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SOCIÉTÉ LITTÉRAIRE.

Il serait à désirer qu'il se formåt, dans chaque chef-lieu de département, à l'imitation de la Société de l'histoire de France, une Société départementale qui s'occuperait de recueillir tous les documents qui se rattachent à l'histoire dudit département, ou mieux encore de la province ou parties de provinces dont il est composé.

Cette Société pourrait se composer de tous les ecclésiastiques et d'un grand nombre de personnes instruites, comme il y en a aujourd'hui un grand nombre dans chaque département, et qui trouveraient ainsi un aliment pour occuper leurs loisirs.

Chaque sociétaire payerait une cotisation qui pourrait varier de cinq à dix francs par an, en échange de laquelle il recevrait un exemplaire de chacune des publications annuelles de la Société.

La Société s'occuperait de la confection d'un dictionnaire historique et géographique de chaque département, puis de la confection d'un dictionnaire très-détaillé du langage parlé dans la contrée, comme nous en donnons pour le Perche un spécimen dans cette brochure.

Il serait peut-être, pour ce dernier ouvrage, utile de réunir les travaux de plusieurs départements, afin d'éviter les répétitions et des frais inutiles de publication.

Les sociétaires recueilleraient en même temps les traditions, légendes et croyances populaires qui ont cours dans chaque commune ou contrée, ce ne serait peut-être pas une des parties les moins intéressantes de leurs travaux; nous en donnons aussi quelques-unes pour spécimen dans cette brochure.

En s'occupant du glossaire de leur pays et en étudiant en même temps la linguistique française, les sociétaires feraient quelquefois des découvertes dont ils seraient loin de se douter, et les surprises que leur causeraient leurs découvertes les dédommageraient amplement des peines et des travaux qu'elles leur auraient coûtés.

C'est ainsi, par exemple, qu'ils apprendraient que Breuil 1 est synonyme de bois, et que M. Dubreuil n'est autre que M. Dubois; que brai ou braie signifie boue, et que, lorsqu'on dit dans le Perche le brai des voitures, c'est-à-dire le passage des voitures et des chevaux, on dit le boueux du chemin ; que gatine signifie terre inculte; que frou veut dire friche; que goulet signifie lieu situé près d'un passage étroit, près d'une gorge entre deux montagnes resserrées; que braudes ou bréaudages signifie lieu rempli, couvert de broussailles; que nantes?, nanteuil, nantua, nantilly 3, nantouillet, etc., etc.", signifient vallée, cours

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1. Nous trouvons dans une brochure que nous avons sous les yeux les variantes suivantes du mot breuil : brel, breil, breuel, breuil, bruil, broil, brouil, broul, bruel, bruoil, breul, brul. Les Italiens écrivent broglio, mais comme ils glissent sur le g, ils prononcent broll-io.

Chatel, castel, chatillon, castillon, signifient petit château, les Italiens disent Castiglione, en supprimant encore le g à la prononciation, le rapprochement avec castillon est encore plus frappant.

2. Nant, eau courante, en gaélique. En Savoie et dans la Suisse romane, on appelle encore nants les torrents des Alpes. (Henri Martin, t. Ier, p. 64, en note.

3. Voir aussi les Doléances de Nantilly, p. 76, où ils parlé des ravages causés par les eaux.

4. Nous nous souvenons d'avoir entendu dire par un vieil antiquaire chartrain, feu M. Lejeune, que c'était à tort qu'on écrivait l'un des noms latins de la ville de Chartres Autricum, prétendant que c'était Antricum qu'il fallait écrire, et que Antricum signifiait la ville des

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d'eau, et que, lorsqu'un pays porte l'un de ces noms, certain qu'il est situé dans une vallée ; que Condé signifie le confluent, c'est-à-dire jonction de deux rivières ou cours d'eau, et condeau, le petit confluent, et que jamais il n'en est autrement.

