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DISCOURS

POUR C. RABIRIUS

TRADUCTION INÉDITE

PAR P. R. A. G. GUERQULT

PUBLIÉE ET ANNOTFE,

PAR M. CH. DU ROZOIR.

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Le plaidoyer de Cicéron pour Rabirius est un monument de

l'effet déplorable des réactions politiques, dans une république dont les institutions vieillies avaient perdu la force de protéger et la sûreté commune et celle de chaque citoyen. L'on n'éprouve pas un sentiment plus pénible en lisant dans l'histoire les excès de Catilina et les sanglans démêlés de Clodius et de Milon, que lorsqu'on voit l'esprit de vengeance et de faction venir froidement, après sept lustres d'intervalle, intenter à Rabirius une accusation capitale, à propos d'un délit politique pour lequel tout au moins il y avait prescription.

L. Apuleius Saturninus, ancien questeur à Ostie, était devenu l'ennemi du sénat depuis qu'on avait voulu l'exclure de ce corps, pour ses malversations et pour sa négligence à remplir les fonctions de sa charge. Il trouva dans la protection de Marius les moyens de satisfaire sa vengeance, et, devenu tribun, il servit efficacement la haine de ce dernier contre la noblesse, et particulièrement contre Metellus le Numidique, qu'il fit exiler. Marius, abusant de l'autorité consulaire, fit obtenir à Saturninus un second tribunat, en faisant massacrer au milieu des comices, Nonius, un des candidats (652). << Fier de toutes les atteintes qu'il avait impunément, et comme à plaisir, portées à la république, » dit Florus (liv. 111, ch. 17), Saturninus voulut par le même moyen procurer le consulat au préteur Servilius Glaucia, un de ses adhérens. Il 'fit tuer Memmius, concurrent de celui-ci (653); et il apprit avec joie, de ses satellites, ajoute le même historien, que dans le tumulte on lui avait donné le titre de roi. Ce dernier forfait combla la mesure, et fit perdre à Saturninus son crédit sur ceux de ses partisans qui n'étaient pas endurcis dans la scélératesse. Le sénat indigné porte le décret réservé pour les temps de révolte : il ordonne aux consuls C. Marius et L. Valerius Flaccus, de veiller à ce que la république ne reçoive aucun dommage. Marius était alors consul pour la sixième fois, et c'était avec l'aide de Saturninus qu'il était parvenu à cet honneur contre toutes les lois on pouvait craindre qu'il ne cherchât à défendre son ami; mais il se résigna sans peine à sévir contre un homme dont il ne

pouvait plus espérer de tirer aucun service. Le sénat, les chevaliers et la plus notable partie des plébéiens prennent les armes et marchent à la suite des consuls contre les rebelles. Saturninus, repoussé de la place publique, se retire dans le Capitole et se prépare à s'y défendre avec Glaucia, Saufeius et Labienus, chefs de ses partisans. Marius les y bloque étroitement, et les réduit par la soif, en faisant couper les conduits qui amenaient de l'eau dans cette forteresse. Alors Saturninus envoie témoigner au sénat son repentir, il obtient la permission de descendre du Capitole, et est conduit, par l'ordre de Marius, dans la salle du sénat. Le peuple, en ayant aussitôt enfoncé les portes, selon Florus, ou découvert la toiture, selon Appien (de Bell. civ., lib. 1), accabla Saturninus à coups de bâtons et de pierres, et mit en pièces son cadavre; ses principaux complices eurent le même sort. Suivant Plutarque (in Mario), ce fut dans le forum même que fut assommé Saturninus avec Glaucia et le questeur Saufeius. Quoi qu'il en soit, il paraît que les consuls ou le sénat leur avaient donné une sauve-garde qui fut ainsi outrageusement violée.

Trente-sept ans après (et non pas quarante ans comme le dit Cicéron dans sa harangue pour Pison), le tribun T. Labienus, neveu de ce Labienus qui avait partagé les crimes et le châtiment de Saturninus, accusa le sénateur C. Rabirius du crime de haute trahison, pour avoir tué ce tribun ou du moins promené sa tête sanglante dans plusieurs festins.

« Ce n'était point à Rabirius qu'on voulait nuire, dit Middleton, et la vie de ce vieillard importait peu au repos de Rome. Ses accusateurs avaient des vues plus étendues : c'était d'attaquer celle des prérogatives du sénat qui consistait à mettre en un moment Rome entière sous les armes, par la seule force du décret qui enjoignait aux consuls de veiller à ce que la république ne reçût aucun dommage. Un tel décret emportait avec lui la justification de tout ce qui se faisait en conséquence; et souvent le sénat avait employé cette voie dans les séditions, pour se défaire de quelques magistrats factieux, sans avoir recours aux formalités de la justice. Les tribuns n'avaient cessé de s'en plaindre, et, quoique l'usage de cette formule fût très-ancien, ils l'avaient représenté comme une infraction aux lois établies, et comme la source d'un pouvoir arbitraire sur la vie des citoyens; mais le véritable motif de leurs

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