, les Froissart. Il ne faut pas s'en étonner une langue, alors même qu'elle paraît formée, n'est pas propre encore à porter le poids de l'histoire; sa jeunesse peut convenir aux chroniques, aux mémoires; il faut pour l'histoire sa maturité. Caton l'Ancien inaugura pour la littérature romaine cette ère de l'histoire nationale, écrite en latin avec quelque éclat, comme il avait inauguré celle de l'éloquence. Sur les traces de Caton parurent L. Calpurnius Piso, C. Fannius, L. Cœlius Antipater, faibles et maigres annalistes plutôt qu'historiens, et que Cicéron estimait médiocrement (3). Au temps de Sylla, il se fit dans l'histoire, comme dans le reste de la littérature, un mouvement remarquable, une espèce d'émancipation. Écrite jusque-là par des patriciens ou du moins par des hommes libres, elle le fut pour la première fois par un affranchi, L. Otacilius.

(1) M. Vict. le Clerc, Des journaux chez les Romains.

(2) Justin, Préface.

(3) De Legibus, 1, 2

Pilitus: autre ressemblance avec nos vieilles chroniques, qui, rédigées d'abord par des ecclésiastiques et dans les monastères comme les fastes romains l'étaient dans les temples, ne le furent que plus tard par des laïques. Une nouvelle génération d'écrivains s'éleva; mais, c'est Cicéron encore qui nous le dit, elle ne fit que reproduire l'ignorance et la faiblesse de ses devanciers. Sisenna seul faisait pressentir Salluste.

Pourquoi l'histoire, à Rome, a-t-elle ainsi été en retard sur l'éloquence? Il faut sans doute attribuer cette infériorité de l'histoire à la langue elle-même, qui n'avait pas encore acquis la régularité, la force, la gravité, la souplesse nécessaires à l'histoire. On conçoit que, maniée chaque jour à la tribune et par les esprits les plus puissants, la langue oratoire ait de bonne heure reçu de ces luttes de la parole et du génie un éclat, une vigueur, une abondance que ne lui pouvait donner le lent exercice de la composition, qui convient à l'histoire. L'insuffisance de la langue, c'est donc là une première cause de l'infériorité de l'histoire relativement à l'éloquence; ce n'en est pas la seule. Théocratique et patricienne à sa naissance, Rome conserva soigneusement ses traditions religieuses et politiques. Écrire l'histoire fut un privilége et presque un sacerdoce dont les pontifes et les patriciens voulurent, aussi longtemps qu'ils le purent, rester en possession, comme ils l'étaient de la religion et du droit. Le jour où, sous Sylla, une main d'affranchi tint ce burin de l'histoire que jusque-là des mains nobles avaient seules tenu, ce jour-là ne fut pas regardé comme moins fatal que celui où, par l'indiscrétion d'un Flavius, d'un scribe, avait été révélé le secret des formules. Il y eut enfin à ce retard de l'histoire une dernière cause et non moins profonde.

L'histoire ne se fait pas aussi simplement qu'on pourrait le croire. Le nombre, la grandeur, la variété des événements,

a.

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