Des renseignements seraient également donnés sur les usages, les moeurs et habitudes des habitants de chaque village; comment se célèbrent les fêtes patronales, les baptêmes, les mariages, les enterrements, certaines fêtes de famille et autres qui tous ont leur genre d'intérêt; quelle est l'origine de telle coutume et toutes choses de ce genre.

Une Société du genre de celle que nous proposons pourrait former le noyau d'une vaste association littéraire qui aurait son siége à Paris, et qui consisterait à créer une bibliothèque universelle renfermant :

1° La traduction française de tout ce que les antiquités grecque, latine et hébraïque nous ont laissé, avec l'original au bas de chaque page en forme de note.

2° La collection de tout ce que la littérature française renferme de plus remarquable.

3° Une collection de tous les chroniqueurs français depuis Grégoire de Tours.

4° Une collection de tous les anciens chroniqueurs étrangers, avec les mémoires contemporains les plus remarquables.

5° Les chefs-d'œuvre des littératures étrangères.

Les ouvrages les plus remarquables dans tous les autres genres, sciences, arts, industries, etc.; de sorte qu'il pourrait y avoir :

Antres, des cavernes, comme il y en a aux environs de la cathédrale. Nous supposons qu'Autricum viendrait plutôt d'Autura, qui est le nom latin de l'Eure. Autricum nous paraît dériver d’Autura, comme Moskou de la Moskowa. Maintenant, que signifie Autura ? Voilà ce que nous ignorons.

Une Société de la littérature grecque;

de la littérature latine ;
de la littérature hébraïque;
des classiques et de la littérature

française ;
des chroniqueurs français ;
des chroniqueurs étrangers;
de la littérature italienne;
des littératures espagnole et portugaise ;
de la littérature anglaise ;
des littératures allemande, danoise et

suédoise; des littératures polonaise, russe, etc.; des littératures orientales. de théologie; de philosophie; d'économie politique ; de physique; de chimie; d'histoire naturelle, etc.; d'agriculture; de médecine; des mathématiques; militaire, etc.; des beaux-arts; de linguistique; des arts et métiers; d'histoire; de géographie, voyages;

de bibliographie, etc. Il est impossible de se rendre compte des avantages que notre patrie pourrait retirer d'une semblable réunion de savants et de leurs travaux; tous ceux qui voudraient étudier notre langue, qui a le mérite d'être universelle, auraient la certitude de pouvoir, à son aide, connaitre tout ce qui se serait fait de remarquable en tous genres dans le monde. Nulle nation ne se trouve dans des conditions aussi avantageuses que la nôtre pour mettre à exécution une semblable entreprise.

Nous pensons que, pour faciliter ce travail de l'intelligence, il faudrait, en même temps que l'on publierait les ouvrages dont nous venons de donner sommairement un aperçu, créer deux bibliothèques dans toutes les communes de France, l'une pour le presbytère, l'autre pour l'école communale ou primaire; la première serait composée de théologie, d'histoire et autres ouvrages qui conviennent aux ecclésiastiques; la seconde d'ouvrages de grammaire, d'histoire, de géographie, d'agriculture, sciences, arts, etc., qui conviendraient plus spécialement aux instituteurs et aux campagnards.

Quelques ouvrages pourraient figurer dans les deux bibliothèques.

Pour subvenir aux frais de semblables établissements, il -serait fait, tous les ans, une retenue minime sur les honoraires des prêtres et des instituteurs qui se trouveraient ainsi avoir à leur disposition des bibliothèques très-remarquables moyennant une dépense annuelle excessivement légère; les communes seraient chargées du reste de la dépense.

Les bibliothèques des chefs-lieux de canton, d'arrondissement et de département seraient graduellement plus considérables.

On se trouverait ainsi, d'un seul trait, conquérir à la science les quarante mille ecclésiastiques qu'il peut y avoir en France, dont le savoir et les loisirs se trouveraient ainsi occupés par des études qui auraient beaucoup de charmes pour un grand nombre d'entre eux 1.

1. En dehors de ces bibliothèques primaires, on pourrait décréter que toutes les villes ayant plus de 4,000 habitants sont déclarées sou

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